Chapitre 5

Deuxième jour

Kirk jeta un œil fatigué à son réveil : 4h23 du matin. Il soupira longuement contre son oreiller. Il avait passé la plus grande partie de la soirée à réfléchir sur ce qu'il pourrait faire pour que le vulcain change d'avis. Il avait pensé renoncer, encore une fois. Mais il ne pourrait pas perdre Spock ainsi, pas pour cette raison là. C'était tout bonnement impensable pour lui. Et il s'était rendu compte qu'il serait prêt à faire beaucoup de choses pour le retenir. Après tout, dans ce cadre familier et intime, beaucoup de barrières normalement présentes semblaient avoir aujourd'hui disparu. Il ne reverrait peut-être jamais le vulcain sur l'Enterprise, dans un milieu professionnel. Alors qu'est-ce qui l'empêchait de faire tout ce qui était en son pouvoir pour le faire rester, absolument tout ?

Spock, tout simplement. Parce qu'il était un vulcain, parce qu'il était son ami. Et que tout ça le rendait bien trop sacré pour qu'il s'autorise à user de toutes ses armes pour le retenir. Mais qu'est-ce qui resterait de sacré lorsqu'il retournerait sur sa planète ? Qu'est-ce qui lui resterait à lui ?

Kirk s'extirpa soudainement de son lit, envoyant valser la couverture à ses pieds. Sans qu'il ne réfléchisse une seconde à ce qu'il faisait, il était déjà sorti de sa chambre et s'avançait doucement vers la chambre de Spock. Il colla d'abord silencieusement son oreille contre sa porte. Il n'entendit rien d'autre que le battement de son propre cœur. Il avança une main fébrile autour de la poignet et la fit doucement tourner dans la paume de sa main. Il l'entrouvrit légèrement et jeta un regard discret à l'intérieur.

Spock était allongé sur le dos, les mains jointes sur son ventre. Son visage était fermé et ses traits détendus par un sommeil qui semblait assez profond pour que son intervention ne lui fasse pas reprendre conscience. Kirk resta quelque secondes immobile dans l'entrebâillement de la porte, à observer Spock sans savoir encore ce qu'il faisait là à l'observer. Lorsqu'il comprit que le vulcain ne bougerait pas, il s'autorisa à entrer dans la chambre et referma discrètement la porte derrière lui.

Pourquoi est-ce qu'il faisait ça ? Pourquoi se sentait-il tout à coup comme un voleur dans sa propre maison ? Il volait effectivement quelque chose, quelque chose qui allait lui être retiré sans vergogne : l'intimité de Spock. Et maintenant qu'elle lui paraissait aussi inaccessible, il avait terriblement besoin de la retrouver. Parce qu'elle faisait partie de son quotidien, de lui quelque part. Alors au final, il ne reprenait qu'un peu de ce qui lui était du…

Il eut un petit sourire cynique alors qu'il s'approchait du vulcain. Il était tellement facile d'avoir ce genre de raisonnement en ce qui concernait le vulcain que c'en était presque effrayant, même pour lui. Il s'agenouilla à côté du lit et posa délicatement son bras sur le rebord pour venir y déposer son menton. L'atmosphère était silencieuse et apaisante pour la première fois depuis leur arrivée. Et Kirk se laissa à observer les traits fins de Spock, comme c'était un cadeau personnel qu'il s'offrait, profitant malgré tout de son ami à son insu car il le privait de toute familiarité. Est-ce que cela faisait de lui un drogué ? Est-ce qu'il pouvait réellement tomber en manque de ce genre de choses ?

_Vous ne pouvez pas entrer dans la vie des gens comme ça et vous enfuir aussi simplement… chuchota-t-il tout bas alors que sa main glissait lentement sur la couverture pour se poser sur l'avant-bras du vulcain.

Kirk se sentait profondément impuissant face à cette situation. Il ne savait pas quelles armes il avait réellement en sa possession pour faire tourner la balance en sa faveur. Et Spock qui continuait de jouer à la belle endormie pendant qu'il se morfondait presque à côté de lui… Oui, un peu comme une princesse qui se faisait désirer.

Une lueur fugitive traversa le regard de Kirk. Sa main se souleva doucement et ses doigts s'approchèrent lentement du visage du vulcain. Ses lèvres s'entrouvrirent légèrement alors que ses doigts survolaient celles de Spock sans même les effleurer. Une étrange sensation s'insinua en lui alors qu'il s'imaginait aisément les courbures que pourrait avoir cette bouche si elle s'entrouvrait. Juste assez pour...

Il se figea sur place. Bon sang, mais qu'est-ce qu'il était entrain de faire ? Est-ce qu'il en était réduit à à un tel niveau de désespoir qu'il commençait à avoir ce genre de pensées déplacées ? Pourtant, à cet instant précis, alors que l'image du vulcain endormi et paisible continuait de s'imprégner dans sa rétine, il pensa réellement que la situation se prêtait ben à un baiser. Qu'il suffirait peut-être tout simplement de ça pour que Spock se réveille et décide de rester à ses côtés.

Il avait déjà plusieurs fois pensé qu'ils feraient un meilleur couple ensemble qu'avec les femmes qui avaient pu croiser leur vie, mais ce n'était pas le genre de pensées rapides auxquelles on accordait la moindre importance. Seulement que leur mode de vie pouvait parfois faire d'eux le seul véritable couple qui tienne dans la durée. Et quelque part, c'était vraiment la vision qu'il en avait. Mais il n'avait jamais superposé à ce genre d'idées une approche physique concrète. Après tout, le vulcain et lui avaient toujours été suffisamment proches, et exclusifs quelque part, pour qu'il n'ait pas eu besoin de vouloir ce genre de proximité. Maintenant qu'il était privé de ce lien spécial qui le liait à Spock, et que toute proximité quelque soit sa forme lui sera bientôt retirée, de nouvelles envies faisaient leur apparition.

Kirk fronça légèrement les sourcils. En fait, il possédait certaines armes qu'il n'utilisait pas. Le genre d'armes qu'il n'aurait jamais pensé utiliser un jour avec un vulcain. Avec un homme, cet homme là en particulier... Est-ce qu'il en avait seulement le droit ? Est-ce que Spock serait...

Ses pensées tourbillonnaient dans sa tête sans qu'il arrive à en saisir le sens. Il se releva doucement. Le regard plus perdu que lorsqu'il était rentré dans cette chambre. Il resta quelques secondes plantés là, avant de finalement se décider à sortir. Il referma doucement la porte derrière lui, plongé dans de nouvelles pensées encore floues et distordues dans son esprit. Il ne vit donc pas les paupières du vulcain se soulever doucement et suivre la trajectoire de sa sortie.

Kirk s'installa en face de la cuisine et prépara le petit déjeuner pour deux. Il ne mit pas de musique, ne chantonna pas. Il était simplement entrain de réfléchir profondément à ce qui était entrain de se passer ici, à ce qu'il voulait en faire et ce qu'il était prêt à mettre en jeu. Ses traits étaient tirés mais une idée s'ancra bien malgré lui dans son esprit.

_Qu'est-ce que j'ai à perdre au final... souffla-t-il pour lui même alors que son air s'aggravait de plus en plus.

Une petite voix au fond de lui lui claironnait que ce c'était une mauvaise idée. Qu'il avait tout à perdre au contraire, son respect, son estime, son amitié... Mais une lueur de détermination nouvelle se logea dans son regard et il décida qu'à partir de maintenant, il allait tout simplement cesser de réfléchir. Cesser de penser trop logiquement. La logique n'était pas ce qui ferait rester Spock. Alors autant prendre les choses comme lui savait le faire. Quitte à se planter monumentalement après, il était prêt à prendre le risque. Il en avait fait son métier. Spock... était juste une nouvelle mission. Et il mettrait tout son coeur à l'ouvrage pour la réussir.


Kirk passa la porte de la chambre de Spock, les bras chargé d'un plateau repas digne des plus grands princes de la galaxie. Il était seulement vêtu d'un jean moulant, les cheveux encore un peu humides d'une douche express prise cinq minutes avant qu'il ne débarque, mêlant l'odeur fraichement parfumé de son gel douche à l'air encore chaud de la chambre. A partir de maintenant, il ne laisserait plus une seconde de répit à Spock. Il allait tellement bien s'occuper de lui qu'il ne pourrait plus se passer de sa présence.

_Spock, il est temps de-

Kirk s'arrêta net lorsqu'il aperçut le lit vide qui lui faisait maintenant face. Spock était apparemment déjà levé. Il balaya son regard dans la chambre mais n'aperçut aucune silhouette. Les fenêtres étaient ouvertes mais il faisait encore chaud. Le vulcain ne devait pas s'être levé depuis bien longtemps. Il soupira doucement, légèrement déçu que son petit effet de surprise tombe à l'eau. Il posa le plateau sur le lit déjà impeccablement fait et s'approcha doucement de la porte de la salle de bain qu'il aperçut entrouverte. Il tendit légèrement l'oreille et entendit les premiers écoulements de l'eau de la douche. Il s'arrêta à l'embrasure de la porte, soudain figé dans ses propres doutes. Avait-il vraiment le droit d'outre passer toutes les frontières de l'intimité de Spock ? Il serra doucement les points et fronça les sourcils. Ce n'était plus le moment de reculer.

Il poussa doucement le porte, juste assez pour y passer doucement la tête. Son regard dériva de l'évier à sa droite, des toilettes jusqu'à la douche sur sa gauche. Son regard s'arrêta instinctivement sur la forme légèrement floue qui se dessinait derrière le rideau d'eau, entourée de vapeurs d'eaux chaudes. Il ne savait pas si c'était le fait de braver l'interdit, d'espionner son ami à son insu ou simplement la vue qui s'offrait à lui, mais Kirk sentit ses joues rosir graduellement alors que son regard remontait le long de la fine silhouette qui évoluait gracieusement sous l'eau.

Il savait que pour que sa présence ne soit pas totalement suspecte, Kirk devait se retirer tout de suite de la pièce ou simplement faire part de sa présence à Spock, comme s'il le cherchait simplement. Mais si sa bouche s'entrouvrit, aucun son distinct n'en sortit. Son coeur s'emballait doucement alors que la silhouette de son ami se tournait légèrement sur le côté et qu'il finirait forcément par se rendre compte de sa présence ainsi. Mais son esprit était bien trop hypnotisé par l'eau qui s'écoulait doucement sur les courbure du visage du vulcain, tandis que ses cheveux toujours coiffés strictement tombaient contre les courbes de son cou, épousant la forme parfaite et pointues de ses oreilles.

Il n'avait jamais vu Spock sous cet aspect là. Il ne l'avait peut-être jamais vraiment regardé avec l'état d'esprit qui était maintenant le sien. Pourtant, la beauté gracile et féline du vulcain lui parut tout à coup tellement évidente qu'il s'étonna de ne pas avoir remarquer cette beauté bien avant aujourd'hui. Il n'avait jamais compris ce que les femmes pouvait trouver à son officier en second pourtant si froid et inaccessible. Il dut sérieusement revoir son jugement.

_Jim ?

La voix grave et quelque peu fébrile du vulcain ramena Kirk à la dure réalité. Avec tout ça, il en avait complètement oublié que Spock venait de se rendre compte de sa présence et qu'il lui avait fallu plusieurs secondes pour le rappeler à l'ordre. Il ne pourrait donc pas jouer sur le coup de la surprise. Il venait clairement de se faire prendre en flagrant délit d'espionnage. Pourtant, Kirk lui fit un sourire radieux et s'avança cette fois-ci clairement dans la salle de bain.

_Je suis venu vous apporter le petit déjeuner, Spock. Mais encore une fois vous m'avez pris de court. Vous avez passé une bonne nuit ?

Kirk évolua naturellement dans la pièce et alla chercher quelques serviettes de bain dans le placard juste en dessous de l'évier. Après tout, ils étaient deux hommes, deux amis. Il arrivait très souvent aux hommes terriens, surtout dans l'armée, de prendre leur douche en commun sans aucune arrière pensée. Il pourrait très bien le faire comprendre à Spock au besoin. Quant au fait que son ami n'était pas un terrien, et que lui avait clairement des arrières pensées... simplement des détails sans importance.

_Est-ce vraiment le lieu approprié pour en discuter, Jim ? Demanda Spock, clairement embarrassé par la situation et qui s'était imperceptiblement reculer vers le fond de la douche.

Kirk lui déposa les serviettes de bain sur l'évier à côté de la douche et posa sur lui un regard faussement étonné par la question et clairement un peu amusé.

_Ne me dites pas que cela vous gêne, Spock ? L'embarras n'est-il pas une émotion humaine plutôt illogique ? Je suis votre Capitaine et ami. Et sûrement la personne avec qui vous êtes le plus proche.

Un fin sourire étira les coins des lèvres de Kirk alors que son regard se plongeait sans gêne aucune dans celui plutôt incertain de Spock. Il ne croyait pas un mot de son discours, cela se voyait. Mais ce n'était pas grave. Cela n'empêcherait pas Kirk d'agir à sa guise dorénavant.

_Vous n'avez pourtant jamais débarqué dans ma salle de bain auparavant, lui fit remarquer le vulcain, se servant des faits pour lui montrer l'irrationalité de sa présence actuelle dans ce lieu comme tout bon vulcain le ferait.

_Certes, mais je suis chez moi après tout. Et nous ne sommes pas dans un cadre professionnel. Notre cohabitation en est forcément différente et plus particulière. Cela ne vous parait-il pas plus logique, Spock ?

Une lueur d'amusement brilla dans le regard de Kirk, mais il détourna le regard et s'éloigna doucement de la douche pour ne pas embarrasser le vulcain plus longtemps. Le but était d'abolir les limites de leur intimité au fur et à mesure de leur séjour ici. Pas de se comporter comme un éléphant dans une boutique de porcelaine. Mais il voulait habituer Spock à sa présence, à la proximité qu'il voulait instaurer entre eux.

_Je vous conseille de ne pas trop vous attarder sous la douche. Aujourd'hui, je vous emmène sur l'une des plus belles plages de la région pour vous initier à une l'un des passe-temps favori des humains... la voile ! Finit-il avec un sourire satisfait.

Il vit Spock froncer des sourcils, plutôt dubitatif quant aux paroles de Kirk.

_Je ne me rappelle pas avoir lu que cette activité faisait partie des plaisirs quotidiens des humains.

_Vous n'avez pas lu les bons livres, Spock. Vous verrez, c'est un des sports les plus pratiqués. Surtout pendant l'été !

Kirk s'approcha alors à nouveau de la douche et colla presque son front contre la vitre qui le séparait de Spock, ne quittant pas son regard une seule seconde.

_Cela demande de la rigueur, de la concentration et une qualité d'écoute de l'environnement assez importante. Vous et moi face au vent. Cela ne vous tente-t-il pas ? Demanda-t-il d'une voix soudainement plus basse et plus grave, comme un murmure.

Il vit le visage de Spock se tendre presque imperceptiblement mais il ne sut comment l'interpréter. Et comme le vulcain restait désespérément silencieux, toujours trop depuis qu'ils étaient arrivés ici, Kirk ferma les yeux et secoua doucement la tête.

_Vous me devez bien ça de toute façon. Vous allez m'abandonner lâchement à la fin de la semaine, vous ne pouvez pas me refuser ça, Spock...

Kirk sentit son regard dériver légèrement vers le sol, mû par une curiosité toujours plus grande de regarder encore et encore le corps étincelant du vulcain, complètement offert et presque vulnérable s'il décidait de franchir la dernière ligne de verre qui les séparait. Mais il se reprit au dernier moment et se contenta de sourire à nouveau à son ami avant de faire demi-tour et de rebrousser son chemin.

_Nous partons dans moins d'une heure. Je compte sur votre ponctualité, Spock ! Votre petit déjeuner vous attend sur votre lit. J'espère que vous saurez l'apprécier à sa juste valeur.

Kirk referma alors doucement la porte derrière lui. Sitôt seul dans la chambre du vulcain, son sourire s'affadit et son regard se fit plus soucieux. On pouvait dire qu'il jouait dangereusement avec le feu. S'il prenait l'envie à Spock de le remettre à la place qui avait été toujours été la sienne auparavant, il risquait de se faire brusquement envoyer sur les roses. Et puis, il ne s'était pas attendu à être si troublé par la simple vision de son ami entrain de se laver. Est-ce qu'il y avait vraiment quelque chose qui clochait en lui ?

Il soupira doucement et resta quelques secondes adossé contre la porte, pensif. Puis il finit par se redresser à nouveau et quitta la chambre de Spock. Il y avait des choses à préparer pour leur départ et il comptait bien faire de cette journée ensoleillée, la prochaine zone de leur combat. Il lui restait seulement cinq jour pour prendre l'avantage et mener à bien sa mission. Son raisonnement bien trop militaire à son goût le fit doucement sourire. Mais après tout, c'était sur ce terrain là qu'il excellait le plus.


Spock était resté silencieux durant tout le trajet qui les menait à la plage. Ils avaient pourtant presque une heure de route devant eux et Kirk avait espéré avoir un peu plus d'échange avec son ami. Mais il semblait encore plus renfermé qu'à son habitude. Etait-ce à cause de son comportement de ce matin ? Il décida en tout cas de ne pas monologuer avec lui et de respecter son envie de calme et de silence. Kirk mit alors simplement de la musique et ouvrit les fenêtres en grand. Il voulait que Spock puisse lui aussi ressentir cette sensation de liberté qui lui enveloppait la poitrine lorsque le vent glissait ainsi sur son visage et ses cheveux, des lunettes de soleil négligemment posées sur le nez alors que la musique emplissait l'air. Il laissait simplement parfois les doigts de sa main tenant le levier de vitesse de la vieille voiture de son père effleurer la jambe dénudée du vulcain. Il fallait dire que le short de bain lui allait plutôt bien et qu'elle lui permettait d'aborder une approche plus décontractée. Il avait senti le vulcain bouger légèrement le genoux la première fois. Mais depuis une demi-heure, ses doigts reposaient presque constamment contre sa jambe, effleurant à peine la peau mais maintenant un contact physique entre eux jusqu'à la fin du trajet.

_Nous sommes arrivés, Spock. Voici un autre petit coin de paradis qui doit vous changer de votre planète natale, dit-il avec un large sourire.

Une plage immense se dressait devant eux, mêlée de sable blanc fin et de galets de toutes les formes. Naturellement lovée aux creux de larges récifs, la plage offrait un cadre idéale pour les amateurs de surf et autres sports aquatiques. Le vent, même léger, s'engouffrait dans la côte et poussait de larges vagues régulières contre le rebord de mer. Kirk les avança dans un coin un peu plus reculé, loin du monde qui fourmillait en ce jour chaud et ensoleillé, qui leur permettrait d'éviter un vent trop fort pour leur voile et les regards indiscrets de la foule.

Ils s'installèrent donc tranquillement sur un coin de plage plus ou moins désert. Prenant la place nécessaire pour leur serviette et le pique-nique, ainsi que la planche à voile que Kirk avait attaché sur le toit de leur voiture. Cela devait bien faire une décennie qu'il ne l'avait pas sorti du garage. Pourtant, il n'aurait pas pu lui trouver une plus grande utilité qu'aujourd'hui.

_Alors, Spock, que pensez-vous de cet endroit ? Demanda Kirk une fois leurs affaires installées.

Il enleva son tee-shirt, exposant de suite son corps au soleil pour profiter un maximum du soleil.

_Il est en effet plaisir d'y être, lui répondit le vulcain, toujours peu loquace.

Il pouvait cependant ressentir que sa voix était plus détendue et posée. La silhouette de son ami, debout dans le sable à contempler la mer, lui arracha un petit sourire. Il se pencha en avant pour prendre fouiller dans l'un de ses sacs et en sortit un petit tube de crème. Il s'approcha alors du vulcain et s'arrêta à sa hauteur pour observer lui aussi la mer face à eux.

_J'ai bien fait de vous forcer un peu la main alors, souffla Kirk sur un ton légèrement énigmatique.

Si Spock réagissait plutôt bien à ce genre de pression pas trop brutale, c'était toujours bon à savoir pour le reste. Le sourire de Kirk s'agrandit légèrement et il se tourna vers le vulcain en lui présentant le tube de crème solaire qu'il tenait dans la main.

_Ca ne vous ennuie pas de m'en passer sur le dos ? Nous autres humains n'avons pas la même résistance que vous au soleil, dit-il d'un air léger. Je suppose que votre peau est assez résistante et que vous n'en avez pas besoin vous...

Il ne sut pas si la pointe de déception qu'il sentit poindre dans son estomac se ressentit dans le ton de sa voix. A vrai dire, depuis qu'il avait décidé d'agir spontanément, il risquait de devenir assez transparent. Mais tant que son ami continuait d'avancer là où il voulait l'emmener, il ne voyait pas de raison de changer de comportement.

_Vous devinez juste, lui répondit le vulcain en prenant le tube après plusieurs secondes d'hésitation. Je suppose qu'il suffit de l'étaler sur votre peau.

Kirk fit un pas en avant et vint se placer juste devant son ami avec un sourire de plus en plus profond.

_Il faut aussi masser doucement pour que la crème s'imprègne suffisamment dans la peau. Prenez le temps qu'il faudra Spock, finit Kirk en tournant à nouveau la tête vers l'océan.

Il avait cru lire une certaine appréhension dans le regard du vulcain mais préféra ne pas faire de pronostique. Il n'était certainement pas dans un état d'esprit qui lui permettait d'avoir confiance en ses interprétations personnelles. Pourtant, lorsqu'il sentit les doigts fins et chauds de son ami se poser sur son dos, étalant les premières perles de crème solaire, il ne put que constater les tremblements légers qui se répercutaient contre sa peau. La fraicheur du liquide et le trouble qu'il crut lire dans les mouvements de ces doigts lui arrachèrent un léger frisson.

Kirk se mordit la joue intérieurement et se força à garder le contrôle de ses pensées. Ce n'était quand même objectivement qu'un simple geste amical entre amis. Pas de quoi crier victoire ni partir dans des élucubrations inappropriées. Pourtant, plus la main de Spock glissait contre sa peau, faisant toujours pression au niveau de la courbe des muscles de son dos et de ses épaules, et plus il sentait son estomac se nouer et une sensation chaude envahir peu à peu sa poitrine et son bassin. Ses joues s'empourprèrent alors qu'il était entrain de se faire prendre au piège par son propre jeu. C'était véritablement la toute première fois qu'il ressentait ces sensations perturbantes en présence de Spock. Et c'était bien la première fois que leur contact physique lui provoquait une érection.

Kirk déglutit silencieusement et baissa légèrement la tête.

_Merci Spock, ça ira.

Il leva alors une main et la tendit au dessus de son épaule pour faire signe à Spock de lui donner le tube de crème solaire. Il ne fallait absolument pas qu'il se retourne maintenant et il ne voyait qu'un seul moyen de calmer ses ardeurs. Il jeta alors le tube sur l'une des serviettes étalées sur le sable et s'avança vers la mer sans attendre, et sans prononcer un seul mot. Lui qui avait toujours aimé prendre son temps pour se tremper dans l'eau fraîche de la mer, il s'y avança cette fois-ci sans jamais ralentir. La température plutôt ambiante de l'eau le recouvrit petit à petit jusqu'à la poitrine et il ne s'arrêta que lorsqu'il était certain que plus rien ne pouvait montrer son trouble.

Le visage fermé, il se retourna doucement vers la rive où Spock était toujours debout dans le sable et semblait le regarder. Il soupira longuement et le fixant derrière les verres sombres de ses lunettes de soleil, se maudissant des réactions inopinées de son propre corps. Généralement, dans ce genre de cas, il arrivait facilement à se contenir. Se faire dérouter si facilement ne faisait pas partie de ses plans. Il passa l'une des mains immergée sur son visage, ne lâchant pas son ami du regard.

La journée allait être longue...

À suivre...