Chapitre 2

_Combien de temps suis-je resté inconscient ?

_Pratiquement 12 heures, répondit le médecin en chef. Lorsque nous t'avons retrouvé tu respirais à peine. Tu as d'ailleurs cessé de respirer lorsque nous t'avons téléporté à bord du vaisseau.

McCoy s'approcha de son patient et posa sa main sur son épaule pour la tapoter amicalement.

_Le plus important c'est que tu sois en vie et que tout aille bien. Je peux t'assurer que la situation où vous étiez ne nous laissait pas beaucoup d'espoir !

Kirk se releva de son lit d'infirmerie. Il se massa doucement les poignets, il avait encore mal depuis que Spock les avait enserrés. McCoy ne lui avait pas demandé d'où venaient ces marques. Kirk supposait que le médecin pensait qu'il les avait gagné en essayant de s'échapper. Il ne voyait pas de raison de contredire son raisonnement.

_Qu'est-ce qui s'est passé, Bones ? Pourquoi ont-ils fait ça ?

Le médecin grommela dans sa barbe et se leva du lit pour trouver une chaise où s'asseoir.

_Tu ne vas pas aimer, Jim. Vous êtes vraiment tombés dans un musée des horreurs.

Kirk s'assit sur le rebord du lit et fit signe à son ami de continuer.

_Nous avons réussi à vous localiser lorsque Sulu a désarmé leur champ de force. Les Tezos ne sont pas aussi amicaux que nous l'avions pensé. Ce n'était pas une cité qu'ils abritaient mais une sorte de complexe scientifique.

McCoy marqua une courte pause dans ses explications.

_C'était un laboratoire gigantesque et Spock et toi faisiez partie d'une expérience.

Kirk garda son regard fixé devant lui, ne sourcillant pas d'un millimètre malgré les propos de son ami.

_Inutile de te raconter tout en détail mais de ce que nous avons pu entrevoir durant votre sauvetage, il semblerait que vous n'étiez pas les moins bien lotis... Le laboratoire dans lequel nous vous avons trouvés devait bien faire plus de 100 mètres carré. La plupart de cet espace était réservé pour cet espèce de cube de terre dans lequel ils vous avez enterrés. Quant au reste... et bien, je ne sais pas si c'est vraiment utile que je te le dise.

McCoy hésita quelques secondes mais le regard du Capitaine lui fit passer toute hésitation. Il souffla d'exaspération, commençant sérieusement à maudire son rôle d'oiseau de mauvaise augure.

_Il y avait des consoles. Ils avaient placé des caméras tout autour de vous. C'est ainsi qu'on a eu confirmation que c'était bien vous la dedans et -

_Qu'avez-vous vu ? Le coupa Kirk d'une voix plutôt froide qui déstabilisa McCoy.

_Juste que vous étiez à l'intérieur, entassés l'un sur l'autre. Tu sais, dès que nous avons eu une confirmation visuelle nous ne sommes pas restés prendre le thé !

Bones ne comprit pas vraiment la question de son ami. Il l'observa plusieurs longues secondes.

_Pourquoi cette question ? Ne put-il s'empêcher de demander.

Kirk se leva sans lui répondre. Le médecin était dorénavant persuadé que Kirk lui cachait quelque chose mais il décida de ne pas insister, pour le moment.

_Avant que tu ne disparaisses d'ici sache que tu as ordres d'y aller molo, Jim. Ton coeur a lâché, ce n'est pas rien. J'ai demandé une semaine de permission à Starfleet et tu t'y soumettras. Comme ce satané vulcain d'ailleurs. Ce n'est pas parce que vous avez la fâcheuse manie d'en faire trop et de fuir mon infirmerie que je vous laisserais avoir le dernier mot.

McCoy vit Kirk s'arrêter et se retourner vers lui. Contrairement à ce qu'il aurait cru, il vit son ami lui sourire doucement.

_Merci, Bones.

Kirk s'en alla, laissant un médecin en chef perplexe. C'était bien la première fois que son Capitaine capituler aussi vite. Il avait même eu droit à des remerciements ! Mais après tout, il ne devait pas négliger l'importance de ce qui s'était passé sur cette planète. Peut-être que cela avait été suffisant pour calmer les ardeurs des deux têtes les plus brûlées du vaisseau, même pour un homme tel que James T. Kirk.


« Quartiers du commandant ».

Kirk relisait la pancarte d'indication depuis plus de 10 minutes. Difficile pour lui de décrire la sensation que cela lui procurait. Il savait ce qui l'attendait derrière cette porte. Il connaissait l'homme qui devait se terrer à l'intérieur. Et il ne pouvait que se douter des conséquences que le geste de son officier en second devait avoir sur lui. Kirk n'avait pas oublié, lui non plus. La sensation d'étouffement le prenait encore parfois rien qu'en y repensant, comme les douleurs fantômes que les amputés ressentaient parfois envers leur membre absent. Mais Kirk respirait à nouveau. Et il savait qu'il le devait à son équipage mais aussi au vulcain. Si celui-ci ne l'avait pas empêcher de les tuer tous les deux dans sa crise de panique, il ne donnait pas cher de leur peau aujourd'hui.

Seulement, pour l'un comme pour l'autre, cette mission avait laissé un goût amer. L'un pour avoir fait preuve d'une faiblesse inexcusable et qui lui aurait valu en temps normal son commandement, l'autre pour avoir eu un geste profondément humain mais terriblement tragique. Comment vivre à nouveau avec ce qui était arrivé dans ce cercueil de métal ?

Il frappa plusieurs coup sur la porte qui lui faisait face depuis trop longtemps. Cela ne servait à rien de rester planté à réfléchir des heures devant une porte. Aussi difficile était leur situation, ils devraient l'affronter. Kirk ne voulait pas laisser les choses s'envenimer. Il sentait que les conséquences de leur dernière mission pourraient être catastrophiques s'ils choisissaient chacun de se murer dans le silence.

_Spock, je sais que vous êtes là. Laissez-moi entrer, s'il vous plait.

Il ne voulait pas donner d'ordre. Il ne voulait pas être intrusif mais s'il n'avait pas le choix alors il endosserait son rôle de Capitaine. Le fait qu'il n'y croyait plus lui-même depuis son réveil n'y changeait rien. Il ferait semblant, il savait le faire. L'ennui, c'était qu'il avait aussi affaire à un professionnel en la matière en face de lui.

La porte coulissa, lui laissant le champ libre pour pénétrer dans les quartiers de son commandant. Il balaya du regard la pièce principale mais n'aperçut le vulcain qu'au dernier moment. Spock était debout à l'embrasure de sa chambre, le visage impassible, froid, le corps droit comme un i, les mains croisées dans son dos. L'attitude vulcaine par excellence. Une attitude qu'il ne connaissait que trop bien et qui ne lui laissait présager rien de bon.

_Comment allez-vous, Spock ? Demanda-t-il pour la forme.

Il se doutait très bien de l'état dans lequel le vulcain pouvait se trouver. Il souhaitait simplement savoir quelle serait sa réponse et ce qu'il choisirait de lui dire.

_Il serait plus logique que je sois celui qui vous pose cette question, Capitaine.

Kirk observa le vulcain. Il n'avait pas posé les yeux sur lui, évitant sans aucune subtilité son regard. Le ton était donné... Le Capitaine soupira et se rapprocha lentement de son commandant et ami.

_Ecoutez, Spock. Avant toute chose il faut que vous sachiez quelque chose.

Kirk se massa nerveusement les mains. La tension dans la pièce était étouffante et le fait que Spock semblait se reculer imperceptiblement au fur et à mesure qu'il avançait vers lui ne l'aidait pas à se sentir mieux.

_Ce qui s'est passé là bas est impardonnable.

Il vit Spock se raidir et ne comprit l'ambiguité de sa phrase qu'à cet instant.

_Mon comportement... n'a pas été digne d'un Capitaine de Starfleet. Je tenais à m'excuser, à cause de moi nous avons bien failli mourir tous les deux. C'est inexcusable, je sais et je comprendrais que vous n'ayez plus confiance en moi. Mais je vous assure que je ferais mon possible pour regagner votre respect. Même s'il faut pour cela que je démissionne.

Kirk pesa lourdement les derniers mots qui sortirent de sa gorge. Il ne voulait pas que Spock refuse dorénavant de travailler avec lui à cause de son comportement. Il ne voulait pas perdre cette compatibilité qui les avait maintenu au sommet de la chaine hiérarchique pendant tout ce temps. Et il ne se voyait pas commander sans Spock. Dans un cas comme dans l'autre, il assumerait toutes les conséquences de ses actes.

Y compris le fait qu'il venait de perturber le vulcain. Même si celui-ci n'avait pas bougé d'un iota, la lueur d'incompréhension qui transperça son regard suffit à Kirk pour deviner que ses paroles avaient fait mouche.

_Je... je ne comprends pas votre inquiétude, Capitaine. L'acte impardonnable qui a été commis sur Zela n'est pas le votre. J'allais justement vous donner ma lettre de démission et me mettre aux arrêts.

Kirk écarquilla les yeux. Il vit Spock faire un pas en arrière et c'est alors qu'il aperçut deux petites valises posées sur son lit. Une lettre semblait reposer sur l'une d'entre elle.

_C'est une blague, intervint fébrilement Kirk.

Mais il savait au fond de lui que le vulcain ne s'amusait en rien. Il reposa à nouveau son regard sur lui et le vulcain le fuya à nouveau. Il s'avança vers lui et posa une main sur son bras. Il vit alors Spock se tendre violemment et sa mâchoire se crisper. Cette réaction lui fit l'effet d'une électrocution. Il lâcha brutalement le bras de Spock, abasourdi par le dégoût qu'il avait entre-aperçut dans son regard.

La situation était déjà bien plus grave qu'il ne l'aurait cru.

Kirk fixa le vulcain de longues minutes, ne sachant pas du tout comment il devait interpréter la réaction et la démission de celui-ci. Une seule chose lui semblait claire et nette : il avait mal. Le rejet de Spock lui était bien plus douloureux que tout ce qui avait pu se passer durant leur dernière mission. Il ne pouvait pas avoir perdu ce lien si précieux qui le lier au vulcain. Et pourtant, son comportement avait tout à fait pu briser toute relation entre eux. Il en était douloureusement conscient et il ne savait pas aujourd'hui s'il pourrait un jour rattraper ça.

_Spock, vous ne pouvez par partir comme ça. Pas à cause de ce que j'ai fait.

Il vit le vulcain ouvrir la bouche pour corriger ses propos mais Kirk le coupa.

_Ou ce que vous croyez avoir fait. Vous n'aviez pas le choix, vous comprenez ? J'étais hors de contrôle et croyez-moi, je ne vous dirais pas ça si ce n'était pas le cas. Vous avez fait le bon choix... et surtout, ce que vous avez fait était courageux. Difficile mais généreux.

Il aperçut le visage du vulcain se fermer plus encore si cela était possible. En parler ne semblait pas arranger son état mais avait-il vraiment d'autres alternatives ? Spock restait emmuré dans un silence de plomb, dans une attitude déterminée qu'il ne connaissait que trop bien. Le vulcain allait partir. Il allait le quitter sans même sourciller. Même s'il n'était pas du tout d'accord avec ça, Kirk pouvait comprendre le raisonnement malheureusement vulcain derrière ces actes.

Il vit Spock se retourner pour prendre ses valises. Kirk sentit son ventre se nouer violemment. Il ne pouvait pas le laisser partir ainsi, ça ne pouvait pas se finir comme ça. Ils avaient vécu bien trop de choses ensemble, ils devaient pouvoir surpasser ça aussi, n'est-ce pas ?

_Spock, attendez !

Kirk lui barra le chemin et comme il l'avait prévu, le vulcain recula de quelques pas quand il entra en contact avec ses bras. Ce rejet, même compréhensible, était difficilement supportable. Pourtant, ce qu'il allait faire contrastait totalement avec cet état de fait.

_Ecoutez, je veux bien accepter votre démission.

Il vit Spock hausser un sourcil. Il avait enfin réussi à attirer suffisamment son attention pour le stopper dans sa démarche.

_Mais à une condition. Nous avons une permission d'une semaine à compter d'aujourd'hui. Nous la passerons sur Terre, et je veux que vous veniez avec moi.

Il vit Spock hésiter mais il ne lui laissa pas le temps de refuser.

_Une semaine sur Terre. Si nous devons nous séparer définitivement, je ne crois pas en demander trop. Je vous promets qu'après ça, si vous souhaitez toujours démissionner, j'accepterais votre décision.

Kirk prenait un gros risque, il le savait. Il lui serait extrêmement difficile de faire changer Spock d'avis. Mais il devait essayer. S'il ne tentait pas tout ce qui était en son pouvoir cette semaine là, il le regretterait toute sa vie, et plus encore. Il n'imaginait pas ce que le vulcain deviendrait une fois de retour sur sa planète natale. Il en avait déjà un aperçu en face de lui à cet instant même. Et ce qu'il voyait lui faisait froid dans le dos. Il ne pouvait s'empêcher d'avoir des nausées en sachant qu'il en était en grande partie responsable.

Il attendit que le vulcain finisse de réfléchir, cherchant désespérément à accrocher son regard. Mais rien n'y faisait, Spock restait indéniablement fermé comme une huitre. Pourtant, il vit la silhouette se relever lentement. Le vulcain attrapa ce qu'il supposait être sa lettre de démission et la rangea dans une des poches arrières de son uniforme. Il lui fit alors face et il put enfin ancrer son regard dans celui du vulcain. Cela ne le rassura pourtant pas.

_Votre requête me paraît raisonnable bien qu'infondée. Je ne peux, hélas, la refuser. Pas après mes derniers actes sur votre personne. J'accepte de vous suivre, Capitaine, mais n'attendez rien d'autre de la part. Dans sept jours très exactement je vous donnerais ma démission. Je retournerais sur Vulcain ou je serais jugé pour mes actes selon la justice de mon espèce.

Froid, concis, vulcain.

Spock avait accepté sa demande et pourtant il ne décelait aucune espèce d'émotion dans son regard ou ses propos. Il avait accéder à son dernier souhait, pourtant Kirk ne ressentit aucun soulagement. Il observa son officier en second reposer ses valises au pied de son lit dans un silence tendu. Il ne savait plus quoi dire ou faire. Ils arriveraient sur Terre dans moins de 3 heures maintenant. Le mieux qu'il pouvait faire était de se préparer à son tour. Il posa une dernière fois son regard sur cet homme qu'il avait connu pendant tant d'années et qui lui semblait déjà si loin avant de quitter ses appartements.

Il allait passer une semaine entière avec un véritable vulcain. Et s'il l'avait toujours envisagé avec enthousiasme lors de ses précédentes permissions, celle-ci le plongeait dans un profond malaise.

A suivre...