Chapitre 14

On leur avait tendu un piège et ils étaient tombés en plein dedans.

Les données de la mission ne laissaient pas croire que la situation en était arrivée à ce point. Ca ne faisait qu'un mois que le premier groupe d'exploration avait quitté Bellagos. Et Starfleet les avait envoyés là uniquement pour régler les derniers détails et officialiser leur partenariat.

Pas d'activité romulienne dans la zone depuis au moins six mois.

Il avait malgré tout pris une équipe de sécurité pour les accompagner au sol. Ca devait être une mission simple, où Uhura et Chekov n'auraient pas à craindre de se retrouver dans ce genre de situation. Et pourtant, les deux tiers de son équipe étaient déjà morts, les Romuliens les menaçaient de leurs armes mais, à moitié écrasé au sol par l'un des leurs, il pouvait voir que son officier des communications et le jeune russe tenaient encore sur leurs jambes.

En tant que capitaine, il aurait sans doute dû prévoir cela, détecter quelque chose dans les rapports réguliers de ses officiers qui aurait pu lui faire comprendre que les Romuliens étaient déjà là !

Il chercha à se dégager de la prise ferme de son adversaire, pestant contre leur force supérieure ses blessures qui l'assommaient déjà à moitié.

Se lamenter sur ce qui aurait pu être ne lui apporterait rien. Il fallait qu'il réfléchisse. Il devait forcément exister un moyen pour eux de s'en sortir. Sa première tentative avait été un échec, aussi bien coordonnés qu'ils avaient pu l'être. Non, pas une totale perte de temps. Devrac était mort au cours de leur contre-attaque mais ils avaient eut quatre Romuliens.

L'homme qui le tenait plaqua violemment son visage contre la terre, la poussière grossière s'infiltrant dans ses narines et l'empêchant un instant de respirer puis le faisant tousser. Son adversaire n'était visiblement pas heureux d'avoir perdu ses compagnons.

- Ainsi donc, c'est ce que vaut le Capitaine Kirk, si redouté par les Klingons et dont le peuple romulien a si bien appris à se méfier ?

Il tira sans ménagement sa tête en arrière en empoignant ses cheveux.

- Je reconnais que vos capacités d'adaptations sont surprenantes pour un humain. Vous pourriez sans doute rivaliser avec un certain nombre de nos tacticiens. Je vous conseillerais cependant de ne plus songer à faire ce genre de tentatives à l'avenir.

Kirk vit les soldats qui tenaient les trois autres membres de l'équipage de l'Enterprise appuyer plus durement leur disrupteur sur la tempe de leurs prisonniers.

- Cet affrontement a déjà fait suffisamment de victimes, ne croyez-vous pas ?

Il serra les dents, son esprit fonctionnant à toute vitesse. La situation semblait inextricable mais il devait forcément y avoir une échappatoire. Et s'il n'y en avait pas, il s'arrangerait pour se créer lui-même une ouverture. Il sentait le goût du sang dans sa bouche et, décidé à économiser ses forces, il écoutait distraitement le commander donner des ordres en romulien à ses hommes.

Il ignorait pourquoi l'Enterprise n'avait pas encore réagi alors qu'il avait vu le chef de ce petit groupe détruire leurs communicateurs dès qu'on avait essayé d'entrer en contact avec eux. Bien que quelque chose lui disait que l'appareil indéfinissable que le chef portait à sa ceinture n'y était pas tout à fait étranger… Mais, avant de compter sur eux, qui devaient peut-être en ce moment même se défendre contre une attaque ennemie, il devait surtout s'assurer de garder en vie les hommes qui étaient sous sa protection.

Et tout ce qu'il avait en sa possession pour cela c'était ce petit élément électronique qu'il gardait caché dans son poing serré. Il l'avait ramassé en se ruant sur le romulien, dans sa tentative qui avait entraîné la mort de Devrac. Les ecchymoses et les côtes cassées qu'il en avait récoltées n'avaient pas vraiment d'importance face à cela. Et la pièce qu'il avait récupérée serait – sans doute – capable d'électrocuter un individu et de l'assommer pour quelques secondes. La diversion serait de courte durée mais cela pourrait être suffisant et permettre à Uhura, Chekov et Sotara de s'emparer des disrupteurs et de les retourner contre leurs propriétaires. Cinq contre quatre. C'était jouable. Il doutait que lui puisse vraiment s'en sortir indemne mais cela valait mieux que de finir tous les quatre à bord d'un vaisseau romulien, soumis à leurs interrogatoires, voire pire.

Jim eut une pensée pour le vulcain qui l'attendait à bord de l'Enterprise et espéra que ses actions n'auraient pas trop de répercussions sur lui. Il chassa de son esprit l'idée que les choses pourraient tourner plus mal d'un instant à l'autre, bien décidé à passer plus de temps avec cet homme intriguant lorsqu'il serait sur son vaisseau.

Il cessa là ses réflexions, ne trouvant pas de solution alternative, et fixa ses hommes dans les yeux, chacun à leur tour, pour qu'ils comprennent qu'ils devaient se tenir prêt à agir. Aux regards qu'il eut en retour, il comprit que le message était bien passé.

Il manipula précautionneusement les pièces fragiles dans son poing, ses ongles raclant contre sa paume puis, dans un mouvement brusque qui fit protester ses côtes, se releva et se jeta sur le commander. Il entendit un brouhaha derrière eux mais se concentra sur sa tâche et activa le dispositif un quart de seconde avant de glisser hors du corps convulsant. Dès que la batterie fut vidée et que l'homme s'immobilisa, le capitaine s'empara du disrupteur. La main du romulien à moitié sonné s'accrocha à son poignet. Kirk voulut abattre son poing sur son visage mais il esquiva et ils commencèrent à se battre.

La lutte n'avait pas dû durer plus de quelques secondes lorsque son regard se posa sur Chekov qui était à terre et ses deux autres officiers qui se trouvaient en mauvaise posture. Malgré le romulien allongé à côté du russe, ils étaient en train de perdre la bataille. Le commander ne lui laissait pas non plus la moindre ouverture pour qu'il parvienne à le viser correctement avec le disrupteur et il se sentait faiblir rapidement.

L'humain jeta un bref coup d'œil à l'appareil attaché à la ceinture de son adversaire, se souvenant du bruit strident caractéristique qu'il avait produit lorsqu'il l'avait activé, et prit le pari de croire qu'il s'agissait d'un brouilleur qui empêchait son vaisseau de les repérer. Au moment où le romulien tendit son bras pour essayer de le saisir à la gorge, il tira. Une gerbe d'étincelles l'aveugla et il entendit le cri de rage du commander. Restait maintenant à espérer que l'Enterprise effectue assez rapidement un balayage de cette zone de la planète pour qu'ils puissent les sortir de là avant que-

Il fut violemment projeté sur le côté, une douleur brûlante lui déchirant les côtes et le haut de l'estomac.

Un tir de disrupteur, formula immédiatement son esprit, et reçu de plein fouet.

Kirk tenta de se relever mais il en fût incapable ; ce n'était même pas parce que ça lui faisait un mal de chien – il avait connu pire – mais parce que son corps refusait de lui obéir. La situation n'était pas brillante, songea-t-il, sa vision devenant floue. Cette fois, il ne pouvait vraiment rien faire de plus.

Après quelques minutes, il se sentit tirer en arrière et crut reconnaître le visage du commandeur romulien. Toutefois, il était tellement concentré sur le fait de ne pas perdre conscience, et sur l'espoir que Sulu les retrouve avant qu'un vaisseau ne les téléporte ailleurs, qu'il était bien incapable de comprendre le charabia qui sortait de sa bouche. Tout ce qu'il percevait clairement était sa fureur.

Le capitaine ne sut si des secondes ou des minutes passèrent avant qu'il ne voit le monde se brouiller devant lui, altéré par un rayon téléporteur. Un sentiment de défaite commença à l'envahir au-delà de la douleur qui anesthésiait lentement mais sûrement son esprit. Il avait échoué et ils allaient tous les quatre se retrouver hors de portée de l'Enterprise.

Le paysage se stabilisa enfin et il comprit que ce n'était pas lui qui se dématérialisait mais que quelqu'un venait d'apparaître devant eux.

Avant qu'il ne puisse éclaircir sa vue suffisamment afin de découvrir l'identité de la forme noire se trouvant soudain si proche de lui, elle bougea avec une rapidité inattendue. Il entendit des cris, des tirs de disrupteurs et la main qui le tenait par le col le relâcha. Jim tomba brusquement au sol, la poussière venant encore un peu plus brouiller sa vue alors que ses côtes martyrisées lui faisait lâcher un gémissement de douleur.

Tout ce qu'il y avait devant lui était des couleurs se mouvant dans toutes les directions peu à peu recouvertes par le voile rouge de la douleur. Il rageait de ne pas pouvoir saisir ce qui était en train de se passer mais quelque chose semblait tenter de le persuader que la situation tournait à leur avantage. Il n'avait plus la force de repousser cette pensée étrangère et qui s'insinuait d'une manière un peu dérangeante dans son esprit mais il refusait de céder aux faiblesses de son corps avant qu'il ne puisse avoir la moindre idée de ce qui l'attendrait à son réveil.

Il sentit des bras glisser autour de sa taille et de ses épaules, se retrouvant pressé contre le corps d'un homme, incapable de savoir s'il était ami ou ennemi. Il n'était de toute façon plus en état de se débattre. La prise se resserra légèrement et des doigts soulevèrent son menton. Kirk essaya de se concentrer sur les traits du visage de la personne dont il était captif ; ce dernier se pencha davantage vers lui.

Il vit le sang vert qui coulait sur sa tempe s'amassant doucement sous son œil gauche avant de glisser sur sa joue. Un Romulien, réalisa-t-il, se raidissant malgré la douleur. Puis son regard remonta jusqu'aux yeux noirs et il comprit qu'il s'était fourvoyé.

Il sourit légèrement malgré sa stupéfaction et se détendit. Ce n'était pas l'un de leurs ennemis, c'était un vulcain.

- Enterprise, cinq à remonter, dit clairement Spock dans le communicateur qu'il avait en main.

Et Jim perdit connaissance.

A suivre...