Disclaimer : L'univers de Star Trek et ses personnages ne sont pas ma propriété, je ne tire aucune rémunération de leur emprunt...



Pour chacun de ces gestes




Il se sentait joyeux et triste à la fois.


Même s'il n'avait plus les idées très claires, il savait qu'un léger sourire flottait sur ses lèvres tout comme il lui était impossible d'oublier que c'était là l'un des derniers moments qu'il passait sur l'Enterprise.


Jim avala une nouvelle gorgée d'alcool et laissa ses yeux errer sur ses quartiers. Du coin de l'œil, il remarqua l'expression désapprobatrice de Bones mais ce dernier se contenta pourtant de continuer sa joute verbale avec Spock.


Pas de reproches ce soir. Non, pas ce soir.


Ils n'étaient plus que tous les trois dans ses quartiers, le reste de leurs amis ayant déjà regagné les leurs après cette longue soirée de réjouissances. De nouvelles affectations à célébrer, des au revoir mais certainement pas des adieux.


L'amiral se servit un nouveau verre et écouta ses amis plongés dans leurs argumentations habituelles.


Il sourit un peu plus.


Sa Belle Dame allait lui manquer. Mais il n'aurait pas à se séparer de Spock et de Bones. Pas vraiment. Bien sûr, McCoy allait retourner auprès de sa fille mais il ne quittait pas totalement le service actif. Et, cette fois, Jim s'assurerait de ne pas le perdre de vue.


Pourquoi n'organiseraient-ils pas quelques parties de camping ? Il devrait emmener Spock camper aussi. Il y avait beaucoup de choses qu'il voulait encore faire et dire au vulcain. Et, d'abord, il devait lui demander…


- Je plains sérieusement vos futurs élèves. Et plus encore le médecin qui aura la tâche de se charger de leur bien être mental, marmonnait Bones.


- Supposeriez-vous qu'il soit dans mes intentions de leur causer un quelconque préjudice, Docteur ? interrogea le scientifique en haussant un sourcil.


McCoy vida le reste de son verre.


- Oh, je suis bien sûr qu'il est inutile que vous ayez ce genre d'intention pour réussir à les atteindre si vous vous montrez ne serait-ce qu'à moitié aussi tête de cochon avec eux qu'avec moi ! affirma-t-il en roulant des yeux.


Le sourcil noir se haussa davantage.


- La probabilité que je rencontre une personnalité aussi unique que la votre au sein de mes étudiants me paraît relativement faible. Aussi vos inquiétudes me semble infondées Docteur.


Bones leva les yeux au ciel.


- Unique, hein ? Eh bien, si c'est cela votre conception d'un traitement de faveur, je peux vous assurer que ne m'en sens pas flatté !


Jim ricana et se resservit à boire, les laissant continuer ces petites chamailleries qui lui semblaient si familières à présent. Il était bien juste en restant auprès d'eux il n'avait pas vraiment envie de parler pour l'instant.


Sauf peut-être pour parler de cela au vulcain. Et ce n'était pas vraiment le moment.


Bones ne lui avait plus rien demandé au sujet de Spock et ça lui allait très bien comme ça son ami avait toujours à cœur de ne pas dépasser certaines limites.


Donc, il allait attendre pour parler à son premier officier et il allait profiter de cette dernière soirée à bord de l'Enterprise jusqu'au bout.


Dernière soirée.


Il vida son verre et s'en servit un nouveau.


Il pouvait bien se permettre cela ce soir.


- Toute cette maudite logique vous sert bien quand ça vous arr- Jim ?


La tête de son ami était posée contre l'épaule du vulcain et Spock avait rattrapé son verre de justesse avant qu'il ne se renverse. Il avait bien vu qu'il n'y allait pas de main morte ce soir mais n'avait pas eu le cœur de l'arrêter. Peut-être aurait-il dû, en fin de compte.


Le médecin allait se lever pour vérifier son état mais il l'entendit murmurer quelque chose d'incompréhensible au vulcain. A sa plus grande surprise, une notable stupéfaction se marqua sur le visage de Spock. Puis ses traits se détendirent dans une expression qu'il ne pouvait définir autrement que paisible.


Léonard fronça les sourcils.


Sa curiosité était piquée. Mais il ne devait pas s'en mêler. Il les connaissait suffisamment tous les deux pour savoir qu'ils avaient dépassé le stade où il était tolérable qu'il intervienne.


- Eh bien, je crois qu'il est temps pour moi de retourner dans mes quartiers, dit-il en se levant.


Il fouilla dans sa poche et en sorti une seringue hypodermique. Il la tendit au vulcain qui l'accepta.


- Le débarquement de demain ne sera pas de tout repos alors qu'il n'hésite pas à-


Jim marmonna quelque chose qui lui parut bien trop clair et, avant même qu'il ne songe à se détourner, son ami posait ses lèvres sur celles de Spock.


Un baiser chaste mais partagé.


Il n'était pas vraiment sur qu'il avait voulu assister à ça mais, à défaut, il pouvait au moins dire que sa curiosité était satisfaite. D'ailleurs, un peu malgré lui, un sourire goguenard ourlait ses lèvres.


Il se rendit compte que Spock l'observait, attendant sans aucun doute ses commentaires, alors son sourire s'adoucit. Finalement, Jim avait eu raison. Peu importe ce qu'il pouvait avoir à en dire, ces deux-là se connaissaient trop bien l'un l'autre, ses inquiétudes n'avaient pas vraiment eu de raison d'être.


Il remarqua le petit sourire du cadet, tête contre l'épaule du vulcain, les yeux fermés et une main caressant doucement sa nuque.


- Je laisse Jim à vos bons soins, Spock, déclara-t-il finalement avec un sourire satisfait et se détournant enfin pour prendre congé.


La porte se referma derrière lui et il sourit davantage en entendant le « Je vous remercie, Docteur » qui lui parvint.


Jim irait bien.


Il était resté ce soir pour que son vieil ami puisse bénéficier de leur présence, de l'ambiance légère qui s'installait lorsqu'ils profitaient ensemble d'un moment de paix. L'homme avait été relativement silencieux mais pas mélancolique pour autant il avait profité de leur présence à sa façon. Et maintenant, eh bien, il n'avait plus le moindre souci à se faire pour lui et Spock après leur départ de l'Enterprise.


Au contraire de ces jours qui avaient suivi la fin de leur mission de cinq ans, il allait pouvoir rejoindre sa fille et continuer sa vie sans le moindre regret.


Il ne savait pas vraiment qui il devait remercier pour cela – Jim ? Spock ? V'ger ? Un quelconque dieu ? – mais il était heureux.


Il avait porté Jim dans son lit et l'y avait allongé l'amiral s'était laissé faire sans protestation.


La propension des humains à vouloir brouiller leurs pensées par l'alcool n'était définitivement pas ce qu'il y avait de plus logique en eux mais il pouvait comprendre en partie pourquoi l'homme y avait eu recours cette fois. Il était cependant très probable que son ami n'avait pas imaginé qu'il ait un tel pouvoir désinhibiteur sur lui ce soir.


Certes, c'était de peu de conséquence.


Il n'avait rien dit ou fait qui ne devait l'être un jour. La tendresse dont il avait fait preuve envers lui devant McCoy n'était pas une chose à laquelle il était très familier mais elle n'était pas malvenue.


Au cours de ces deux dernières semaines, il avait dû se montrer plus attentif aux regards ou aux gestes subtils de Jim, apprendre à lire de nouvelles émotions qu'il s'empêchait d'exprimer. Pour y répondre ou pour prendre l'initiative de faire un geste vers lui. L'homme semblait réprimer nombre d'envie et d'impulsion en sa présence, agissant de manière relativement prudente autour de lui.


Dans un certain sens, l'amiral avait raison d'agir de cette façon. Il était vulcain. Aussi réceptif pourrait-il se montrer aux attentes de Jim, il n'était pas dans sa nature d'accorder aux contacts physiques une importance supérieure à la pensée.


Une compréhension mutuelle et totale dans ce domaine n'était pas envisageable sur une période si courte. D'autant plus qu'il découvrait avec une certaine fascination que son cadet éveillait en lui, aux plus étonnants des moments, des impulsions auxquelles il n'avait pas songé être sujet. Par son comportement, Jim faisait surgir en lui des désirs qu'il n'avait jamais réellement eus en étant en pleine possession de ses moyens.


Une infinie diversité et d'infinies possibilités. Lorsqu'il était à ses côtés, il ne pouvait douter de l'exactitude de cela.


- Mmh… Spock ?


Le vulcain venait de lui ôter ses bottes et s'apprêtait à retourner dans ses quartiers. Il s'approcha à nouveau de son lit pour que l'amiral puisse le voir. L'air fatigué et le regard un peu trouble mais un léger sourire aux lèvres, Jim tendit la main vers lui.


- Venez.


Le scientifique haussa un sourcil. Son supérieur sourit davantage et ferma les yeux un instant avant de se retirer presque jusqu'au bord de son lit et de l'observer à nouveau.


- Allons, venez, Spock. Je veux juste… vous sentir allongé à mes côtés. Je ne suis pas en état d'en faire davantage de toute façon, ajouta-t-il avec un sourire taquin.


Jim ferma à nouveau les yeux le vulcain s'assit au bord du lit, enleva ses bottes et se pencha au-dessus de lui. Un baiser profond et marqué par un peu de possessivité, seulement guidé par l'instant.


L'homme ouvrit à nouveau les yeux.


- Vous ai-je déjà dit combien j'aime quand vous faites cela ? murmura son ami.


- Vous avez semble-t-il oublié de le mentionner jusqu'à maintenant. Je tâcherai de garder cela en mémoire pour l'avenir.


Jim ferma les yeux en souriant et enfouit son visage dans son cou. Un instant plus tard, sa respiration régulière contre sa peau lui indiquait sans qu'il ne puisse faire erreur qu'il s'était endormi. Il entendait le battement constant du cœur humain qui faisait vibrer le corps tiède contre lui.


Spock ferma les yeux, le nez plongé dans la chevelure douce. Plus de sérénité que la plus profonde des méditations.


C''était… agréable.


Jim se retourna dans son lit se sentant un peu groggy et nauséeux. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était plus senti si mal à son réveil. Enfin, si l'on excluait certains lendemains de missions difficiles.


Il s'allongea sur son dos, ouvrit les yeux et les plissa douloureusement.


Trop ivre même pour songer à ordonner à l'ordinateur l'extinction des lumières il n'avait pas fait les choses à moitié cette fois.


L'amiral se redressa.


- Bonjour, Jim.


Il fixa le vulcain assit devant son ordinateur.


Qu'est-ce que Spock faisait là ? Il était assez sûr que son quart de travail n'avait pas encore débuté. Il devait y avoir un problème avec le vaisseau ou-


Oh.


Ou peut-être pas.


L'homme referma sa bouche sans avoir dit un mot. Il se souvenait vaguement d'avoir demandé à son aîné de passer la nuit avec lui. Et il ne se rappelait rien de plus que de s'être endormi contre lui. C'était sans doute parce qu'il n'avait rien fait qu'il aurait pu regretter, du moins le supposait-il. Dommage que cela ait été un peu gâché par ce genre de réveil.


Il se sourit à lui-même. Il avait bon espoir qu'avec l'ouverture un peu plus marquée dont faisait preuve Spock ces derniers jours, il y aurait d'autres occasions de profiter de moments plus particuliers avec lui.


Le scientifique l'observait toujours et il se rendit compte qu'il ne lui avait pas encore répondu.


- Bonjour, Spock, sourit-il enfin, en se passant une main dans les cheveux et en retenant une grimace en sentant un léger mal de tête remonter à la surface.


Ce n'était définitivement pas le plus romantique des réveils, songea-t-il en lui-même avec un peu de dérision.


Il inspira profondément et se leva, s'empêchant de vaciller laissant un silence confortable s'installer entre eux, Spock travaillait à nouveau sur son ordinateur, sans doute plus par politesse qu'autre chose. Il ne sut s'empêcher de sourire légèrement à cela. Ah, les vulcains et leur bienséance.


L'amiral gagna sa salle de bain, se fustigeant mentalement pour ne pas avoir su rester un peu plus raisonnable la veille. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait plus bu à en perdre sa lucidité et il ne pouvait s'empêcher d'être un peu inquiet. Ce qu'il avait pu dire et faire la veille était relativement flou dans son esprit.


Un des hyposprays de Bones lui serait bien utile à l'heure actuelle. Un hypospray exactement comme celui qui se trouvait en face de lui. Jim sourit davantage. Eh bien, il n'avait sans doute rien fait d'irréparable puisque Spock et Bones restaient encore aux petits soins avec lui.


Il passa quelques minutes de plus dans sa salle de bain, un peu trop conscient que c'était là leur dernière journée à bord de l'Enterprise. Il ne s'était pas encore tout à fait fait à l'idée mais il l'acceptait avec un peu plus de sérénité aujourd'hui.


C'était d'ailleurs un peu stupide de sa part d'avoir attendu si longtemps avant de parler à Spock. Ils n'étaient qu'à quelques heures du débarquement, le vulcain avait déjà dû faire ses plans. Et il ne le lui avait pas encore demandé. Eh bien, il était grand temps qu'il le fasse.


Il rejoint Spock.


Cependant, devant sa pose méditative, les coudes posés sur son bureau et les doigts entrecroisés devant son visage, Jim eut un instant de doute et lui demanda autre chose que ce qu'il avait d'abord eu à l'esprit :


- Suis-je resté correct avec vous hier soir ?


Un peu de surprise puis de l'amusement dans les yeux noirs.


- Vous n'avez agi en aucune façon de manière incorrecte à mon égard, Jim.


Il sentit un vague soulagement le traverser.


- Néanmoins, il me semble fort probable que le Docteur McCoy souhaite dans un proche avenir s'entretenir avec vous.


Pourqu-


Ah, bien sûr, ça lui revenait maintenant que le vulcain parlait de Bones. Il n'avait certainement pas pu rêver cela.


- Je vous ai embrassé devant Bones ?


- En effet.


Ah. Bien. C'était une manière comme une autre de faire comprendre au médecin que tout allait bien pour eux. Et Spock ne paraissait pas particulièrement dérangé par cette idée puisqu'il voyait toujours ce léger amusement dans son regard. En fait, il aurait beaucoup aimé lui-même se souvenir de l'expression de Bones à ce moment-là, songea-t-il en souriant.


L'amiral contourna le bureau et s'y appuya légèrement faisant face au scientifique, croisant les bras mais apaisé par l'expression détendue de son ami.


- Rien d'autre qui mérite d'être mentionné ? dit-il nonchalamment en prenant un des padd dont il devait encore s'occuper.


- Vous m'avez demandé si je souhaitais m'installer dans vos appartements de San Francisco.


Il grimaça intérieurement.


Autant pour la demande en bonne et due forme. Ivre et devant Bones. Il aurait difficilement pu faire moins crédible et plus maladroit. Néanmoins, Spock arborait toujours une expression sereine et attentive.


- Ai-je précisé qu'il y a plusieurs chambres de libre et que l'endroit est relativement spacieux ?


Devant le sourcil levé de son aîné, il ajouta :


- Mais je comprendrai parfaitement si vous me disiez que vous avez déjà d'autres projets ou si vous pensez que c'est une mauvaise idée.


Il espéra que l'appréhension qu'il ressentait n'était pas trop visible dans son regard. Il ne voulait pas que Spock se sente obligé d'accepter si cela ne lui convenait pas. Il lui avait semblé que les limites de leur 'accord' avaient été dépassées depuis longtemps et qu'il pourrait éventuellement apprécier l'offre.


Le vulcain lui rendit son regard et il pouvait y lire cette nouvelle chaleur qui se dévoilait un peu plus chaque jour dans ses yeux. Il fallut un instant à Jim pour réaliser qu'il tendait deux doigts vers lui et pour répondre à son geste, index et majeur tendu.


- Cela serait approprié, fut la réponse simple de Spock.


L'amiral sourit et, sans ajouter un mot, reprit avec lui leurs préparatifs pour leur proche retour sur Terre.


Une de plus.


Une de ces petites choses qui composaient leur relation qui se mettait en place.


C'était chacune d'entre-elles qui définissait ce qu'ils étaient déjà l'un pour l'autre et ce qu'ils seraient dans l'avenir. Chaque avancée, chaque geste, aussi insignifiant était-il, avait finalement son importance.


Et où cela les mènerait au final n'était pas l'essentiel. Parce durant ces moments simples, peu importaient les épreuves, les frustrations et les désaccords passés ou à venir, il était plus heureux qu'il ne l'avait jamais été car il voyait cette même satisfaction se refléter dans les yeux de Spock.


Fin




C'était donc le dernier petit OS pour cette fic, et j'espère que vous l'avez apprécié :)


Cette histoire avait pour but de servir de transition slash entre le premier et le second film et j'espère avoir su atteindre ce petit objectif ^^


En tous cas, merci énormément à ceux qui prennent le temps de me laisser des reviews sur ces petites fics Star Trek, qui m'encouragent et qui me prouvent ainsi que le fandom ST : TOS n'est pas totalement invisible aux yeux des francophones =) (d'ailleurs, j'encourage fortement tout auteur pouvant éventuellement se lancer dans le fandom - pourquoi pas durant les vacances d'été par exemple ? - à le faire, il manque cruellement de lecture ST en français :'x)


Sur ce, à une prochaine fois ^_~