Fandom : Star Trek (reboot).

Auteur : Flojiro.



How to kiss a Vulcan



La première fois qu’il avait embrassé un homme… ça n’en était pas vraiment un. De toute façon ça n’était pas non plus vraiment lui. C’était… Bon sang, pourquoi sa vie était-elle toujours aussi compliquée ?! Pourquoi il fallait que ça lui tombe dessus, à lui, les dédoublements de vulcains à travers des brèches temporelles tueuses de paternel, hein ?! Non mais il le savait, que l’Univers ne lui pardonnait pas d’être né mais tout de même, il y avait des limites à l’acharnement ! Il y avait, en particulier, ce jour lointain où il avait appris tout à la fois beaucoup trop de choses sur les métis de vulcain et d’humain. Entre autres leur capacité à transmettre des pensées par le toucher. Pas seulement des pensées. Beaucoup plus que des pensées. Beaucoup plus que des explications rapides sur un voyage temporel. Beaucoup plus qu’une vague idée de ce que James T. Kirk - un autre James T. Kirk - avait représenté pour un vulcain venu du futur.


Depuis son abandon sur une planète hostile et glacée, un baiser qu’il n’avait jamais donné s’éternisait sur ses lèvres.

— Je ne l'ai pas vraiment embrassé.

Las de contempler le plafond lisse, Jim sauta à bas de sa couchette et entreprit de marcher de long en large dans sa cabine à grandes enjambées rageuses. Il finit par s'arrêter devant son miroir.


— Tu ne l'as pas embrassé ! martela-t-il en détachant chaque syllabe, ses deux mains appuyées à la console pour mieux se pencher en direction de son reflet. Ce n'était ni toi ni lui ! Alors arrête d'y penser, andouille !


— Capitaine ?


Kirk sursauta violemment lorsque la voix désincarnée retentit dans la pièce vide. Son mouvement envoya plusieurs objets de toilettes s'éparpiller sur la console et il suivit d'un regard vide la chute d’un pot de gel qui continua à rouler jusqu’à ce que l’une des parois de la cabine le stoppe dans son mouvement.


— Capitaine Kirk ? ... Jim ?


Il y avait une infime dose d'inquiétude dans l'intonation composée et Kirk ne put s'empêcher de sourire avec affection. Le terme fit son chemin dans son esprit, alors qu'il observait sa physionomie se modifier dans la glace. Affection. Sérieusement ?

Un tambourinement léger contre la porte fit s'accélérer son rythme cardiaque.


— Jim ? Tout va bien ?


— Oui ! Oui, oui ! il prit une profonde inspiration et passa une main un peu tremblante dans ses cheveux courts. Tu peux entrer Spock, la porte n'est pas verrouillée.


Le battant s'ouvrit en chuintant quelques millième de secondes après son autorisation et Jim eut la curieuse impression que Spock se retenait de courir à travers l'ouverture. Spock. Courir. Non. Ce devait être une illusion d'optique créée par le miroir, à travers lequel il regardait toujours, étrangement nerveux à l'idée de se retourner. D'affronter face à face son second avec le souvenir de ce baiser flottant toujours sur ses lèvres. Il crispa ses poings entre les affaires éparses.


— Capitaine ? Ressentez-vous une gêne physique ? Faut-il que j'appelle le docteur Mc Coy ?


Jim secoua la tête, ce sourire bizarre menaçant à nouveau de prendre possession de sa bouche.


— Non, Spock, je vais bien, vraiment. Et je t'ai déjà dit - ordonné même, il me semble - de m'appeler Jim et me tutoyer tant que nous ne sommes pas sur le pont ou en situation d'urgence... Il y a une situation d'urgence ?!


Il se redressa et se retourna d'un bloc vers son lieutenant, oubliant soudain miroir, baiser et crise existentielle.


— Non, Capitaine, rien de tel.


Jim laissa échapper un petit soupir de soulagement, un peu, de déception, beaucoup : une crise aurait sorti son esprit de l'ornière dans laquelle il s'enferrait. Et s'il commençait à penser en métaphores il allait sérieusement casser la gueule à Bones ! Face à lui Spock pencha très légèrement la tête sur un côté de façon absolument adorable. Son haussement de sourcil devint franchement visible et concerné au moment ou Jim se tapa littéralement le front de la main.


— Jim ? Vous... Tu es sûr que tout va bien ?


— Absolument certain, marmonna l'intéressé en se massant le front, je me débarrassais seulement d'une pensée importune. Et il faut que vous arrêtiez tous de me traiter comme si j'étais en sucre depuis que je suis sorti de l'hôpital, sérieusement !


L'expression interloquée - oui, pour un vulcain ce haussement de sourcil particulier était une expression interloquée, Jim avait appris à le reconnaître - de Spock manqua faire éclater son capitaine de rire.


— Il ne me viendrait jamais à l'idée de penser que tu puisse être fait d'une quelconque matière sucrée, Jim.


— Dommage...


Un silence incrédule s'attarda dans la pièce. Jim l'aurait bien brisé en se frappant la tête de façon répétée contre son miroir mais il craignait de finir définitivement en camisole de force si son second était témoin de ce spectacle.


— Je ne comprends pas le sens de cette remarque.


Il fallait reconnaître à Spock le talent de rester professionnel – et un rien balai dans le cul – en toutes circonstances. Jim pinça le haut de son nez entre son pouce et son index.


— Ça vaut mieux pour tout le monde Spock, fais-moi confiance.


— Je t'ai toujours fait confiance, Jim.


Quelque chose de chaud enserra la poitrine du capitaine de façon particulièrement suspecte.


— Sauf lorsqu'il s'agit de t'interroger sur ta santé, poursuivit le vulcain en s'avançant dans la cabine.


Kirk ne put s'empêcher de remarquer que la démarche de Spock avait quelque chose de prédatrice. Impression renforcée par la porte qui se refermait automatiquement derrière lui en émettant à peine un soupir discret. La main du vulcain fit courir un frisson dans tout son corps tendu en se posant délicatement sur son épaule. Sans surprise, cette réaction accentua le haussement de sourcils inquiet.


— Jim ? Spock mit en contact le dos de ses phalanges avec le front emperlé de sueur de son capitaine, je ne suis pas le meilleur juge de la température d'un corps humain mais tu sembles exprimer plusieurs symptômes d'une poussée de fièvre.


- Est-ce que tu as déjà embrassé un homme, Spock ?


Il n'eut pas le temps de se mordre la langue pour retenir sa question. Le vulcain était trop près et, pour une raison qui lui échappait, ses propres défenses étaient bien trop basses. Peut-être avait-il effectivement de la fièvre, il ne dormait plus beaucoup depuis sa mort...

La main quitta son front mais l'autre resta posée sur son épaule, comme si son propriétaire l'y avait oublié.


— Je ne comprends pas le but de cette question ?


Jim réussit un demi-sourire narquois.


— Sûrement parce que j'ai de la fièvre. On ne t'a jamais dit qu'il fallait toujours faire ce que veut un malade ?


— Non. Les humains fiévreux ont généralement des pensées chaotiques et il est au contraire préférable de les restreindre pour leur propre sécurité.


—Ma question met en péril ma sécurité ?


Jim aurait juré que Spock avait manqué lever les yeux au ciel.


— A première vue, non.


— Alors répond, le pressa Jim avec un vrai sourire, malgré la boule qui comprimait son ventre.


— Je n'ai jamais embrassé personne à l'exception de Nyot... du lieutenant Uhura, Jim.


Ce fut au tour de Kirk de regarder son second d'un air ébahi. Avec une différence notable : chez lui ça se voyait.


— Tu plaisante j'espère ?!


— Le concept de plaisanterie est étranger aux vulcains.


— Tu m'en diras tant... marmonna Jim tandis que le regard de Spock semblait se perdre dans le vague.


— De plus, les rituels nuptiaux vulcains sont différents de ceux des humains. Je n'aurai même jamais dû avoir de relation avec Nyota, techniquement parlant.


Jim essaya de récupérer sur lui les yeux sombres de son second et, sur une impulsion subite, il posa pour cela sa paume sur la joue du vulcain. Ce dernier tressaillit au contact, en même temps qu'une étrange sensation remontait la main de Jim. Un picotement familier. Comme un sentiment de déjà-vu. Il retira sa main un peu trop précipitamment.


— Pourquoi l'avoir fait, dans ce cas ? parvint-il à demander en avalant sa salive pour humecter sa gorge sèche.


— En tant que vulcain expatrié au milieu des humains, la logique me dictait de me mêler à eux du mieux que possible. Les humains semblent toujours chercher à former des couples.

Jim laissa échapper un ricanement incrédule.


— Tu veux me faire croire que tu couches avec Uhura parce que c'est logique ?


— Je ne partage pas d'interactions sexuelles avec Nyota.


— Pardon ?!


— Les vulcains n'ont pas les mêmes...


— ... Ok, Ok, j'ai compris, Jim leva une main pour arrêter la litanie, vous ne couchez pas avant le mariage, c'est ça ?


Spock réfléchit quelques instants à la question.


— Le terme n'est pas tout à fait approprié mais l'idée est approximativement la même.


Jim nota mentalement un point dans son camp pour avoir réussi à faire approximer Spock.


— Donc tout ce que vous avez jamais fait avec Nyota c'est vous embrasser ?


— A la manière humaine, oui.


Jim battit des paupières.


— Il y en a une autre ?


La tête de Spock s'inclina légèrement de côté, une nouvelle fois. Le cœur de Kirk manqua un ou deux battements.


— Les vulcains ne s'embrassent pas ainsi. Même si mon père et ma mère le faisaient parfois.


Jim essaya de se retenir. Vraiment. Le début d'érection qu'il sentait pousser contre ses sous-vêtements lui faisait clairement comprendre qu’il était déjà allé bien trop loin. Mais la main sur son épaule était trop lourde. Le corps du vulcain trop proche. Son regard trop intense.


— Comment s'embrassent les vulcains ? murmura-t-il sans avoir eu conscience de baisser la voix.


Spock demeura muet de longues, très longues secondes. Jim s’attendait à tout moment à le voir se détourner et passer la porte pour ne plus jamais la franchir. Ou refermer ses phalanges sur sa gorge et serrer, sans personne pour l’arrêter, cette fois. Très lentement, le vulcain leva sa main libre et Jim ne put retenir un tressaillement inquiet.

Comme si chaque infime mouvement contenait un secret lourdement gardé Spock dressa ensembles son index et son majeur et replia les autres doigts vers sa paume.

Retenant son souffle, Kirk imita le geste.

Lorsque les doigts de Spock entrèrent en contact avec les siens sa perception du monde bascula sur son axe. La sensation était indescriptible. Plus douce qu’une caresse, plus intime que le plus profond des baisers. Il ressentait Spock. Sa présence, son esprit, le tourbillon de ses émotions frappant contre la surface glacée de sa logique. Il essaya de lui rendre la pareille, comme un adolescent inexpérimenté jouant maladroitement de sa langue. Il sentit Spock frissonner. Fluctuer. La main du vulcain se faisait lourde sur son épaule, possessive. Jim glissa son bras dans le creux des reins de son premier officier.


Il ne sut pas vraiment lequel d’entre eux avait rompu le baiser. Hors d’haleine, il laissa son front tomber contre l’épaule de Spock, recherchant son souffle et ses pensées éparses. Ses doigts pulsaient encore et il referma son poing pour conserver le plus longtemps possible cette sensation résiduelle. Le bras de Spock enlaçait à présent son dos. Il sentait le souffle frais du vulcain contre sa tête.


La complexité de sa vie venait de passer un tout nouveau seuil critique. Mais il était enclin à pardonner à l’Univers, pour cette fois...


FIN