The Prize

(La Récompense)

par Ray Newton



Rating : M

Genre : UA (Univers Alternatif)

Version originale : http://www.ksarchive.com/viewstory.php?sid=2636&warning=1



-Allez-vous concourir pour l’Humain, Spock ?


Le jeune guerrier vulcain prit acte de l’arrivée de son ami et reprit son examen intéressé de l’esclave enchaîné devant la tente du Chef de guerre. Les Humains étaient rares sur Vulcain : quelque chose dans l’atmosphère de la planète, ou peut-être les rudes rayons de son soleil, les affectait au point qu’ils tombaient malades et mouraient. Spock avait entendu dire que pour chaque cargaison recensée, seulement 40 % survivaient pour atteindre le marché aux esclaves. Les femmes, se rappelait-il, étaient les plus rares de tous, car elles étaient encore plus vulnérables que les mâles, bien qu’enfant, il se souvenait d’une femme humaine au service de sa mère. Les mâles devenaient disponibles en de rares occasions, requérant des prix élevés, et en posséder un constituait une sorte de prouesse.

Depuis des jours, le camp bruissait de la rumeur d’après laquelle Selon, chef du groupe des guerriers, avait l’intention de présenter l’un de ces êtres exotiques pour qu’il fût disputé par les guerriers en formation sous son commandement. Pour une fois la rumeur s’était avérée : ce matin même, l’esclave avait été exposé afin que les guerriers pussent voir le prix pour lequel ils concouraient.

Spock n’avait jamais rien vu d’égal à l’étrange beauté de l’esclave qu’il étudiait à présent. L’Humain était un mâle, bien entendu. Même si l’une d’elles avait été disponible, aucune femme n’aurait été admise dans le camp ou considérée comme appropriée pour un guerrier. Et il était jeune, bien qu’il fût difficile de juger de l’âge chez les aliens. Ses yeux et ses cheveux avaient la couleur chaude du vin doré de la vallée de Langoc, sa peau avait la teinte exacte de la crème sucrée au miel. Les traits les plus inhabituels étaient ses petites oreilles en forme de coquille et les fins sourcils incurvés.


- Concourir ? Je ne pense pas, répondit finalement Spock à son ami.

- Pourquoi pas ? Vous devez savoir que vous gagneriez…et obtenir un tel prix… 

- Satak, nous avons déjà discuté de cela.

Les deux jeunes hommes se déplacèrent sur le côté, légèrement en retrait du groupe de guerriers qui entourait l’esclave.

- Vous savez que c’est mon espoir d’être un jour l’élu de l’un de mes pairs : d’être S’Kanderai. Je ne désire aucune relation de moindre qualité.

- Pourtant, vous avez fait usage d’esclaves auparavant. 

- Durant mon temps de besoin, oui, concéda Spock. Pour sauver ma vie, j’ai pris le corps d’un esclave, de la même façon que je mangerais pour éviter la famine. Mais avoir un esclave de couche en permanence dans ma tente, quelqu’un qui ne peut pas refuser mes ordres, qui se soumet par crainte : où est l’honneur ou le plaisir en cela ?

- C’est vrai, bien que je ne l’aurais pas pensé ainsi, admit Satak. Pourtant, je prends beaucoup de plaisir avec un esclave obéissant.

- C’est une disposition d’esprit purement personnelle, dit Spock, en recommençant à étudier l’Humain.


Le jeune homme était superbe en effet. Il se tenait debout, la tête haute, les yeux étranges étaient méfiants, mais ils ne contenaient aucune trace de peur alors qu’il regardait ses ravisseurs d’un air de défi. Il était comme un animal fougueux, pensait Spock, un félin de chasse à demi sauvage, pas encore soumis à la volonté d’un maître. Il serait intéressant de le dresser…Puis il se secoua mentalement et rejeta la pensée de côté. Aucun esclave, quelle que fût sa beauté, ne pouvait être le compagnon, l’égal, l’amant auquel il rêvait. Non, il attendrait.

Spock était sur le point de proposer de partir quand l’un des autres novices se rapprocha de l’esclave, tendant une main pour ébouriffer les cheveux clairs.


- Comme de la soie, lança-t-il à ses compagnons, et il continua son exploration par-dessus le visage lisse en descendant jusqu’à la colonne de la nuque.

L’Humain supporta l’examen en silence, mais quand le Vulcain s’aventura sous sa tunique, il réagit violemment, se tordant dans ses liens et grognant avec défi dans son langage barbare.


- Ce n’est pas un si grand prix finalement, dit Spock avec un signe de tête alors qu’ils s’en allaient. La créature est imprévisible, sauvage, de toute évidence, pas formée. Son nouveau maître aura beaucoup à lui apprendre. 

- Vous n’êtes pas au courant ?

Satak regarda Spock avec surprise.

- La dernière fois que j’étais à la maison, mon père discutait de l’achat d’esclaves de labeur avec l’un des marchands. Nareth nous a dit qu’on ne dit pas aux Humains en quoi consistera leur service. On leur donne seulement une formation de base en tant que domestiques attachés à la personne, le reste leur est dissimulé délibérément.

- Je ne comprends pas. 

- Nareth disait que dans leur monde, les mâles s’accouplaient rarement entre eux : c’est considéré comme infâmant. Leur révulsion est si grande que quand ils finissent par comprendre, leurs résistances excitent leurs maîtres.

- Je n’approuve pas, dit Spock sévèrement. On devrait au moins les avertir de ce à quoi s’attendre, et leur laisser le temps de s’habituer à l’idée.

- Je suis d’accord avec vous, bien que beaucoup des nôtres ne le seraient pas. Cependant, cela ne nous concerne pas, puisque vous ne désirez pas concourir. L’esclave reviendra probablement à Savak. Je ne l’aime pas, mais il est incontestable qu’après vous il est le meilleur guerrier du groupe.

Alors dans l’intérêt de l’esclave, il est à espérer qu’il apprend vite. Je ne pense pas que Savak possède beaucoup de patience. 


* * * * *


Le jour suivant, Spock rejoignit les autres pour regarder la compétition pour gagner l’Humain. Satak avait déclaré son intention de concourir, mais ne parut pas trop déçu quand il fut éliminé au troisième tour.

- Ca valait la peine d’essayer, expliqua-t-il en rejoignant son ami, et les deux hommes restèrent debout ensemble pour regarder le reste de la compétition.

Comme ils l’avaient prévu, Savak fut déclaré vainqueur, et Spock observa la scène avec une curiosité froide quand le jeune homme aux cheveux dorés fut avancé et forcé de se mettre à genou devant son nouveau maître. La créature était superbe à n’en pas douter, mais elle était indisciplinée, non formée, et – le Vulcain le soupçonnait – aussi primitive qu’un sehlat sauvage. Spock éprouva un instant de pitié contraire à ses habitudes pour le fier esprit qui allait rapidement être brisé, puis il haussa les épaules, surpris lui-même. Quelle importance pouvait avoir le destin d’un seul esclave ? De son côté, il était satisfait de savoir qu’il aurait battu Savak s’il avait choisi de concourir.

C’était une sorte de soulagement, considérait Spock, que la possession de l’esclave si fâcheusement séduisant eût été réglée : à présent, peut-être, les prétendants malheureux tourneraient-ils à nouveau leur attention vers l’entraînement rigoureux qui les attendait encore. Ses motivations, il le reconnaissait, étaient purement égoïstes, car cette consécration était importante pour lui : la réputation qu’il gagnait à présent paverait le chemin vers la réalisation du rêve de sa vie.

S’Kanderai ! L’objectif de chaque guerrier, atteint seulement par le plus méritant : être choisi pour compagnon de vie par l’un de ses pairs, assorti mentalement et physiquement, avec une complétude qui n’était possible dans aucune autre relation, un compagnon à aimer et à honorer, pour partager sa vie et sa mort. Mais d’abord il devait prouver sa propre valeur. On disait déjà de lui qu’il était le meilleur guerrier de sa génération, il était encouragé par la promesse du Chef de guerre de se voir invité à intégrer son propre groupe de disciples si, ou plutôt quand, il serait admis à être initié.

Il semblait, cependant, qu’il ne lui serait pas permis d’oublier l’Humain si facilement. Durant les deux nuits suivantes, l’absence de Savak de la tente commune où les guerriers mangeaient ensemble fut remarquée et commentée, et bien entendu, l’homme paraissait vraiment très satisfait de lui-même quand il prenait son service, mais il gardait l’esclave confiné à l’intérieur de sa tente. Même Satak se mit à spéculer, mais Spock se tint à l’écart. Il se pouvait que l’Humain fût un esclave mais il n’avait pas choisi son état, et pour Spock il semblait inconvenant que des guerriers pussent se réjouir de son malheur.

Le troisième jour, le camp entier fut assemblé pour assister au châtiment d’un esclave repris. Il était connu que les esclaves en fuite de toutes espèces se regroupaient en bandes pour marauder, établissant leur repaire dans les montagnes et se vengeant de leur captivité par des attaques féroces sur n’importe quel Vulcain qui passait à leur portée. Ils étaient de dangereux tueurs, assoiffés de sang à qui l’on ne pouvait plus jamais refaire confiance, et si un tel esclave sauvage était repris, il était toujours tué, à la fois comme un châtiment, et comme un avertissement adressé à chacun de ses camarades qui pourraient envisager de s’échapper.

Spock regardait impassiblement alors que l’alien à la peau bleue hurlait en vain pour appeler une mort qui ne viendrait pas avant plusieurs heures. Si cela avait relevé de sa décision, il aurait tué l’homme rapidement, car il ne croyait pas que cet exemple découragerait vraiment un esclave qui voulait la liberté assez fort, mais c’était la loi, et il avait juré de respecter les enseignements de ses mentors.

En regardant autour de lui, il vit que les esclaves du camp étaient rassemblés à proximité du lieu de l’exécution. Au premier rang, il remarqua l’Humain, qui fixait directement l’esclave agonisant. Quelque chose dans ses yeux hagards et son visage pâle convainquirent le Vulcain qu’il n’était pas vraiment conscient de ce qui se passait.

Il semblait qu’un autre pensât ainsi également, car l’esclave âgé qui agissait en tant que contremaître tendit le bras et frappa l’Humain avec son fouet, brisant son état de quasi transe. L’humain garda le regard fixe quelques secondes saisi d’horreur pure, puis il se détourna et vomit sans pouvoir se contrôler. Le contremaître le secoua rudement puis il le fit se tourner, le maintenant afin qu’il fût obligé de regarder.

Quand enfin le châtiment fut terminé, le corps sanglant, à peine vivant, fut laissé suspendu dans ses liens. Il resterait là jusqu’à ce que le squelette tombât en morceaux, un avertissement et un rappel pour chacun de ceux qui empruntaient ce chemin. Avec soulagement, Spock tourna le dos au macabre spectacle et retourna à sa tente.

Ce fut une pure coïncidence qu’à peine le jour suivant Spock croisât à nouveau l’Humain. Il revenait tout juste de l’entraînement aux armes, et se sentant assoiffé, il fit une pause près du puits du camp pour boire. Plusieurs esclaves puisaient de l’eau, et il approcha de celui qui était le plus proche, conscient d’éprouver un plaisir inattendu quand il vit qu’il s’agissait de l’Humain.

- Donne-moi de l’eau, ordonna-t-il.

L’esclave obéit, s’agenouillant, les yeux respectueusement baissés alors qu’il tendait la coupe. Spock but en profitant librement de la pure beauté du jeune homme à ses pieds, se demandant si les cheveux blonds étaient effectivement aussi doux qu’il paraissait. Peut-être sans que ce soit nécessaire, il rendit la coupe pour qu’elle soit remplie à nouveau. Au moment où l’esclave offrait la coupe remplie à ras bord une seconde fois, un guerrier le frôla sans faire attention à lui. L’Humain perdit l’équilibre et renversa de l’eau sur les sandales de Spock.


- Maladroit que tu es !

Le contremaître se précipita.

- Tu seras battu pour ça. Va te présenter à ton maître. 

- Attendez.

Spock n’aurait pas pu dire pourquoi il intervenait : le jeune homme devait apprendre à s’habituer à ses maîtres, même quand ils étaient fautifs.

- Il n’y a pas de mal. Pas de doute qu’il sera plus attentif à l’avenir. 

- Vous êtes généreux, monseigneur.

Le contremaître s’inclina.

- Remercie le guerrier, Humain, tu es chanceux d’être épargné. 

- Merci, monseigneur.

La voix tremblait et les mots dits à mi-voix étaient à peine audibles.

Spock baissa son regard avec curiosité, se demandant pourquoi l’esclave se devait d’être si reconnaissant d’avoir évité ce qui aurait été seulement un châtiment modéré.

- Ne réitère pas l’erreur, dit-il fermement avant de s’en aller.

Quelques temps après, il avait oublié l’incident.


* * * * *


- Spock, m’accompagneras-tu ? dit Selon à son protégé en guise d’accueil le jour suivant. Je dépéris au camp et ressens le besoin d’aller passer quelques jours à chasser. M’accompagneras-tu ?

- Avec joie.

Le guerrier le plus jeune rougit de plaisir à ce signe d’approbation de son chef, et à la chance d’en apprendre plus sur ce guerrier et chasseur renommé. C’était ainsi que cela serait, pensa-t-il, quand il aurait acquis sa propre réputation. Il serait recherché par des hommes tels que Selon qui désireraient l’avoir pour compagnon. Qui choisirait, même le plus bel esclave, comparé à une relation pleine et égalitaire avec l’un de ses semblables ? C’était un pur hasard, se dit-il à lui-même avec fermeté, qu’alors qu’il se tournait sur sa selle pour dire au revoir à Satak d’un signe de la main, la dernière chose qu’il vit fut la mince silhouette de l’Humain en train d’émerger de la tente de Savak.

Quand le groupe de chasseurs retourna au camp, Spock et Selon rapportaient chacun une peau de le-matya sanglée dans leur selle, mais la peau que Spock exhibait à ses compagnons pleins d’admiration était la blanc-argenté, rare et très prisée des Vulcains.


- Ce fut un beau coup. Regardez, la peau est à peine endommagée. Spock fait honneur à mon entraînement, se vanta le chef. La brute était morte avant même que j’aie pu la voir. 

- Un magnifique trophée, en effet.

Savak s’était faufilé à travers la foule et il caressait la douce fourrure.

- Mon père a longtemps convoité une telle peau. Ce serait un beau cadeau pour lui. Seriez-vous prêt à parier sur elle, Spock ?

Il y avait un défi subtil dans sa voix et Spock plissa les yeux. S’il refusait le pari, Savak clamerait indubitablement qu’il craignait d’éprouver son adresse.

- Quelles sont les conditions, Savak ?

- Le tournoi de tir à l’arc demain.

- Bien. Savak avait bien choisi. Avec l’arc, tous deux étaient équitablement assortis. Pendant un instant, Spock hésita, puis il acquiesça.

- Comme vous voudrez. Que mettrez-vous en jeu contre la peau ?

- Mon esclave humain. 

Les enjeux furent jugés de valeur égale et le pari fut enregistré. Spock rejoignit Satak qui sourit brièvement.

- Il semble que vous aurez l’esclave finalement, Spock.

- Peut-être pas, Savak est mon égal au tir à l’arc. Je ne pouvais pas refuser le pari, mais ce serait dommage de perdre la peau. Mon propre père aurait aimé la fourrure. Maintenant je dois la perdre ou gagner un esclave dont je ne veux pas.

- Vous pourriez toujours le vendre, dit Satak, à moins que vous ne changiez d’avis, ou alors je vous soulagerai du fardeau de choisir, et de la beauté blonde, par la même occasion. 

- D’abord je dois gagner.

Et il entendait bien le faire. Seul Satak savait que c’était parce qu’il désirait garder la peau, plutôt que d’acquérir l’esclave.

Ce fut comme le jeune guerrier l’avait prédit : un match serré. Spock et Savak marquèrent à égalité de points sur la cible immobile, et tout dépendait du tour final. Deux kwiat délicats et rapides furent relâchés en même temps, et alors que les créatures à cornes fuyaient pour se mettre en sécurité, sautant et slalomant de façon erratique, chaque homme décida de son moment pour tirer. Les deux animaux tombèrent à la première flèche, et c’est seulement après examen par le Chef de guerre et ses capitaines que le tir mortel de Spock fut jugé le plus précis.


- Vous avez bien tiré, admit Savak, sa colère à peine voilée. J’aurais aimé avoir la peau et je regretterai l’esclave. Vous découvrirez qu’il possède…d’intéressantes…qualités. Il sera conduit à votre tente ce soir. 

Spock fut presque tenté de dire à Savak de garder l’esclave, mais il n’y avait pas de raison de complaire à l’homme. Un mauvais perdant aurait pu prendre la générosité pour de l’arrogance. Il avait gagné loyalement. Il y aurait moins d’ennuis à prendre la récompense.

En se tournant vers Satak, il dit :


- Je pense que je vais aller nager maintenant, m’accompagnerez-vous ? 


Spock s’attarda un moment près de la piscine, et quand il retourna enfin à sa tente, il était presque l’heure du repas du soir. Il avait l’intention de se changer et de rejoindre ses amis à la table commune, mais quand le rabat de la tente tomba derrière lui, il vit qu’une table basse avait été dressée pour un repas, et un puissant fumet aromatique provenait de la petite cuisinière.

Surpris, il jeta un coup d’œil au jeune homme agenouillé près de la table, remarquant le bol d’eau parfumée aux herbes qui était prêt pour son rafraîchissement et la robe légère qui reposait sur le lit.

L’esclave se leva et présenta le bol alors que Spock s’asseyait, et sans qu’on le lui dît, il délaça et retira les sandales du Vulcain, lavant et séchant les pieds de son maître. Il porta la robe pendant que Spock retirait sa tunique et il l’aida à s’habiller. Puis, quand Spock s’étendit près de la table, il servit le repas, tout cela dans un parfait silence.

Il faisait preuve d’un respect adéquat, songea Spock d’un air approbateur. Il se souvenait du barbare agressif quelques jours auparavant. Savak l’avait bien formé.

Machinalement, il demanda :


- Quel est ton nom, esclave ? 

La tête respectueusement baissée, le jeune homme répondit promptement :

- Le seigneur Savak n’a pas choisi de m’en attribuer un, maître. C’est selon le souhait de mon seigneur. 

- Je voulais dire ton vrai nom – celui que tu portais avant d’être capturé. 

- Kirk, monseigneur, James Kirk.

- Exotique. Je l’aime bien. C’est ainsi que tu seras appelé.

Il ressentit une envie curieuse de voir les yeux de l’alien.

- Regarde-moi. 


Le jeune homme obéit, et Spock l’étudia avec intérêt. Oui, les yeux dorés comme le vin étaient aussi beaux que jamais, mais ils semblaient étrangement vides, ne fournissant, à présent, aucune indication sur les pensées de l’Humain.


- J’espère que Savak n’a pas complétement brisé son esprit, pensa Spock. Il eût été intéressant de savoir ce que cachait ce regard doré.

- Comment as-tu su ce qu’il fallait faire ? Je n’ai laissé aucune instruction, pourtant le repas est préparé selon mon goût. 

- Pendant le voyage vers Vulcain, on m’a un peu formé aux devoirs d’un domestique attaché à la personne, monseigneur. Je n’étais pas certain de ce que vous désireriez, alors j’ai demandé à l’un des esclaves communs qui vous avaient servi, et j’ai suivi son conseil. 

Intelligent et consciencieux, beaucoup d’esclaves auraient paressé alentour en attendant des ordres. Il remarqua que le jeune homme s’était également occupé à ranger la tente. Avec la formation adéquate, il pourrait se révéler précieux, en effet.

- Tu as bien fait les choses.

Spock se leva et pointa la nourriture qui restait.

- Tu peux manger maintenant. Quand tu auras fini, je me retirerai. 


Pendant qu’il préparait ses armes pour le lendemain, Spock regardait à son insu le jeune homme qui prenait son repas. Il paraissait affamé, mais il mangeait proprement, en utilisant seulement ses doigts, comme on l’apprenait aux esclaves. Quand il eut fini, il rinça ses mains dans le bol et vint aider son maître à se déshabiller.


- Le bain est par là-bas.

Spock indiqua le fond de la tente. Sans instruction supplémentaire, l’Humain le baigna soigneusement puis l’enveloppa dans une serviette. De mieux en mieux.

- Quand tu auras débarrassé le repas, tu pourras te baigner. 

Couché, appuyé sur les coussins du lit, il observait l’esclave qui se déplaçait tranquillement dans la tente. Par moments, il semblait y avoir une légère gêne dans ses mouvements, mais cela aurait pu être de la simple timidité à l’idée d’être observé. Sa présence était réellement plaisante, il était bien moins intrusif qu’aucun des autres esclaves qui avaient été au service de Spock.

Spontanément, la curiosité fut attisée et Spock se souvint des contes qu’il avait entendu au sujet de ces Humains, de leur sensualité et de leur excitabilité. Il était impossible d’exciter un Vulcain à moins qu’il n’y consentît, mais les Humains, avait-il entendu dire, pouvaient être stimulés sexuellement tout non-consentants qu’ils pussent être…et à sa façon, le jeune alien était superbe.


- Apporte-moi du vin, ordonna Spock alors que Kirk émergeait du bain.

Il prit le gobelet qui lui était tendu en silence et but une gorgée d’un air absent, observant la tête blonde baissée. La curiosité lutta contre la résolution et vainquit. Il ne souhaitait pas avoir un partenaire de couche permanent, mais il eût été intéressant de tester pour lui-même la véracité de ces vieux contes. Ayant pris sa décision, il posa la coupe de côté et retourna les couvertures du lit.

- Déshabille-toi et viens ici. 

L’Humain releva la tête, ses yeux étranges étaient assombris par la peur. Il était debout et sa main tremblait alors qu’il délaçait la tunique de drap grossier qui était son seul vêtement. Il la laissa tomber et se retrouva nu dans la lumière de la lampe.

- Par tous les dieux !

Spock se redressa pour s’asseoir sur le lit, il fixait la scène avec horreur et incrédulité. De l’épaule jusqu’au genou, la peau pâle de l’Humain portait des bleus et des écorchures, de longues traces sillonnaient son ventre, des marques de dents se voyaient distinctement autour de ses mamelons.

- Tourne-toi.

D’autres marques, les traces d’un fouet, dont certaines saignaient encore, se dessinaient sur le dos de l’Humain. Son sang était rouge et ne s’était pas vu sur la tunique sombre. Ses fesses portaient l’empreinte de poignes cruelles, on voyait même les dentelures aux formes incurvées des ongles des mains. Du sang frais de couleur vive maculait ses cuisses.

Spock tendit la main. Involontairement, l’esclave recula, puis il s’arrêta et se laissa toucher. Spock prit sa main et la tourna, révélant des brûlures de cordes sur les délicats poignets.


- Qui t’a fait cela ?

- C’était…le seigneur Savak, monseigneur. J’ai essayé de faire cesser…le saignement…

- Cela doit être pansé !

Prenant soudain conscience que le jeune homme avait à peine la force de se tenir debout, Spock se leva et vint le stabiliser. A nouveau l’esclave tressaillit.

- Je ne vais pas te châtier. Allonge-toi.


Impatiemment, Spock le souleva et le déposa sur le lit. Puis endossant une robe, il se dirigea vers l’entrée de la tente, appela la sentinelle en poste et lui ordonna d’aller chercher le guérisseur.

L’Humain avait compris cet ordre. Alors que Spock baissait son regard sur lui, il ferma les yeux et des larmes silencieuses coulèrent lentement sur ses joues. C’était la première fois que Spock voyait un homme pleurer et il n’avait aucun moyen de savoir que c’était la sollicitude inattendue qui avait brisé le contrôle de l’Humain. Il savait, bien entendu, que les Humains n’avaient pas plus de maîtrise sur la douleur qu’ils en avaient sur leurs pulsions sexuelles, mais Kirk avait dû être en proie à la douleur pendant tout ce temps, et pourtant il n’en avait montré aucun signe jusqu’à présent. C’était très déconcertant. L’esclave était un bien précieux, pourquoi avait-il été maltraité à ce point ? Son affirmation selon laquelle Savak était responsable, Spock la rejetait comme signe d’ignorance ou de tromperie. Aucun guerrier ne ferait une telle chose.

L’arrivée du guérisseur interrompit la chaîne de ses pensées, et il se retira vers le fond de la tente pendant que l’homme examinait l’esclave.

Finalement, le guérisseur termina son travail et approcha.


- Je lui ai donné un somnifère. Les blessures sont graves : ces Humains sont fragiles et ils ne peuvent pas être traités avec rudesse, mais il finira par s’en remettre. Pour être franc, si vous en faites usage sexuellement, vous le perdrez. 

- Que lui est-il arrivé ? 

- Est-ce que ça n’est pas évident ?

Le guérisseur grogna avec indignation, étalant ses connaissances.

- Il a été violé, sans aucun ménagement et brutalement pendant une longue période de temps, le plus récemment durant les dernières heures. Il y avait une hémorragie interne. A moins que vous souhaitiez le tuer, laissez-le tranquille pendant qu’il guérit. 

- Je le ferai, promit Spock. Que doit-on faire pour lui ?

- Pour ce soir, laissez-le seulement dormir. Je reviendrai dans la matinée. C’est l’esclave que vous avez gagné à Savak, n’est-ce pas ? 

- Oui. 

- Alors il est entre de meilleures mains, à présent. Vous connaissez la réputation de Savak. 

Spock n’était pas certain de savoir si le guérisseur faisait référence à sa propre connaissance que Savak était un bravache et une brute, mais il ne fit aucun commentaire. On ne parlait pas des fautes d’un guerrier avec ses subalternes. Quand le guérisseur fut parti, il resta debout, les yeux baissés sur l’Humain endormi pendant un moment, puis il haussa les épaules, jeta une couverture sur la forme mince, réduisit l’éclairage et se mit au lit.


* * * * *


Le matin suivant, Kirk se réveilla soudain en sursaut, luttant, pris de panique, au contact de mains sur ses cuisses.

- Reste tranquille, esclave ! Irais-tu défaire mon travail ?

La voix n’était pas familière mais il n’y avait aucune menace en elle, et il se rallongea, déconcerté par le soudain soulagement de la douleur qui avait crû jusqu’à devenir une constante de son existence. Les mains qui le touchaient étaient douces, et il reconnut la robe jaune d’un guérisseur, alors il se détendit pendant que ses blessures étaient recouvertes d’onguent, puis bandées à nouveau. Il avait un nouveau maître à présent et – Spock ? – avait dû ordonner qu’on prît soin de lui. Il se sentit reconnaissant pendant un instant, puis il prit conscience qu’il avait été trop sévèrement abîmé pour être utile. Le Vulcan était seulement en train de s’assurer que son précieux esclave fût remis en état pour le service à venir.


- Laissez-le se reposer, aujourd’hui, disait le guérisseur. Demain, il pourra se remettre à des tâches légères, mais je vous conseille de ne pas le prendre au lit jusqu’à ce que les muscles froissés aient eu une chance de guérir. 

- Je ferai comme vous le conseillez, dit la voix profonde dont il se souvenait.

Pendant un temps, il y eut du silence, puis il entendit du mouvement dans la tente et il ouvrit ses yeux à contrecœur, en se demandant ce qui allait se passer maintenant.

L’un des esclaves communs, l’homme qui lui avait dit comment servir la nourriture de Spock, apportait maintenant un plateau vers la table à côté de la couche. Spock apparut dans son champ de vision et pointa du doigt le plateau.

- Le guérisseur dit que tu dois manger. Le vin aussi t’est permis. Tu as perdu beaucoup de sang. 

Kirk mangea docilement, conscient que son maître était en train de l’observer d’un œil critique. Quand il eût fini, l’esclave fut rappelé pour enlever le plateau, et Spock s’assit au pied de la couche.

- Dis-moi comment tu as eu tes blessures, ordonna-t-il, et Kirk sentit le sang plein de honte lui monter au visage.

- On m’a dit…que j’étais un esclave, que je devais obéir, commença-t-il en hésitant. Je voulais essayer. Je savais qu’il n’y avait pas d’échappatoire, et l’un des marchands d’esclaves disait que parfois, sur Vulcain, un esclave qui avait prouvé sa valeur était autorisé à…endosser un certain nombre de responsabilités. Sur mon monde, je servais dans les Forces de sécurité. Je pensais…que dans un monde de guerriers…peut-être que je pourrais…

- Poursuis, l’exhorta Spock alors que la voix de l’esclave mourait.

- Ce qu’ils ne m’avaient pas dit c’est que je serais vendu en tant que…en tant que…Le sexe entre hommes est mal, c’est honteux ! Quand le Seigneur Savak m’a dit ce qu’il attendait, j’ai refusé. Il…il… 

- Esclave, est-ce que tu comprends ce que tu es en train de dire ?

Le ton de Spock était grave.

- Tu affirmes qu’un Vulcain – un guerrier de Vulcain – est responsable de ton état ? Je pense qu’il est plus probable que tes camarades esclaves t’aient maltraité. 

- Non ! C’était Savak ! Lui et ses amis.

Spock se leva et fit les cent pas dans la tente, les sourcils froncés en signe de perplexité. Il était toujours convaincu que l’Humain mentait, mais cela ne changerait rien de montrer au jeune homme que la tromperie n’était d’aucune utilité avec les Vulcains. Cependant, il avait eu ces blessures, le souvenir en était de toute évidence douloureux et humiliant, mais cela ne pouvait pas constituer une excuse. Une démonstration de force maintenant, non seulement lui livrerait la vérité sur l’état de Kirk, mais exclurait toute répétition à l’avenir. Sa décision prise, Spock retourna vers la couche et il s’assit, prenant le visage de l’Humain entre ses mains.

- James, je vais voir ton esprit. La véracité de l’agression que tu as subie. Tu ne dissimuleras rien. Tu seras incapable de mentir.

- Je ne mens pas, s’il vous plaît…

Kirk recula, rougissant furieusement. Spock, croyant que la réticence de l’Humain était un aveu qu’il avait menti, fut encore plus déterminé. S’emparant facilement, d’un seul bras, du corps qui luttait, il appliqua ses doigts sur le visage en sueur de Kirk et il sonda l’esprit terrifié pour en extraire le souvenir qu’il cherchait. Kirk se débattit comme un le-matya pris au piège, mais physiquement il n’était pas de taille contre le Vulcain, et bien que son esprit fût étonnamment fort, il n’avait pas la moindre idée de la façon de résister. Spock s’enfonça profondément dans l’esprit à découvert, ordonnant : « Pense à l’attaque, souviens-toi en détail, souviens-t-en comme cela fut ». En réaction, l’esprit de l’Humain tressaillit mais obéit : les couches d’auto-protection s’écartèrent et la scène commença à défiler devant le Vulcain qui regardait.

Les mains toujours liées devant lui, il se tenait debout dans une tente richement meublée avec des peaux d’animaux sauvages et d’étranges armes barbares. Le Vulcain, Savak, dont on lui avait dit qu’il était son propriétaire à présent, se prélassait sur un lit où des coussins étaient éparpillés, le regardant de haut en bas. La robe du Vulcain était ouverte, dévoilant son long et lourd pénis. Il était verdâtre et deux crêtes, pas seulement une, entouraient le gland. Des oreilles démoniaques, des yeux démoniaques, et le sexe d’un démon également, pensait Kirk. Savak le caressait alors qu’il expliquait à Kirk la nature réelle du service qu’il attendait de lui, jouissant de toute évidence de l’horreur et de la révulsion de l’esclave.

Il ne pouvait pas…la simple idée de ça le rendait malade. Il mordit sa lèvre et essaya de secouer sa tête.

- Il n’est pas permis que tu me dises non…esclave.

Il perçut combien le mot lui restait en travers de la gorge. Le pénis vert était à présent en érection entre les doigts caressants. Savak souriait de façon désagréable.

- Viens ici. 

- Non…je ne le ferai pas…je ne peux pas…

Kirk fit une pause, se ressaisit.

- Confiez-moi une autre tâche, et je l’accomplirai…mais ça…c’est mal. 

- Sur ton monde, peut-être, dit Savak en haussant les épaules. Ici ton corps est la seule chose de valeur que tu possèdes. 

Se déplaçant avec une rapidité à laquelle Kirk ne s’attendait pas, Savak se leva du lit et attrapa Kirk dans ses bras. D’abord, Kirk se raidit, puis il tenta de se dégager.

- Résiste-moi si tu veux, se moqua Savak. Tu te soumettras à la fin : tu n’auras pas le choix. 

Le Vulcain se pencha pour l’embrasser et Kirk lança son genou, essayant d’atteindre le doux scrotum. Comme il n’était pas bien placé, le coup fut rapidement dévié de sa cible. Savak le frappa au visage, le propulsant à travers la tente, puis il vint sur lui à nouveau.

La résistance de Kirk était farouche, désespérée, et futile depuis le début. Il lutta assez longtemps pour s’épuiser, assez longtemps pour rendre Savak furieux et assez longtemps pour savoir que c’était sans espoir. Avec ses mains liées, ses seules armes étaient ses pieds et ses bras. Il n’avait pas recouvré ses forces après le long voyage dans l’espace, son corps n’était pas habitué à la chaleur et à la gravité de Vulcain. Il était un combattant entraîné, mais Savak l’était aussi, et le Vulcain était plus fort. Ses os paraissaient en fer même sous les coups de pied de Kirk. Bien que cela fût inutile, il continua à se battre. Sa fierté et sa peur ne le laisseraient pas abandonner.

Finalement, haletant, la sueur coulant dans ses yeux, il trébucha. Savak l’attrapa, l’écrasant contre sa poitrine, vidant l’air hors de son corps. Des doigts durs s’enroulèrent dans ses cheveux et repoussèrent sa tête en arrière avec rudesse, de sorte qu’il eut le souffle coupé à cause de la douleur soudaine. Savak se pencha pour prendre sa bouche ouverte en un baiser douloureux, la langue chaude s’enfonçant profondément, l’étouffant. Kirk lutta, à court d’air, la tente tournait en cercles qui donnaient le vertige alors qu’il commençait à perdre connaissance.

Soudainement relâché, il fut jeté en travers du lit. Savak se mit à quatre pattes au-dessus de lui, arrachant la tunique de son corps, le tissu grossier laissant des brûlures de vêtement cuisantes sur sa peau. Kirk lutta pour retrouver son équilibre sur le lit, mais Savak souleva ses hanches, écarta ses jambes et s’enfonça en lui. Kirk hurla, essayant de se libérer. Grognant, Savak poussait son visage profondément dans les coussins, maintenant Kirk alors qu’il s’enfonçait en lui encore et encore. Puis, le brûlant jaillissement de semence se déchargea en lui alors que le Vulcain poussait un cri triomphant et se raidissait saisi par l’orgasme. Savak se retira, laissant Kirk retomber sur le lit. D’instinct, il se recroquevilla sur lui-même, en essayant d’étouffer ses sanglots haletants. Il resta dans cette position pendant un moment, écoutant les sons du bain de Savak et une conversation étouffée avec un esclave commun.

Maintenant toujours son emprise sur l’esprit de Kirk, Spock se retira à la limite de la conscience de l’Humain. Il était perturbé par la cruauté de Savak. L’esclave avait effectivement été inexpérimenté et il y avait des façons de faciliter la première fois. Provoquer de la douleur n’allait que renforcer sa peur et sa répugnance. Il avait toujours ressenti que même à un esclave on devait montrer de la considération. Pourtant, l’Humain avait résisté et on devait lui apprendre l’obéissance. Si Savak avait été…un peu trop enthousiaste…qui pouvait le blâmer, avec une telle beauté. Spock songea à se retirer de l’esprit de l’Humain : une telle intrusion lui était désagréable. La tentative d’accouplement avait été énergique sans nécessité, mais Savak avait été dans ses droits en tant que maître. Puis, le souvenir de Kirk s’assombrit, la terreur se mit à monter, et spock s’attarda pour voir ce qui allait se passer ensuite.

Kirk sentit la main de Savak sur son épaule. Il fut tourné sur lui-même pour faire face aux yeux froids et à un fin couteau aiguisé sous sa gorge.


- Tu fais un bon divertissement, Humain, farouche comme un petit de le-matya. Je pourrais prendre plaisir à un tel match à nouveau.

Pendant que Savak parlait, il commença à faire lentement glisser le couteau sur la poitrine et le ventre de Kirk, plongeant la pointe dans la chair tout le long, laissant une trace rouge d’étroites coupures.

- Mais pour l’heure, j’ai invité un peu de compagnie, et il serait très impoli de ta part de te débattre. Si tu le fais…

A ce point, il enfonça la pointe dans le bas-ventre de Kirk.

- Je t’enlèverai l’envie de te battre. Un bel eunuque sera au service de mes plaisirs aussi bien qu’un jeune homme viril. Tu comprends ce que je dis ? 

- Oui, murmura Kirk.

Savak se leva du lit et traversa la tente. Ouvrant le rabat, il souhaita la bienvenue d’un geste de la main au groupe de guerriers qui entra.

- Entrez. Vous arrivez au bon moment. Je l’ai brisé : maintenant il est prêt à nous recevoir.

Kirk se mit à genoux sur le lit, les regardant alors qu’ils débarrassaient une table basse ronde, qu’ils la tiraient jusqu’au centre de la tente et qu’ils plaçaient des lampes tout autour pour en éclairer la surface, essayant de ne pas se fier à ce qui était bien trop évident. Savak approcha et le souleva pour le mettre sur ses pieds. Il chancela alors qu’il se tenait debout, les jambes faibles et tremblantes. Savak retira de son corps les derniers vestiges de la tunique et il le poussa en avant vers la table, le forçant à s’agenouiller devant elle.

- Regarde autour de toi, ordonna Savak, et Kirk obéit, fixant avec une fascination horrifiée les Vulcains alors que chacun à son tour, ils retiraient leur toge. Tu étais réticent à servir un seul maître : maintenant tu vas servir mes amis. Selka, je pense que c’est toi qui est sorti premier au tirage au sort. Je vais le maintenir pour toi.

Le guerrier inconnu prit position derrière Kirk, alors que Savak approchait et attrapait ses bras. Selka tendit ses mains et attrapa les fesses de Kirk en les pressant. Une main le lâcha, s’aventurant entre elles le long du sillon, puis deux doigts furent soudainement enfoncés en lui, au point que Kirk eut un hoquet de douleur, se maudissant alors qu’il l’émettait.

- Par les dieux, il est étroit, Savak.

- Etroit, mais il y a assez de place dans la pièce, répondit Savak, et son ami se mit à rire.

Les doigts le tourmentaient en s’enfonçant profondément en lui et le guerrier se pencha sur son dos, émit un souffle chaud dans son oreille, en léchant sa nuque et son oreille. Sa main libre passa sous le ventre de Kirk et attrapa son pénis, le tirant et le caressant jusqu’à ce que la stimulation insistante provoquât sa réaction. Lamentable et furieux, il essaya de se dégager alors qu’il sentait la chair durcir dans la main du Vulcain. Selka se mit à rire et murmura quelque chose qu’il fut content de ne pas pouvoir entendre correctement.

Puis, rapidement, Selka écarta ses fesses et s’enfonça dans le tendre conduit meurtri. Kirk émit un cri, sa colonne vertébrale s’arquant en réaction à la pénétration, mais les mains de Selka sur ses hanches et celles de Savak sur ses épaules le maintenaient.


- Oui…, siffla Selka, tu vas crier, le blond, mais ce sera un cri plus doux que celui-là. 


Selka demanda de l’huile, et quelque étrange substance parfumée fut versée dans sa main. Alors qu’il commençait à pousser, haletant, à l’intérieur de la chair fraîche, il passa une main sous Kirk à nouveau, sa main glissante manipulait le pénis de Kirk avec férocité. Kirk cessa de lutter parce que son propre mouvement était en train de l’exciter encore plus, mais il n’y avait aucun moyen d’éviter la stimulation persistante. Il focalisa toute sa volonté sur le fait de ne pas jouir, pour ne pas les laisser l’avilir à cause de sa propre soumission, mais son corps trahissait son esprit, ses hanches bougeaient, elles commençaient à pousser en arrière contre la chair haïe à l’intérieur de lui. Il poussa un cri de colère et maudit le plaisir alors que l’orgasme longtemps nié explosa, les cris du Vulcain faisant écho aux siens. Selka le libéra et il s’effondra en travers de la table, nauséeux à cause de la douleur et de la répugnance qu’il éprouvait pour lui-même.


- Regardez !

Selka leva sa main, montrant le fluide luisant qui les mouillait.

- L’esclave a atteint l’orgasme ! 

- Une particularité très avantageuse de l’espèce, dit Savak. Si le stimulus adéquat est appliqué, ils doivent y réagir. 

- Vraiment ? Je ne savais pas cela.

Un autre des Vulcains s’avança, la main sur son pénis, le caressant jusqu’à obtenir une érection.

- Je dois tester cela moi aussi. Retourne-le. Je veux voir son visage pendant que je le prends.

Révolté, Spock retira sa conscience. L’Humain ne lui avait pas menti finalement. Pourtant, il paraissait encore incroyable qu’un guerrier eût pu agir de la sorte. Dans un court moment de pitié, il voila les événements dans l’esprit de l’Humain, atténuant la rude immédiateté des souvenirs.

- C’était le premier jour ? demanda-t-il, maintenant l’esclave dans une légère transe.

- Oui. 

- Et tu n’avais jamais été avec un homme auparavant ? 

- Jamais. 

- Tu vas décrire comment tu as été traité par la suite.

- Ils sont venus…encore et encore. Savak leur permettait de…de faire usage de moi comme ils le désiraient. Ca l’excitait de regarder.

Kirk parlait avec une légère hésitation, mais d’une voix monocorde et onirique, comme si les mots qu’il prononçait n’avaient rien à voir avec sa propre expérience.

- Continue, James. 

- Savak se vantait de m’avoir brisé selon sa volonté. Il disait qu’il m’avait dressé, qu’il m’avait fait ramper jusqu’à lui, en le suppliant de le faire…

Les étranges yeux lancèrent un éclair de défi pendant un instant.

- Mais je n’ai jamais fait cela. Je ne pouvais pas leur échapper, mais ils ont dû forcer ma soumission. Puis, hier, Savak m’a dit que j’allais être l’enjeu d’un pari. J’avais prié pour que vous me remportiez. 

- Pourquoi ?

Spock était curieux.

- Tu ne sais rien de moi.

- Je savais que vous compreniez la justice, même pour un esclave. Vous ne les auriez pas laissé me battre ce jour où j’ai renversé l’eau. Et de plus…

Kirk haussa les épaules et poursuivit avec une sorte d’honnêteté naïve :

- Je me disais que je ne pouvais pas tomber plus mal que ce que je connaissais déjà. Si vous aviez été comme Savak, je n’avais rien à perdre. Et peut-être…peut-être que vous ne seriez pas aussi…aussi exigeant. 

- Comment expliques-tu la gravité de tes blessures actuelles ? Le guérisseur m’apprend que tu as failli mourir. 

- Cela est arrivé après que Savak a perdu le pari. Il était très en colère. Il…Il a appelé ses amis, et ils…ils…Je savais que j’étais grièvement blessé, mais je ne pouvais pas stopper l’hémorragie. Je ne savais pas si j’étais autorisé à demander de l’aide. Quand ils ont en eu…fini avec moi, Savak m’a fait amener ici…Il a dit qu’il me récupérerait…que vous…que vous ne me garderiez pas longtemps. 

- Assez.

Malgré qu’elle était sous contrôle, la voix de Kirk était de plus en plus mal assurée. Spock se concentra et parla avec distance. Montrer trop de compassion pour l’esclave aurait été une faiblesse de sa part, l’une de celles dont James essayerait sans aucun doute de tirer parti plus tard. Pourtant, l’Humain avait un esprit qui valait la peine d’être préservé.

- Je vais parler sans détours avec toi, James Kirk. Tu resteras dans ma tente en tant que mon esclave et mon domestique, et j’exige de toi une obéissance rapide et totale. Tu vas te familiariser avec tes obligations, et si, après que tu les auras apprises, tu échoues à me satisfaire, tu seras fouetté. Je ne te prendrai pas au lit, pas par considération pour tes coutumes, qui n’ont aucune pertinence ici, mais parce que je ne souhaite pas avoir un esclave de couche. Cependant, comme on considère que tu es précieux et désirable, il sera plus sûr pour toi et moins gênant pour moi si mes compagnons supposent que je fais usage de toi selon la mode habituelle. S’ils pensaient que je ne le fais pas, ils t’approcheraient. Tu vas par conséquent t’habiller et te comporter comme on l’attend d’un esclave à plaisir, tu ne parleras pas de ce qui se passe entre nous dans cette tente et tu m’informeras immédiatement si une quelconque avance d’ordre sexuelle t’est faite. Est-ce que tu comprends ? 

- Oui, monseigneur. 

Alors, dors à présent. Demain tu commences ton service. 


* * * * *


Les quelques jours suivants passèrent rapidement. Reconnaissant d’être libéré de la douleur et de la peur, Kirk étouffait sa colère autant qu’il le pouvait et il se mit à apprendre les préférences de son nouveau maître. Spock était patient avec lui pendant qu’il apprenait, et ses obligations n’étaient en fait pas difficiles. Il apprenait à s’occuper des vêtements et des armes de Spock, à garder la tente en ordre, et à préparer et servir la nourriture selon les goûts de son maître. Il assistait Spock au bain, l’aidait à s’habiller, et il était attentif à obéir rapidement à chacun de ses ordres.

Spock respecta sa parole, et aucune avance sexuelle ne lui fut faite. Au début, Kirk était nerveux et suspicieux, particulièrement la première nuit après que le guérisseur l’avait déclaré complétement remis. Il vit Spock installé dans le lit et il se tournait pour chercher sa couche, quand son maître dit calmement :


- Tu dormiras ici. 

En regardant autour de lui, il vit que Spock avait retourné le couvre-lit, et ses yeux s’agrandirent de peur.

Spock fronça les sourcils avec impatience.

- Couche-toi. Un esclave à plaisir partage le lit de son maître et maintenant que tu es remis, on trouverait cela étrange si les esclaves de labeur voyaient que tu ne dors pas avec moi. 

Le coeur battant à tout rompre, Kirk se glissa sous les couvertures et y reposa tendu, attendant les caresses qui, il en était certain, allaient bientôt commencer. A son grand étonnement et aussi à son grand soulagement, Spock se tourna de son côté et en quelques minutes, il était endormi. Progressivement, l’Humain se détendit alors qu’il prenait conscience que Spock n’avait pas l’intention de revendiquer de droits sur lui et après cela, il prit place dans le lit de son maître sans crainte.

Il était bien nourri, car alors que Savak l’avait fait manger avec les esclaves communs, Spock insistait pour qu’il partageât ses repas. Sa tunique tâchée de sang disparut pour être remplacée par des vêtements de soie fine, qui, bien qu’ils fussent moins couvrants que ce qu’il aurait aimé, étaient certainement plus confortables que la tunique de drap grossier que Savak lui avait donnée.

Il avait même du temps libre, car Spock demandait les services d’un esclave commun pour faire le travail difficile tel que le transport de l’eau, une tâche qu’il avait effectuée sous l’insistance de Savak. En effet, alors que le temps passait, Kirk prit conscience que Spock prenait des mesures spéciales pour s’assurer qu’il n’avait pas de raison de quitter la tente seul : son seul exercice physique était la balade occasionnelle en compagnie de son maître. Lentement, l’idée se fit jour en lui que le Vulcain le traitait comme un animal domestique exotique et précieux, imposant dans les esprits de ses compagnons que son esclave était jalousement gardé, et qu’on ne devait pas y toucher. Sa conviction fut confirmée par les remarques occasionnelles pleines d’envie de ses camarades esclaves. Comme les vies mêmes de tous dépendaient des caprices des guerriers aucun esclave ne montrait du mépris à un autre parce qu’il essayait d’améliorer son sort. En effet, ceux comme Kirk qui était favorisés et gâtés, étaient enviés par leurs camarades qui ne bénéficiaient pas de la même protection.

La peur s’empara de Kirk à nouveau la nuit où Satak dîna dans la tente de son maître, et il se demanda si on lui ordonnerait de divertir l’invité, mais bien que le Vulcain l’étudiât avec une franche admiration et fît plusieurs commentaires qui firent monter le rouge à ses joues, il n’essaya pas de le toucher, et Kirk fut appelé seulement pour servir la nourriture et le vin.

Il semblait que même Satak dût être trompé concernant la relation de Spock avec Kirk, car quand les deux Vulcains s’installèrent pour converser, un geste de la main commanda à Kirk de s’asseoir aux pieds de Spock. La main de son maître jouait machinalement avec ses cheveux et caressait doucement son visage, mais quand Satak s’en alla, Spock reprit immédiatement son comportement légèrement distant. Kirk se résigna au fait que s’échapper était pour le moment impossible. Convaincu à présent que Spock ne trouvait en lui aucun intérêt physique, il décida de servir le Vulcain au mieux de ses possibilités. Il n’allait pas risquer d’être vendu à nouveau.

Un soir, Spock fut invité avec ses compagnons d’entraînement à dîner dans la tente de Selon. Bien qu’il eût été soigneusement instruit sur le comportement à adopter, Kirk était nerveux : c’était sa première sortie en public depuis qu’il était devenu la propriété de Spock, et il savait que les guerriers étaient curieux à son sujet. Il garda ses yeux baissés alors qu’il suivait Spock à l’intérieur de la grande tente et il prit place aux pieds de la couche de son maître. La nourriture fut apportée et placée sur une petite table devant lui afin qu’il pût servir Spock sans s’éloigner de lui.

Beaucoup des guerriers était servis de la même façon, remarqua-t-il quand il trouva assez de courage pour regarder alentour, mais certains étaient seuls, servis par des esclaves communs. Il se raidit de peur quand il aperçut Savak parmi ce groupe.


- N’aie pas peur, lui dit Spock calmement. Tu m’appartiens à présent. 


Quand la nourriture fut débarrassée, le divertissement commença, une démonstration par un groupe de danseurs accomplis. En accord avec la règle du camp tous étaient des hommes, mais la danse était sensuelle et explicite. Alors que la danse devenait plus sauvage, pleine d’abandon, Spock fit en sorte que Kirk s’allongeât à côté de lui, desserrant sa tunique alors qu’il s’exécutait. La toge du Vulcain fut elle aussi entrouverte, mais alors même que Kirk tressaillait nerveusement, son maître se penchait pour murmurer des choses rassurantes à son oreille. Un observateur aurait dû penser qu’ils étaient en train de se caresser de façon intime, mais eux seuls savaient que la main de Spock passait sous la tunique de Kirk sans toucher sa peau.


- Eh bien, Spock, que pensez-vous de mon petit chouchou ?

Au son de la voix haïe, Kirk sursauta comme s’il était pris de convulsions et il leva les yeux : Savak, le visage coloré à cause du vin, se tenait debout devant la couche de Spock.

- Votre chouchou ?

Un sourcil arqué se leva.

- J’avais l’impression que c’était le mien. 

- Mais sans aucun doute vous me donnerez une chance de le regagner ? 

- Non, répliqua Spock d’un air absent, prenant la main de Kirk et l’étudiant de près.

- Vous refuseriez un défi ?

La voix de Savak résonna de façon audible et Kirk pâlit. Le Vulcain essayait de provoquer Spock à accepter une nouvelle compétition, et cette fois, il se pourrait que son maître perdît.

- Que se passe-t-il ici ?

Pressentant la dispute, les autres guerriers s’étaient rassemblés tout autour, et Savak répondit au Chef de guerre.

- Selon, Spock refuse un défi. 

- Pour quelle raison ?

Le chef interrogea Spock du regard.

- Je sais que tu n’es pas un lâche. 

- Je ne le suis pas, mais je ne veux pas parier pour les enjeux qu’il proposera.

- Cela doit être quelque chose de précieux si tu ne veux pas prendre le risque de le perdre. 

- Savak voudrait parier l’Humain. Je ne veux pas qu’il possède l’esclave à nouveau. 

- Pourquoi pas ?

- Chef, j’ai gagné l’esclave loyalement. Il m’a été amené dans un tel état que je n’ai pas pu faire usage de lui. Votre propre guérisseur témoignera de ses blessures. Un esclave beau et précieux a été maltraité sans raison à un tel point qu’il aurait pu être rendu inutile à vie.

- C’était mon droit, fulmina Savak.

Le chef lui fit signe de se taire.

- Je ne conteste pas cela, mais n’as-tu rien appris ici ? On attend d’un guerrier qu’il fasse la meilleure utilisation de ses ressources. De même qu’aucun homme intelligent ne va épuiser un bon félin de chasse, il est scandaleux d’abîmer un esclave précieux. Est-ce que le jeune homme se rebelle ? 

- Non, Chef. Il est obéissant et volontaire,  répliqua Spock avant que Savak pût parler.

- Alors tu as bêtement fait un mauvais usage d’un bien précieux, la récompense que j’ai moi-même choisie. Spock agit de façon responsable. Je te défends de parier l’esclave. L’affaire est close. 

Voudrez-vous bien proposer d’autres enjeux, Savak ? demanda Spock froidement.

Savak s’en alla sans avoir la politesse de répondre. Peu après, Spock prit congé du chef et il fit signe à Kirk de le suivre pour rentrer à leur tente.

Plus tard cette nuit-là, Kirk était en train d’accomplir l’une de ses tâches habituelles, coiffant les cheveux souples de Spock. Il y avait quelque chose d’étrangement agréable dans la sensation de la soie noire qui glissait entre ses doigts, et il savait que Spock appréciait l’attention.


- Monseigneur, commença l’Humain en hésitant, je…dois vous remercier.

- Pas la peine, répondit Spock nonchalamment. Je ne veux voir aucun prisonnier tomber dans les mains d’un être tel que Savak maintenant que je sais comment il est. Tu es une créature belle et précieuse, et ce serait du gâchis de permettre que tu sois abîmé. 

- Oui, seigneur.

Kirk était fâché et d’une certaine façon déçu à ce rappel que le Vulcain ne le considérait que comme un animal domestique exotique et attrayant, uniquement pourvu de suffisamment d’intelligence pour se rendre utile. Il était reconnaissant que Spock ne voulût pas coucher avec lui, bien entendu, mais pourtant…Avec un faible soupir, il posa le peigne et recula.

- Je vais me retirer à présent. 

Spock se leva et s’étira.

- Tu peux prendre un bain, si tu le souhaites. 

- Merci, seigneur.


Kirk se retira dans la partie de la tente protégée par un paravent où se trouvait le bain. L’un des esclaves communs le vidait durant la nuit, mais Spock lui permettait d’utiliser l’eau quand il avait terminé : une autre marque de faveur que ses camarades esclaves enviaient. Ils devaient se débrouiller avec les eaux glacées du lac près du terrain du camp.

Alors qu’il reposait paresseusement, profitant de l’eau chaude parfumée aux herbes, Kirk sentit l’excitation sexuelle le saisir et il fit glisser sa main sur son ventre pour attraper son pénis.

Depuis qu’il avait quitté Savak, il n’avait pas connu de soulagement sexuel. Même s’il s’était mis en tête de chercher un amant parmi les autres esclaves, il savait que c’était interdit. Le corps d’un esclave à plaisir appartenait uniquement à son maître, qu’il en fît usage ou pas et pour un esclave, chercher son propre plaisir méritait un châtiment sévère. De façon réaliste, Kirk savait qu’il aurait été déloyal, et impossible, de profiter de la parole donnée par Spock et d’aller en chercher un autre. Pas davantage, l’un des esclaves communs ne l’attirait. Jusque-là, il avait trouvé son soulagement seulement dans la masturbation, et parfois, il avait très envie de sentir un corps chaud, qui réagissait, pressé contre le sien.

D’un air sombre, il admit que tant qu’il resterait la propriété d’un guerrier, il n’aurait jamais l’opportunité d’avoir une femme. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi, mais il savait que les guerriers évitaient la compagnie des femmes. Ses pensées allèrent à nouveau aux histoires au sujet des esclaves en fuite. Eux, avaient une marge de liberté, bien que leurs vies fussent remplies de danger atroce. Il n’oublierait jamais les hurlements de l’esclave torturé. Et s’échapper du camp était quasiment impossible. Les félins de chasse pourraient le traquer facilement. Mais un jour, un jour il se pourrait que sa chance arrivât. S’il pouvait atteindre les montagnes, contacter l’un des groupes nomades : peut-être qu’il y avait des femmes parmi les esclaves en fuite, si ce n’était pas le cas, au moins, ce serait son choix…quelqu’un à aimer, à qui rendre son amour…

Il autorisa son esprit à dériver alors qu’il pressait lentement son sexe entre ses doigts, et ce fut seulement quand il sentit la moiteur de sa semence dans sa main qu’il prit vraiment conscience que ses fantasmes avaient pris un tour hautement inattendu…

La douce forme féminine en train de se contorsionner qu’il s’était imaginé prendre sous le ciel rempli d’étoiles avait pris la forme du corps dur et chaud de Spock en train de se tendre sous le sien : un Spock qui d’une certaine façon n’était plus son maître, mais un compagnon rebelle. Une pensée impossible, et dangereuse : il la repoussa hors de son esprit.

Au moins, il pouvait toujours ressentir du désir, pensa-t-il alors qu’il sortait du bain et tendait la main pour attraper une serviette. Sous le parfum des herbes, l’odeur corporelle du Vulcain restait encore perceptible sur le tissu humide. Peut-être devait-il être reconnaissant d’avoir toujours cela. Mais ce n’était pas de la gratitude qu’il ressentait alors qu’il reposait sans pouvoir dormir aux côtés de Spock à travers la longue nuit.


*****


Peu après l’incident avec Savak, Spock se trouva obligé de réévaluer l’estimation qu’il avait faite de l’intelligence de l’esclave. Les Vulcains étaient férus d’un jeu de plateau très complexe appelé Warlord, dans lequel les concurrents s’efforçaient de gagner des hommes pour leurs groupes de guerre, puis ils s’affrontaient dans des simulations de batailles dans lesquelles l’habileté, le courage et l’audace parvenaient à vaincre le rival. Satak et lui passaient beaucoup de soirées à étudier leurs mouvements, et dans ces moments-là, Spock aimait avoir Kirk recroquevillé à ses pieds. Il était étrangement agréable de baisser la main et de caresser la douce chevelure, de la même façon qu’il aurait flatté un félin de chasse préféré.

Ce à quoi Kirk pensait quand il était assis là, le Vulcain ne s’en préoccupait pas, supposant vaguement que l’Humain rêvait à sa vie passée, jusqu’à ce qu’un après-midi quand il revint d’un entraînement aux armes il trouva son esclave agenouillé à côté de la table, en train d’étudier le plateau avec une attention captivée.

Le visage de Kirk était résolu. Il n’avait pas vu son maître entrer, et Spock s’arrêta, se demandant avec un léger amusement ce qu’il était en train de faire. A sa surprise, Kirk tendit une main, déplaça l’un des pions, puis se rassit sur ses talons en souriant de satisfaction.

Intrigué, Spock se rapprocha. Cela avait été son tour, puis Satak l’avait laissé dans une situation extrêmement difficile. Kirk avait fait exactement le bon mouvement, un mouvement qui tout à la fois éliminait la menace et portait l’attaque à son adversaire.

- Comment as-tu fait cela ?

Au son de la voix de son maître, Kirk devint cramoisi, puis il pâlit et baissa la tête.

- Pardonnez-moi, monseigneur. Je ne voulais pas faire de mal. J’aurais remis les pions à leur place…

- Je ne suis pas en colère, lui assura Spock. Dis-moi seulement comment tu as su ce qu’il fallait faire.

- Le jeu ressemble à un jeu auquel je jouais chez moi. On me considérait comme bon, dit Kirk timidement. Certains des mouvements sont différents, le fait de gagner des hommes supplémentaires, par exemple, mais je vous ai observés jouer vous et le Seigneur Satak. Quand j’ai vu le problème, j’ai été intéressé et je me suis demandé si je pourrais le résoudre. 

- Et tu l’as résolu, avec un mouvement digne d’un maître. Etonnant ! 

Kirk leva les yeux, ils étaient brillants de ressentiment.

- Simplement parce que vous me regardez comme un animal domestique un peu malin, un barbare à moitié intelligent ! dit-il amèrement. Ce n’est pas ce que je suis. Je suis…

Il se tut, horrifié, prenant conscience que ses mots et son ton pourraient être considérés comme insolents.

- Poursuis, dit Spock calmement. Je te donne la permission de parler. Qu’est-ce que tu es, James Kirk ? 

- Je suis un homme, dit Kirk plus calmement. Oh, je ne possède pas la force et l’endurance des Vulcains. Il semble que je sois considéré comme…désirable par les mâles vulcains…mais je suis bien un homme.

Il pointa la tente.

- Comparé à Savak vous êtes bon avec moi, vous me traitez bien, mais parce qu’on me regarde comme une espèce de caprice délicat et exotique, vous me retenez prisonnier dans cette tente. Je veux – j’ai besoin – d’air frais quelquefois, de la liberté de courir…de donner de l’exercice à mon corps et à mon esprit. J’ai besoin de compagnie, quelqu’un à qui parler qui m’écoutera, qui me prendra au sérieux. Je parlais à mon chien de la façon dont vous me parlez. 

- Je n’avais pas pensé…

D’un geste brusque de la main Spock débarrassa le plateau de jeu et replaça les pions.

- Viens me montrer ce que tu sais faire. 

N’ayant pas les connaissances d’un Vulcain concernant les rangs des guerriers, Kirk était un peu perdu au sujet des pouvoirs des différents personnages du jeu, ce qui donnait à Spock un avantage considérable. On pourrait remédier à cela facilement, cependant, et le Vulcain admit qu’avec de l’entraînement, son esclave se révélerait être un redoutable adversaire.

Ils parlèrent longtemps cette nuit-là, et Spock trouva que Kirk possédait un esprit fin et incisif qui égalait le sien. Il était aussi intelligent qu’il était beau, pas simplement le jouet coûteux qu’il avait semblé être. Spock se retira pour la nuit, se sentant plutôt secoué par sa découverte, et alors que l’Humain le rejoignait au lit, il étudia son corps attentivement pour la première fois depuis qu’il avait pris acte de sa beauté devant la tente de Selon. Kirk avait pris un peu de poids à cause de son oisiveté forcée, mais ses chairs étaient fermes et bien musclées.

Prenant une décision, Spock s’assit.

- James, nous devons parler encore. Il y a des choses que tu devrais connaître au sujet de mon monde. 

Kirk s’assit, entourant ses genoux avec ses bras, écoutant attentivement alors que le Vulcain parlait.

- Il y avait, lui dit Spock, beaucoup de mondes habités, mais une seule race seulement possédait la capacité de voyager parmi eux. Commerçants par nature, les Orions avaient choisi d’utiliser leurs pouvoirs pour le profit plutôt que pour la conquête militaire, qui ne les intéressait pas. Au lieu de cela, ils s’emparaient sur chaque monde de sa ressource la plus utile, donnant en échange n’importe quelle commodité que ses habitants trouveraient de la plus haute valeur – dans le cas de Vulcain, des esclaves. En provenance du lointain monde d’Andor, venaient les êtres à la peau bleue qui étaient hautement prisé comme scribes et comme intendants privés. Les Shahasis étaient très recherchés comme artistes, musiciens et artisans, car les belliqueux Vulcains étaient de grands amateurs de beauté. Les Tellarites, peu avenants mais puissants, étaient achetés pour les durs travaux manuels, et les Pavans, petits vulcanoïdes cuivrés, devenaient des esclaves assignés aux tâches d’ordre général. Les plus séduisants parmi eux partageaient souvent les lits de leurs maîtres, mais les plus prisés de tous étaient les Humains. Les mâles humains, soigneusement choisis, étaient plus attirants pour les Vulcains que le Pavan et ils étaient plus réactifs que les Shahasis. A cause de leur rareté, on leur accordait une trop grande valeur pour les exposer à aucun risque, et donc, il était de coutume de les entretenir et de les protéger. Il était devenu admis qu’ils étaient délicats, ce qui avait rendu le comportement de Savak si inhabituel. Spock avait partagé la croyance commune et seul l’éclat spirituel de Kirk le conduisait à la remettre en questions à présent.

- Que faisais-tu avant d’être réduit en esclavage, James ? Je sais peu de choses de toi jusqu’à présent. 

- J’étais pilote. Mon peuple avait commencé à faire ses premiers pas vers les vols spatiaux, mais il y eut une guerre – nous l’avons appelée la Guerre de l’eugénisme – qui avait été provoquée par la tentative de certains scientifiques de produire une race supérieure. Ils échouèrent, mais le conflit fut long et sanglant. Il y eut beaucoup de destructions et beaucoup de savoir fut perdu. Nous avons reconstruit notre monde, retracé les pas des premiers pionniers. J’étais pilote dans le nouveau programme spatial. J’avais effectué plusieurs atterrissages lunaires et j’étais en lice pour l’expédition martienne. Tout cela avait déjà été fait auparavant, bien entendu, mais nous devions tout réapprendre. 

- Je ne peux pas t’offrir quelque chose de similaire, dit Spock pensivement. Nous connaissons le vol spatial, bien entendu, mais nous n’en avons jamais eu envie.

- Ce que je ne comprends pas, c’est … 

Kirk hésita, puis il poursuivit alors que Spock le regardait en attendant la suite.

- Pourquoi les Orions ne réduisent-ils pas les Vulcains en esclavage ? Comparés à leurs armes, vous êtes primitifs. Vous seriez sans défense. 

Spock se mit à rire.

- Les Vulcains ne font pas de bons esclaves, dit-il, et les Orions sont de trop bons commerçants pour perdre leur temps dans une entreprise qui n’est pas rentable. Nous sommes leur meilleur marché pour une plus grande quantité d’esclaves dociles, et nous leur donnons volontiers ce qu’ils veulent. 

- Qu’est-ce qu’ils veulent ?

- Des guerriers. Quand les Orions découvrent une planète rentable, leur politique est de la conquérir, de l’absorber au sein de leur Empire, mais d’intervenir aussi peu que possible dans sa politique intérieure. La seule chose qu’ils contrôlent vraiment strictement est l’armement. Toutes les formes d’armes qui sont plus avancées que des variations de la lance, du glaive et de l’arc sont interdites. La prohibition sert un double objectif. Les peuples conquis ne peuvent pas se rebeller contre leurs maîtres et la guerre de destruction systématique qui pourrait interférer avec les profits est impossible. Pourquoi la Terre est traitée différemment, je ne le sais pas. C’est peut-être parce que les Orions considèrent que votre planète a plus à offrir que de simples esclaves, mais si vous êtes en train de reconstruire votre monde, il est possible que vous n’ayez pas encore atteint le niveau qu’ils souhaitent. Quand ce sera le cas, votre monde deviendra une nouvelle planète assujettie à l’Empire. 

- Ou il se pourrait bien que nous les battions, dit Kirk d’un air de défi.

- C’est possible, mais peu vraisemblable. Les Orions ont beaucoup d’expérience. Cependant, parce qu’ils n’interfèrent pas dans la vie politique de leurs sujets, les guerres opposant des groupes de pouvoir sont courantes. Comme ce sont des commerçants malins, les Orions font du profit en approvisionnant les mercenaires des deux camps. Les Vulcains, étant les meilleurs guerriers de la galaxie, sont très demandés. Nous combattons pour la gloire et nous n’avons pas besoin d’être contraints. Ils le savent. 

- Vous voulez dire que vous combattez sur d’autres mondes ? 

- Moi, personnellement, je ne l’ai pas fait, mais pour le moment, je ne suis pas encore un guerrier initié. Selon a combattu dans trois campagnes avec son groupe de guerre. J’espère être accepté dans son groupe. Toute ma vie, j’ai regardé les étoiles et je me suis posé des questions sur les mondes qui les entourent. J’ai écouté les contes des guerriers et je me languis de voir ces mystères et ces merveilles de mes propres yeux, d’explorer et d’apprendre. Un jour, si j’obtiens… 

Il se tut, n’étant pas disposé à parler de son rêve à un esclave, aussi différent des autres fût-il.

- Il y a une grande compétition où l’on est choisi dans cet objectif, poursuivit-il, c’est un grand honneur, l’un de ceux que j’entends bien obtenir. 

Kirk regarda le Vulcain un instant avec une pleine compréhension. Lui aussi avait ressenti l’attrait des étoiles. C’était cet appel qui avait guidé son choix de carrière…ce risque dont avait résulté son esclavage.

- Je ne comprendrai jamais votre peuple, soupira-t-il finalement. Vous mettez un tel accent sur l’honneur, et pourtant vous pouvez retenir des esclaves. N’avez-vous jamais pensé que c’était mal de posséder un autre être intelligent de la même façon que vous possédez vos félins de chasse ? 

- Mal ? Comment cela peut-il être mal ?

Spock semblait perplexe.

- Les choses sont telles qu’elles l’ont toujours été. Un guerrier est un guerrier. Un Tellarite est un travailleur. Chacun accomplit la tâche pour laquelle il est le mieux fait. Est-ce que tu me verrais, moi ou Satak, prendre de l’eau à la rivière ou Selon, s’occuper des troupeaux ?

- Cela n’a pas à être ainsi,  dit Kirk avec sérieux. Chacun fait selon son talent propre, oui, mais en rendant service librement, en coopération. 

- Et qui contrôle les choses quand le Pavan decide qu’il souhaite combattre comme un guerrier ? - Non, James, cela ne marcherait pas. Le Vulcain est maître, afin que tout ce qui doit être fait se fasse. Nous logeons, nourrissons et habillons nos esclaves, nous les éduquons, nous nous occupons d’eux quand ils sont malades et nous subvenons à leurs besoins quand ils ne peuvent plus travailler. Aimerais-tu qu’on se débarrasse des infirmes, qui ne peuvent plus gagner leur vie, pour qu’ils aillent mourir de faim ? Il est vrai qu’il y a parfois un mauvais maître, comme Savak, mais le système fonctionne depuis des générations, James. Il fonctionne parce qu’il est juste.

- Selon vos arguments, où est ma place ? demanda Kirk. Les Humains sont censés être des esclaves à plaisir, mais vous ne me traitez pas comme tel.

Prenant soudain conscience de ce qu’il avait dit, il rougit, espérant que le Vulcain ne penserait pas qu’il voulait dire... Mais l’esprit de Spock était focalisé sur d’autres choses.

- La seule raison pour laquelle je ne te traite pas comme un esclave à plaisir est parce que je ne désire pas un tel compagnon, dit-il l’air absent. Si c’était le cas, c’est ce que tu serais. La chose raisonnable à faire serait de te vendre ou de te donner à quelqu’un qui ferait usage de toi comme tu es censé être utilisé – Satak, par exemple – mais le service que tu accomplis me satisfait, et bien que ce soit peut-être du gâchis, j’aimerais te garder. La question est : à quel titre?

Spock resta silencieux pendant quelques minutes, puis il sembla prendre une décision, car il parla à nouveau.

- J’ai une proposition, une proposition qui t’apportera la stimulation mentale et l’exercice physique dont tu as besoin, ce dont tu m’as convaincu. Si tu le souhaites, je te ferai entraîner à porter des armes afin que tu puisses m’accompagner à la bataille. Les esclaves habiles à se battre sont très prisés dans notre société, surtout parmi les guerriers, bien qu’habituellement ils ne risquent pas un esclave aussi beau que toi. Cependant, tu ne partages pas mon lit, et il se pourrait que tu préfères une telle vie au fait de simplement agir comme mon domestique. 

- Oui !

Les yeux de Kirk pétillaient d’excitation.

- Si cela vous satisfait, seigneur, ajouta-t-il précipitamment.

- C’est le cas, James.

Spock se cala dans les coussins.

- Alors c’est décidé. Nous commencerons demain. 

Fidèle à sa parole, Spock déposa une demande et reçut officiellement la permission de former Kirk en tant qu’esclave de combat, et Selon ajouta ce commentaire d’approbation :

- Comme tu le découvriras quand tu voyageras seul, Spock, un esclave qui n’est là que pour chauffer ton lit peut constituer un handicap. Si l’Humain est aussi intelligent que tu le penses, il serait stupide de le gâcher. En effet, je souhaiterais presque à présent l’avoir gardé pour moi. 


Sous la supervision de Spock, l’Humain se révéla rapidement compétent avec l’arc, le glaive et la lance. Le lirpa, l’arme de duel des guerriers, il n’avait pas la permission de la toucher. Même les Vulcains respectaient son habileté quand il s’entraînait, et le cercle d’amis de Spock commença à le traiter avec un sérieux nouveau, Satak allant jusqu’à superviser son entraînement quand Spock était absent.

Satak ne cachait pas le fait qu’il était attiré par Kirk, et il le taquinait souvent, mais cela était fait ouvertement et dans la bonne humeur. L’Humain se trouva vite capable de rire et de répondre avec assurance.

Il était heureux. Kirk en prit conscience avec un certain degré de surprise alors qu’il se tenait debout un soir en train de coiffer les cheveux de son maître. Spock l’avait emmené chasser plusieurs fois, et il savait qu’il s’en était bien tiré. De plus, Spock était à présent plus détendu avec lui, lui permettant d’exprimer ses opinions, et même de ne pas être d’accord avec son maître dans la conversation quand ils étaient seuls. Bien qu’en compagnie, il devait toujours jouer le rôle de l’esclave à plaisir chouchouté, il savait qu’il était maintenant considéré, par son maître et ses amis, comme plus qu’un simple ornement coûteux.

- A quoi es-tu en train de penser, Jim ?

Ces derniers temps, Spock avait pris l’habitude d’utiliser la forme plus intime de son prénom quand ils étaient seuls.

- J’étais seulement en train…

Kirk hésita. Sa fierté ne le laisserait pas admettre qu’il trouvait une certaine satisfaction à sa nouvelle vie.

- Je me posais une question au sujet de vos cheveux. Sur mon monde, il y avait des guerriers qui faisaient pousser leurs cheveux, mais pas autant que cela. Ca doit sûrement être un handicap au combat. Il serait si facile à un ennemi de s’en emparer.

- Tu as en partie raison, James. N’as-tu pas remarqué que Selon et ses capitaines portent leurs cheveux plus courts que les miens ? 

Au signe de tête de Kirk, il poursuivit.

- Quand un jeune homme est sélectionné pour la formation de guerrier, il commence à faire pousser ses cheveux. Ils ne sont pas coupés à nouveau jusqu’à ce qu’il soit un guerrier à part entière. Pendant mes années en tant que cadet je dois apprendre toutes les compétences d’un combattant. Je dois prouver que je peux obéir à des ordres, et en donner. Il ne m’est pas permis de me marier, mais je dois engendrer deux enfants avec des femmes choisies pour moi afin de perpétuer ma lignée familiale. Puis, si on m’en juge digne, je serai accepté dans les rangs des guerriers, et mes cheveux seront coupés et dédiés à nos ancêtres. Durant cette période, je ne dois pas toucher une femme – c’est pourquoi aucune femme n’est acceptée dans le camp, afin que même dans nos temps de besoin, nous ne les désirerons pas.

- Est-ce que votre formation durera encore longtemps ? demanda Kirk.

- Quelques mois, pas plus. J’ai déjà engendré un enfant. Bientôt, je retournerai chez moi et mon père aura fait les arrangements pour le second. Une fois que l’enfant sera conçu, je retournerai au camp pour un examen final.

- Je vois.

Kirk termina sa tâche en silence, rendu perplexe par la sensation d’un déni instinctif qui l’avait saisi à l’idée d’imaginer Spock avec une femme. Peut-être était-il en train d’adopter inconsciemment l’attitude des guerriers ? Un de ces jours prochains, si son maître était satisfait de lui, il demanderait si des arrangements ne pourraient pas être faits pour lui. Il ne pensait pas qu’il pourrait continuer longtemps dans un état de célibat.

Malgré l’amélioration de ses conditions, Kirk était toujours désespérément seul. Spock était souvent absent pendant plusieurs heures consécutives, engagé dans ces aspects de la formation de guerrier qui étaient interdits à un esclave.

Il n’était pas non plus autorisé à fréquenter ses camarades esclaves, car il était toujours un esclave à plaisir, bien qu’il fût formé à porter des armes, et il était jalousement séquestré. De plus, les esclaves eux-mêmes s’ils le trouvaient sans protection, pourraient saisir l’opportunité de se disputer un tel prix. Son entraînement pourrait l’aider à en battre un ou deux, mais contre un groupe d’assaillants déterminés, il n’aurait aucune chance. Avec les souvenirs des amis de Savak, et ayant vu comment certains des esclaves l’observaient, Kirk était forcé d’admettre que les restrictions de Spock étaient faites pour sa propre protection : avec réticence mais de façon réaliste, il passait la plupart de ces heures dans la tente.

Celui avec lequel il développa l’amitié la plus intime était Jorith, l’esclave pavan attribué à Spock pour les tâches d’ordre général. De plusieurs années plus âgé que Kirk, lui aussi avait était à une époque un esclave à plaisir, mais avec la perte de sa jeunesse et de sa fraîcheur, il avait été relégué au rang des hommes de peine communs du camp. Cette relégation, cependant, avait aussi assoupli la rigueur de son confinement, ce qui semblait rendre possible un rêve longtemps caressé : la fuite.

Jorith avait observé le jeune Humain avec un certain degré de pitié : quelque chose chez le jeune homme le rendait différent de la plupart des autres. Peut-être était-ce la solitude qui perçait dans les yeux noisette, ou le souvenir des nuits qu’il avait lui-même passées dans les lits d’une succession de maîtres. Quelle qu’en fût la raison, le Pavan prit le risque de faire mention de ses projets.

Il avait attendu une opportunité appropriée, et un après-midi alors qu’il vaquait à ses occupations dans la tente de Spock, le rabat fut poussé de côté et l’Humain entra d’un pas raide. Son expression mêlait l’embarras et la colère, et le Pavan sursauta, effrayé.

- Jim, qu’est-ce qui ne va pas ? 

- Ces Vulcains !

Kirk jeta à terre l’arc qu’il portait et se débarrassa du carquois.

- Je ne sais pas combien je peux encore en supporter des comme ça !

- Est-ce que le maître t’a blessé ?

- physiquement, dit Kirk en riant amèrement. Parfois, je pense que je pourrais mieux supporter ça. Nous étions en train de pratiquer le tir à l’arc, Spock et moi, quand le Chef de guerre s’est approché avec deux guerriers qui sont en train de visiter le camp. Ils se tenaient là, tous les quatre, à m’examiner de la tête aux pieds comme un animal de race avec un pedigree…ils parlaient de mes…mes qualités et mes défauts ! Ils ont même demandé à Spock comment j’étais au lit. Je me sens comme une putain !

- Pour eux c’est ce que tu es, dit Jorith calmement. Tu as choisi de vivre en esclavage. Aucun Vulcain n’aurait fait ça. Et tu ne peux vivre d’aucune autre façon en esclavage. Spock te traite bien à présent. Tu as le caractère de la nouveauté, alors il est protecteur, possessif, mais quand la nouveauté disparaîtra, il commencera à te prêter à d’autres. Et quand il sera lassé de toi, il te vendra sans y penser à deux fois. Je sais, Jim, je suis passé par là.

- Je ne peux pas vivre comme ça ! 

- Vraiment ? As-tu vraiment réfléchi à l’alternative ? Si tu t’enfuyais, ils se mettraient à ta poursuite et tu mourrais comme l’Andorien. Ou, si tu arrivais à gagner ta liberté, il se pourrait que tu vives, pendant un temps, avec d’autres esclaves en fuite. Il n’y a pas de luxe là-bas. Ici – je vois comment tu vis, habillé de soie, le plus envié des esclaves du camp. Le maître te parle même comme si tu étais un égal.

- Mais il n’oublie jamais – je n’oublie jamais – que je suis un esclave. Mais je ne suis pas libre, Jorith. Je préférerais être libre un jour seulement et mort le lendemain que rester ici jusqu’à ce que je sois un esclave dans mon âme ! 

Les mots pleins de passion de Kirk restèrent suspendus en l’air, et quelque chose dans le visage du Pavan lui fit faire une pause. Il s’apprêta à parler, puis il se détourna en s’affairant à son travail. Une suspicion soudaine obligea l’Humain à baisser sa voix. Le Pavan ne pouvait avoir que deux raisons pour écouter cette tirade, en essayant de le dissuader. Et Kirk ne pensait pas que le Pavan fût un traitre.

- Tu es en train de faire des plans pour t’échapper !

Sa voix était un intense murmure, et il attrapa l’esclave de labeur par l’épaule, tournant son visage vers la lumière.

- Jorith, emmène-moi avec toi ! 

Lentement, le Pavan fit un signe de tête.

- C’est possible. J’écoute, depuis des années, chaque bribe d’information qu’ils laissent tomber. Les montagnes sont au nord d’ici. J’essaye de dessiner la carte des points d’eau, des itinéraires alternatifs. Je garde toujours des provisions cachées hors du camp, mais pas assez pour deux. Je devrais voler plus de nourriture. 

- Il se pourrait que tu bénéficies de quelques heures de répit avant que tu leur manques, dit Kirk. Mais les guerriers savent que je ne suis pas autorisé à sortir de la tente à moins que Spock ou Satak soient avec moi, et…comment pourrais-je partir la nuit, sans réveiller Spock ? 

- Tu en prendrais vraiment le risque ?

- Oui. 

- Alors ne t’en fais pas pour le maître. Seulement ne le rends pas soupçonneux en agissant différemment. 

- Je serai prudent, promit Kirk.


* * * * *


Trois jours plus tard, Jorith s’arrangea pour se ménager quelques instants avec Kirk.

- Ce soir, dit le Pavan calmement. Retrouve-moi près du puits dès que ton maître sera endormi.

- Mais… 

- Mets ça dans son verre avant qu’il se retire.

Jorith lui remit une petite bouteille.

- Il dormira profondément, et n’aura pas conscience que tu as quitté son lit. Si les dieux nous sont favorables, il ne se réveillera pas avant la fin de la matinée, puis, bien entendu, ils se mettront à notre poursuite. 

- Ca ne lui fera pas de mal ? 

- C’est seulement un somnifère. Je l’ai volé au guérisseur. Viens dès que tu le pourras. Je ne peux pas attendre trop longtemps. 

Ce soir-là, Kirk trouva difficile de dissimuler son impatience alors qu’il servait et débarrassait le repas de Spock. La discussion qui était à présent coutumière au sujet de sa performance durant l’entraînement du jour n’avait jamais paru si longue, mais finalement, Spock indiqua qu’il était prêt à se retirer pour la nuit. Kirk l’assista au bain, puis alors que le Vulcain s’installait au lit, il s’avança pour aller verser la petite coupe de vin qu’il buvait habituellement avant de dormir.

Pendant un instant, Kirk hésita, tenant la minuscule fiole que Jorith lui avait donnée. Puis, déterminé à ce que rien de ce qu’il ferait ne fît de mal au Vulcain qui l’avait épargné, il la déboucha et goûta le liquide, se détendant quand il reconnut le goût du somnifère qu’on lui avait donné. Satisfait, il le versa dans le vin, en pensant que la forte saveur du vin le masquerait complétement. Il tendit la coupe à Spock.


- Merci, Jim.

Spock but le vin lentement à petites gorgées, ne montrant aucun signe de suspicion.

- Et comment progresse ta lecture ? 

- Plutôt bien, je crois, bien que Seren dise que je ne perdrai jamais mon accent. 

- Apporte le livre et laisse-moi t’entendre. 

Kirk se dirigea vers la petite commode que Spock utilisait pour ses quelques vêtements, et il en sortit un paquet soigneusement enveloppé. Seren, le conseiller âgé qui lui apprenait à lire le vulcain, était si satisfait des progrès de son élève qu’il avait même accepté de lui prêter quelques-uns de ses propres ouvrages précieux afin qu’il pût poursuivre ses études durant son temps libre. Ce volume, des contes issus du lointain passé quasi légendaire des guerriers de Vulcain, était le préféré de Kirk. Il trouva sa place, retourna s’asseoir près du lit de Spock, et il commença à lire.

Le Vulcain écoutait attentivement, en corrigeant à l’occasion sa prononciation, mais petit à petit, sa tête penchait en avant, et finalement, le gobelet vide lui échappa des doigts. Kirk continua à lire, sa voix mourant progressivement, jusqu’à ce qu’il fût certain que Spock était endormi, puis, posant le livre de côté, il installa le dos de son maître contre les oreillers et il remonta la couverture sur lui.

Puis rapidement, il retira la tunique de soie peu solide pour enfiler le doux vêtement de cuir qu’il portait pour l’entraînement aux armes. Il ne possédait encore aucune arme en propre, et il en vola une à Spock pour sa ceinture, puis il attrapa l’arc léger et le carquois que le Vulcain lui avait donnés. Il était prêt à partir, anxieux de peur que le Pavan paniquât et le laissât derrière lui, pourtant il se vit faire une pause près du lit. Il ne reverrait jamais Spock.


- J’aurais aimé que les choses soient différentes, murmura-t-il. J’aurais aimé vous avoir pour ami. Mais cela n’est pas permis, n’est-ce pas ?

Il hésita encore un instant, puis il toucha les cheveux sombres doucement. Pas permis. Il baissa la lumière et s’en alla.

Il fut assez facile d’échapper aux gardes, qui étaient en poste plus par habitude que par nécessité. Seul un fou aurait rêvé d’attaquer un camp de guerriers, et les prédateurs de la région avaient appris à rester bien à distance des feux du camp. Jorith attendait dans les ombres près du puits.

- Où va-t-on maintenant ?

- Par-là.

Le Pavan le conduisit le long d’un ravin qui courait du camp jusqu’aux rochers.

- D’abord, nous devons récupérer le matériel.

Kirk suivit Jorith, ses yeux s’habituant progressivement à l’obscurité. Bien que Vulcain n’eût pas de lune, les brillantes étoiles éclairaient leur chemin d’un scintillement givré qui rendait la marche sûre.

Finalement, le Pavan s’arrêta au pied d’un massif de buissons devant une falaise basse.

- A travers ce passage, murmura-t-il, et Kirk le suivit dans le noir total, avançant en trébuchant sur quelques mètres jusqu’à ce que Jorith le fît s’arrêter.

Une étincelle éclata, allumée, et une torche à la flamme mouvante illumina l’étroit tunnel dans lequel ils se tenaient.

- Les gardes, mit en garde Kirk.

- C’est assez sûr. Nous avons passé un virage dans le tunnel. De plus, nous aurons besoin de la lumière. Viens.

Les deux hommes continuèrent à marcher le long du tunnel, qui s’élargissait progressivement en une cave haute de plafond. Kirk retint sa respiration alors que la lumière de la torche réfléchissait des millions de minuscules cristaux incrustés dans les parois rocheuses.

- Joli, hein ?

Jorith cala la torche dans une fente du sol.

- Pas le temps de l’admirer, cependant : nous avons un long chemin à parcourir avant l’aube. Ici, aide-moi à déplacer ces rochers.

Le matériel était bien caché, et Jorith avait de toute évidence projeté son évasion depuis quelques temps. La cachette révéla des couvertures, des gourdes d’eau, des paquets de viande séchée, et les biscuits durs qui constituaient le repas de voyage habituel, et même du matériel médical de base.

- Divise tout en deux paquets et enveloppe chacun d’eux dans une couverture, commanda Jorith. De cette façon, si nous sommes séparés, chacun de nous aura une part. Dans la matinée, je te dessinerai une carte de… 

- Je ne pense pas, esclave. 

Les deux hommes se retournèrent au son de la voix familière. Spock, glaive en main, se tenait tout juste à l’intérieur de la grotte.

- Je viens récupérer ce qui m’appartient. Et châtier le voleur. James, ne sois pas stupide ! 

Alors que Kirk tendait instinctivement la main vers le couteau à sa ceinture, Spock tendit le bras en avant et tint son glaive sous la gorge de Jorith.

- Jette ton arme, ou je le tuerai. 

Résigné, Kirk lança le couteau sur le sol, laissa l’arc glisser de son épaule.

- Comment avez-vous su ? demanda-t-il d’un air hébété. Le vin…

- Etait drogué ? Je sais. Le produit n’a pas de goût dans l’eau, c’est comme ça que tu l’as eu, mais il est très amer dans le vin. Je l’ai simplement vidé quand tu as été chercher le livre. J’ai décidé de découvrir ce que tu avais projeté, mais je dois confesser que je m’attendais à un rendez-vous galant, pas à une fuite. 

- Que va-t-il se passer maintenant ?

Kirk maintint sa voix calme avec un effort.

- Tu connais le destin d’un esclave en fuite. Dans ton cas, un châtiment de moindre importance suffira – je n’ai pas l’intention de te perdre si tôt – mais le Pavan n’a rien à attendre de moi. Il fera face au bourreau. 

Peu disposé, incapable, de supplier en son nom, Kirk répondit à la terreur dans les yeux du Pavan avec ce qui, il le savait, devait être un effort inutile.

- Epargnez-le. Vous pourriez ne rien dire. Je vous en supplie.

- Etait-il ton amant finalement ?

- Non. Mais s’il ne m’avait pas attendu, il serait loin. Epargnez-le. Ou alors, je trouverai un moyen de détruire ma « beauté » que vous prisez tellement.

L’intensité d’épuisement, de dégoût et de haine contenue dans cette menace fit réfléchir Spock. L’esclave avait du courage, et il ne pouvait pas être attaché ou surveillé à chaque seconde. Le coin aiguisé d’un tesson, une braise tirée du feu…Il n’avait pas songé auparavant combien la beauté était une chose éphémère.

- Alors je lui épargnerai la mort du bourreau.

Kirk relâcha le souffle qu’il n’avait pas eu conscience de retenir, mais avant qu’il pût parler, Spock avait lancé son bras en arrière puis enfoncé son glaive profondément dans la poitrine de Jorith. Sans émettre un son, le Pavan tomba en avant. Les genoux de Kirk se plièrent d’eux-mêmes, liquéfiés à cause du choc, et il réussit seulement à ne pas tomber face en avant en tendant une main vers le corps. Sauvé des mains du bourreau. La pitié vulcaine. Il sentit à peine Spock le secouer, entendit ses ordres suivants. Spock secouait une couverture, déchirant ses habits. Rien de cela ne semblait vraiment réel.

- James !

Spock le gifla, et le coup cinglant le ramena au moment présent qui contenait le corps de Jorith, et le meurtrier de Jorith – les deux meurtriers de Jorith.

- Allonge-toi sur la couverture. Je dois encore te sauver des mains du bourreau. Reste ici. Ne dis rien.

Il entra dans le tunnel, laissant Kirk seul. Il ne savait pas ce que Spock projetait de faire, il savait que c’était important, terriblement important, mais il ne pouvait pas trouver la volonté de courir ou de se battre.

Le silence fut brisé par le son de pas revenant le long du tunnel. Le chef des gardes, un guerrier initié, et les novices qui, cette semaine-là, restaient pour observer, suivaient Spock dans la grotte.

…convenir que la grotte est un lieu plutôt inhabituel.

La voix de Spock était totalement calme.

- Le Pavan devait être caché quand je suis arrivé avec mon esclave. Sans aucun doute, il espérait que nous ne resterions pas longtemps. Un son m’a alerté de sa présence, et quand j’ai enquêté, il a attaqué. 

- Avec le seul résultat possible, grogna le chef. Si l’idiot était resté silencieux jusqu’à ce que vous partiez, il se pourrait bien qu’il se soit échappé. Ca prouve qu’ils ne sont pas assez malins pour s’occuper d’eux-mêmes. Votre esclave n’a pas tenté d’aider le Pavan ?

Le son de sa voix était soupçonneux. Kirk avait déjà appris que s’il y avait le moindre problème, tous les esclaves à proximité étaient considérés comme étant impliqués.

- James était…occupé d’une autre manière, répondit Spock très librement, et le chef se mit à rire.

- Vous appréciez la beauté sous toutes ses formes, Spock. 

Kirk détourna le regard, seulement pour croiser les yeux de l’un des guerriers novices. Dans un frisson, il reconnut Selka, le plus proche compagnon de Savak, et le plus inventif du groupe qui l’avait corrompu. L’homme souriait de façon insolente, fixant d’un œil critique les jambes nues de Kirk, et la peau lisse et pâle révélée par la tunique déchirée. Il se tourna et murmura quelque chose à l’un de ses compagnons, et ce Vulcain, lui aussi, gratifia l’Humain d’un regard critique.

Kirk baissa les yeux, rageusement conscient que les Vulcains supposaient qu’il avait été en train de s’accoupler avec Spock dans la grotte. Et Selka était sans aucun doute en train de raconter à ses compagnons combien Kirk pouvait faire preuve de…réactivité.

- Vous là, prenez l’esclave et amenez-le jusqu’à la plateforme d’exécution, ordonna le chef. Spock, il n’est pas nécessaire que vous restiez.

- Viens, James.

En réaction au signal de Spock, Kirk se remit sur ses pieds en tremblant et il ramassa les couvertures. Il n’émit aucune protestation quand le Vulcain fit glisser un bras autour de sa taille. Il ne l’aurait pas admis même s’il avait dû ramper par terre, mais il avait besoin de soutien. Est-ce que Spock reconnaissait l’état de choc quand il le voyait, ou allait-il penser que Kirk craignait tant le châtiment à venir que ses genoux tremblaient ?

Dans la sécurité de la tente, Spock ordonna à l’Humain de s’asseoir sur le bord du lit, et il lui tendit une coupe de vin.

- Bois. 

Kirk obéit, sentant la chaleur commencer à envahir son corps engourdi, le libérant de la paralysie glaciale qui l’avait saisi depuis la mort de Jorith. Il fut soudainement rempli d’horreur à l’idée du meurtre qui avait été commis de façon si désinvolte devant lui, avec sa complaisance manifeste à lui. Il lutta pour se mettre debout et il jeta la coupe de vin de côté.

- Vous l’avez assassiné. Vous m’avez trompé et vous l’avez assassiné.

Les yeux de Kirk étaient sombres à cause de l’angoisse. La sueur perlait sur son front.

- Quel mal vous a-t-il jamais fait : il vous a violé, a volé votre liberté, vous a fouetté, vous a vendu sur le palan…

- Il t’a éloigné.

- J’y suis allé de mon propre choix. Êtes-vous assez stupide pour penser que même un oiseau en cage ne veut pas de la liberté ? 

- Un oiseau en cage n’est pas capable de faire des choix. C’est un bien. Il se peut cependant qu’il soit capable de déplaire à son maître. S’il était impossible de le former, on s’en débarrasserait. »

- Je suis trop précieux, trop joli…

Les mots étaient bredouillés avec émotion, sous l’effet du vin puissant.

- Tu es insolent – et c’est de loin la dernière fois. J’ai accédé à ta demande, non ?

- L’épargner ? Vous l’avez assassiné. 

- Je lui ai épargné des heures d’agonie. Il est mort d’une mort plus propre que celle de beaucoup de guerriers, rapidement, avec peu de souffrance. 

- Vous auriez pu le laisser partir, juste le laisser partir. 

- Non. Il avait déjà été déclaré manquant. Ils l’auraient capturé en quelques heures. Je ne pouvais pas prendre le risque. 

- Prendre le risque de quoi ?

Malgré sa colère, le vin, Kirk était conscient d’un petit quelque chose dans le ton et l’expression du Vulcain qu’il ne pouvait pas identifier. Prendre le risque qu’on découvre qu’il avait fermé les yeux sur une cavale ?

- Espèce d’idiot, tu es saoul ! J’aurais dû le savoir. Baisse ta voix ! S’il avait été pris, il leur aurait tout dit. Oh, personne ne croirait que je l’avais aidé, mais que toi tu l’aurais fait, ça c’est très crédible. Et je t’aurais regardé sur l’aire du bourreau !


Kirk était saoul, ou alors fou. La tente refusait de rester immobile, et Spock semblait – sonné. Pris de vertiges, il tendit une main pour se stabiliser et il se trouva pris et serré étroitement dans une étreinte impitoyable. Toute force le quitta, et il s’affaissa contre les bras qui portaient son poids sans aucun effort. Le visage de Spock hésita au-dessus du sien, ses lèvres s’entrouvrirent.

- Vous…vous en soucieriez…vraiment ?

Il savait qu’il était confus. Tous ses os s’étaient dissous, et son sang brûlait à travers ses veines, et les yeux de Spock, si proches, étaient doux sous un voile de larmes étincelant. Il lutta pour comprendre, et puis il perdit presque l’équilibre alors que Spock le libérait.

- Je ne veux pas perdre un bien précieux contre ma volonté. Te posséder – la récompense du Chef de guerre – ajoute à mon prestige dans le camp. Et si je devais choisir de me séparer de toi, tu rapporterais un bon prix sur n’importe quel marché de Vulcain – d’ailleurs, je m’en voudrais d’envoyer des marchandises à vendre qui ne seraient pas correctement formées à obéir. 

La tête de Kirk était en train de s’éclaircir. Stupide d’avoir pensé qu’il y avait autre chose en arrière-fond que le châtiment que son acte méritait. Assez pour traverser cela avec le courage que sa fierté exigeait.


- Oui, maître. Un esclave peut-il s’enquérir de ce que sera son châtiment ?

Sa voix n’était pas aussi assurée qu’il l’aurait voulu, mais il dégagea ses épaules et releva le menton.

Spock le considéra un instant.

- Si je pensais que ça produirait un effet, tu serais fouetté. Mais je sais que ça n’en aurait pas. Je ne tire aucun plaisir de la torture inutile. Tu avais raison sur un point, James. Si le Pavan n’avait pas essayé de te libérer en même temps que lui, il aurait probablement réussi à s’enfuir. Disons que ce sera ton châtiment. Et ne te méprends pas sur le sens de mes mots à nouveau. Je ne fais pas cela pour t’épargner quoi que ce soit, et si tu es insolent ou que tu me désobéis, ou si cela devient opportun pour quelque raison que ce soit, même simplement pour affirmer mon autorité sur toi devant mes compagnons, je te fouetterai en public et me préoccuperai de ta « beauté » et de ta valeur plus tard. Elles n’ont pas autant d’importance pour moi que mon statut parmi les guerriers et de loin. Ne l’oublie jamais. 

- Je ne l’oublierai pas, murmura Kirk.

- Alors nous allons nous retirer à présent. Il se fait tard et tu as un entraînement au maniement des armes dans la matinée. Ton habileté au glaive demande à être améliorée. 

Il se détourna, et Kirk le fixa, digérant la leçon en silence. Il se pouvait que Spock ne prît pas de plaisir, comme le faisait Savak, à la douleur et à l’humiliation de victimes sans défense, mais il pouvait écarter la mort d’un esclave avec autant de légèreté que celle d’un oiseau de compagnie. Et Kirk avait été stupide d’imaginer, même pour un instant, qu’il pourrait y avoir quelque chose d’autre entre eux.


*****


Ce fut environ deux semaines après cet épisode que Kirk se réveilla un matin en constatant qu’il avait dormi inhabituellement tard. Normalement Spock, qui avait un sens inné du passage du temps, le réveillait en se levant à l’aube, mais ce matin-là, le soleil était haut dans le ciel. En s’étirant, il se tourna et trouva Spock toujours à côté de lui dans le lit, mais il semblait être en proie à de la fièvre. Son corps tremblait, et des vagues de chaleur irradiaient de sa peau. Inquiet, Kirk glissa hors du lit, enfila une tunique, et appela l’un des esclaves qui passaient pour faire venir un guérisseur.

Quand il vint, l’homme pratiqua seulement un examen superficiel, puis il se tourna vers Kirk.


- C’est ta première expérience du pon farr, je présume ? Il est seulement dans les prémices. Je ne l’attendais pas avant quelques semaines pourtant. Baigne-le avec de l’eau fraîche. Il devrait sortir de la fièvre bientôt et il te dira quoi faire. Il n’y a aucune raison pour que je revienne.

Le rabat de la tente tomba derrière lui avant que Kirk eût pu demander ce qu’il voulait dire.

L’Humain ne perdit pas de temps à obéir à ses instructions. Retirant les couvertures du corps de Spock, il commença à le baigner avec de l’eau fraîche. Progressivement, la fièvre sembla s’atténuer, et finalement, Spock ouvrit les yeux.

- Jim ?

Sa voix était inhabituellement enrouée.

- Oui, monseigneur ? 

- Va trouver Satak. Demande-lui de venir me voir. 

Kirk se précipita, mais l’autre Vulcain ne pouvait être trouvé nulle part. Il fouilla le camp, jusqu’à ce que l’un des esclaves dît qu’il avait vu Satak se diriger vers la tente de Spock. Soulagé, Kirk rentra, mais alors qu’il approchait de l’entrée, l’un des esclaves pavans sortit en courant. Sa tunique était déchirée et du sang coulait de sa bouche. Kirk prit soin de lui, puis fit une pause comme il entendait des voix à l’intérieur de la tente.


- …vos jeux insensés, Spock. Vous désirez l’Humain.

- Non. Je ne prendrai pas un barbare pour compagnon…Je ne peux pas…

Kirk reconnut à peine la voix de son maître.

- Spock, votre état embrume votre esprit. Je ne parlais pas de prendre un compagnon ! Prenez l’esclave dans votre lit et faites-en usage. Par les dieux, vous l’avez fait par le passé. Permettrez-vous à votre fierté de vous tuer ? Vous n’êtes pas un cas unique, mon ami. J’ai, moi-même, fait l’expérience d’une fixation temporaire sur un esclave en particulier, mais ça ne veut pas dire que j’avais l’intention d’en prendre un pour compagnon. Le temps passant, vous l’oublierez. 

- Vous ne comprenez pas. Je crains…

- Il n’y a rien à craindre. Le pon farr nous dépouille de tout, n’est-ce pas ? Et c’est pareil pour nous tous.

La voix de Satak était douce.

- Laissez-moi faire venir James. 

- Non. 

- Alors vous mourrez, Spock.

Satak était en train de perdre patience.

- Mieux vaut perdre la vie que l’honneur.

- Qu’est-ce que cela a à voir avec l’honneur !

- J’ai promis que je ne le forcerais pas. Il n’a jamais été mien. Et…je ne trahis pas ma parole – même donnée à un esclave. Ahhh !

La voix de Spock mourut dans un gémissement.

- Spock, oh, quel intérêt. Là, buvez cela et peut-être que vous vous réveillerez avec une disposition d’esprit plus raisonnable. Bien. Essayez de dormir un peu si vous le pouvez. 

Après quelques temps, Kirk pénétra dans la tente, pour voir Satak remonter la couverture sur Spock. Le visage du Vulcain était marqué par l’inquiétude. Spock était son ami le plus proche. Il regarda Kirk sans le voir.

- Seigneur Satak, qu’est-ce qui ne va pas ? Le guérisseur a dit...

Satak se focalisa sur Kirk, fronça les sourcils, puis il se maîtrisa.

- Assieds-toi et écoute, James. Essaie de comprendre. Nous, Vulcains, avons un cycle sexuel périodique, au cours duquel le mâle est au maximum de sa puissance, et il doit s’accoupler ou mourir. Habituellement, c’est le signal de la reproduction, et le mâle recherche son épouse, mais les guerriers doivent seulement s’accoupler avec un mâle. Ils ne doivent jamais apprendre à associer une femme à leur période de besoin de crainte que ça leur arrive en campagne où aucune femme n’est disponible. Parfois, il arrive qu’un guerrier qui n’a pas encore choisi son compagnon de vie soit poussé vers un partenaire spécifique, le seul qui puisse combler le désir. Si ce partenaire n’est pas disponible, le mâle meurt. Quand j’ai trouvé Spock dans cet état, il a refusé que je te fasse venir. Il m’apprend que tu ne l’as jamais servi en qualité d’esclave à plaisir. 

- Il m’a promis, dit Kirk. Il m’a promis que je n’aurais jamais à… 

- Cette promesse va le tuer. 

- Mais il ne me désire pas. 

- Si. Il peut te mentir, à moi, même à lui-même, mais son corps n’est pas trompé. J’ai fait appeler l’un des esclaves communs qui est très habile – et Spock l’a attaqué. Vois comme il repose calmement depuis que tu es entré.

Kirk secoua la tête.

- Oui. Il ne s’apaiserait pas pour moi. Je le servirais si je pouvais, mais c’est toi qu’il désire. Et toi seul peux le sauver. N’est-il pas un bon maître pour toi ?

La réponse était si évidente que Satak ne l’attendit pas.

- Sauve-le. 

- Je ne…Je ne sais pas comment, même si je le voulais. S’il se réveillait, ne me renverrait-il pas tout simplement ?

- Je lui ai donné un somnifère pour atténuer sa douleur. Si tu le stimules pendant qu’il dort, il sera incapable de se contrôler. Je ne peux pas te forcer à sauver Spock, James, mais pense un peu à ta propre vie. Quelle valeur aura-t-elle pour toi sans sa protection ?


Le Vulcain se leva et Kirk recula défensivement. Satak lui lança un regard expressif, et puis il quitta la tente.

C’était vrai, bien entendu. Quelle que fût la motivation, et l’esprit de Kirk n’avait aucune réaction, ne faisait aucun commentaire aux déclarations de Satak, Spock était probablement le meilleur – propriétaire – qu’il aurait jamais. C’était simplement dans son propre intérêt de s’assurer qu’il allait vivre. Satak pouvait menacer, mais personne n’était là, personne sauf Spock et lui. Il ne pouvait pas être forcé.

Lentement, il approcha du lit. Spock dormait toujours, mais il était agité. Doucement, Kirk retira les couvertures. Spock était nu – pas plus nu qu’il l’avait été dans son bain – mais à présent il était excité, dans son sommeil, son sexe extraterrestre gonflé à un point qui devait être douloureux. Kirk l’étudia avec curiosité, essayant d’évaluer à partir de son expérience passée quel serait le moyen le plus rapide de le satisfaire. Durant le temps passé avec Savak, son « enseignement » s’était entièrement estompé en une longue torture qu’il avait rejetée hors de sa pensée consciente. Il ne pouvait pas faire cela à présent. S’il devait aider Spock, il devait être pleinement conscient de ce qu’il était en train de faire, et de pourquoi il le faisait.

Spock était – bien monté – mais pas au point que ce fût impossible. Certains dans le groupe de Savak avaient été plus larges. La délicate couleur vert de jade était toujours quelque peu surprenante, bien qu’il sût parfaitement que les Vulcains avaient le sang vert. La différence la plus frappante se trouvait dans le gland avec ses doubles crêtes. Il se rappelait comment elles s’étaient mises à remuer et à se mouvoir à l’intérieur de son corps même quand son maître restait immobile.

Il tendit timidement une main, le bout de ses doigts caressant à peine le gland soyeux, et même à ce léger contact les deux crêtes s’étendirent, le pénis s’arqua comme s’il le cherchait avec un instinct aveugle. Il recula, se souvenant de la douleur, mais la réaction involontaire était curieusement fascinante. Alors qu’il observait, son souffle s’accéléra entre ses lèvres entrouvertes. C’était fascinant, et brusquement il avait envie de tendre la main à nouveau, de toucher, de caresser, de sentir la pulsation dans sa main. La moquerie de Savak résonna à nouveau dans son esprit. Mais ce n’était pas la même chose. Il avait le droit de sauver sa vie, non ?

Il enroula sa main autour du pénis en érection. Spock gémit à son contact, et le mélange de douleur et de plaisir dans la voix enrouée remua quelque chose qui n’avait pas été touché depuis longtemps chez Kirk. Il savait ce que Savak avait aimé, il savait ce qu’il aimerait lui-même. Il y avait survécu auparavant. Il enleva sa tunique et s’allongea aux côtés de Spock, ses doigts, continuant leur stimulation, savaient qu’il en fallait plus. Sans réfléchir, il se tourna et pressa ses lèvres contre la chair douloureusement congestionnée. De l’acier sous le velours. Pas désagréable. Le parfum frais du corps de Spock, l’étrange goût d’épices étaient attirants. Son cœur battit un peu plus vite alors qu’il entrouvrait ses lèvres et qu’il fit pénétrer le gland soyeux dans sa bouche.

Sa langue léchait, s’enroulait autour de la trique, l’explorant. Avec beaucoup d’audace, il commença à sucer, maintenant l’organe gonflé à sa racine pour mieux contrôler les choses. Lentement, soigneusement, il remonta petit à petit le long de la trique épaisse jusqu’à ce que ses lèvres fussent enfouies dans des poils soyeux et que la masse dure s’enfonçât dans sa gorge. Puis, de nouveau impatient, il commença à sucer avidement tout le long, de haut en bas, sa langue encerclant l’extrémité, sans faire de pause, quand le spasme d’alerte survint et que le corps de Spock fût saisi de convulsions sous l’orgasme. De la semence crémeuse et épaisse emplit sa bouche, et il avala, luttant pour respirer, mais il resta dans cette position jusqu’à ce que le reste de l’éjaculation s’égouttât au fond de sa gorge. Avec un soupir, il leva la tête pour étudier le visage de son maître.

Spock était toujours soit endormi soit inconscient, mais la fièvre semblait s’être légèrement atténuée, sa tête bougea sur l’oreiller et il murmura quelque chose, trop doucement pour que Kirk l’entendît. Il avait aidé, Kirk en avait conscience, mais pas suffisamment. Déjà, le pénis du Vulcain commençait à se gonfler de sang.

Son toucher, devenant plus assuré, amena Spock à une érection pleine et Kirk se déplaça pour enjamber les cuisses de son maître. Avec les souvenirs du pénis dur et sec de Savak s’enfonçant en lui, il se pencha en avant et mouilla celui de Spock avec de la salive jusqu’à ce qu’il fût humidifié et luisant. Puis il s’accroupit, écarta ses fesses, et en se guidant, il se mit en position afin que le gland palpitant entrât en contact avec l’orifice de son corps.

Mordant ses lèvres contre la douleur, Kirk s’autorisa à se baisser afin que le long organe brûlant glissât lentement dans son corps. Ce n’était pas aussi désagréable qu’il s’en souvenait, peut-être parce qu’il contrôlait tout, mais quand il s’immobilisa, la masse dure le remplit, palpitant contre des nerfs rebelles.

Pendant un moment, il resta immobile, rassemblant son courage, puis il tendit ses muscles et commença à se mouvoir, accélérant progressivement le rythme alors qu’il s’habituait aux sensations. Son propre pénis commença à se raidir d’excitation alors que la friction augmentait, mais il ignora ses réactions, se concentrant sur le fait de produire une réaction chez Spock.

Soudainement, les yeux sombres s’ouvrirent, brûlant d’un désir dévorant dont il ne se souvenait que trop bien, mais alors que les hanches de Spock commençaient à pousser vers l’avant de façon pressante, sa peur s’évanouit avec un soulagement immense à l’idée que cela allait réussir.

De la semence chaude jaillit en lui, et des bras puissants le maintinrent serré.

- Jim… 

- Ne parlez pas maintenant, murmura Kirk, maintenant sa voix calme avec un effort. Prenez de moi ce dont vous avez besoin. Je le donne librement.

- Pas de…contrôle…Tu seras…seras blessé….

Le Vulcain s’étrangla.

- Ne parlez pas. 

Pendant un instant, les bras se resserrèrent, puis il fut tourné sur son ventre, des mains puissantes agrippèrent ses fesses, des pouces glissèrent entre elles, l’ouvrant, et la poussée dure s’enfonça une fois de plus dans son corps. L’inconfort initial de la pénétration était masqué par un plaisir qui le surprit alors qu’une main se faufilait sous son ventre pour s’arrêter au niveau de son bas-ventre. Cette fois, le va-et-vient rythmique était accompagné par l’habile pression qui était exercée sur son propre pénis douloureux, et il gémit son plaisir au contact de la main chaude. Puis, la fierté, la raison, son identité même furent perdues dans la brume écarlate d’une passion sensuelle alors qu’il s’offrait entièrement à la chair pressante qui l’empalait. Il poussa vers l’arrière, forçant le pénis dur à s’enfoncer encore plus profondément, se tortillant en pur abandon alors que la semence de Spock l’envahissait une fois de plus.

Kirk avait complétement perdu à présent le sens des choses excepté son propre désir dévorant. Il en voulait plus, quel que fût ce que Spock choisirait de lui faire. Il fut tourné sur son dos et le poids du Vulcain le recouvrit. Sa tête fut emprisonnée entre des mains puissantes et une bouche chaude et humide s’attacha à la sienne, la langue s’insinuant entre ses lèvres pour explorer chaque recoin de sa bouche avec une minutie lente et tenace. Habilement, il captura l’envahisseur et le suça, obtenant un hoquet de plaisir de Spock, ses mains s’enfoncèrent dans le dos tendre alors qu’il poussait ses hanches en avant, suppliant d’une voix rauque d’être à nouveau rempli. Spock s’empara de ses fesses et le souleva, soutenant les jambes de Kirk sur ses épaules afin que sa main fût libre de sonder le corps de l’Humain, l’ouvrant à son besoin.

Tout souvenir de douleur, d’humiliation et d’inconfort fut rejeté loin derrière. Kirk gémissait, son corps s’arquait en réaction à chaque mouvement de Spock. Chaque part de lui-même était explorée, prise, utilisée pour augmenter leur plaisir commun alors qu’il se donnait volontairement, l’instrument soumis du désir de Spock – et du sien.

Le Vulcain paraissait infatigable, chaque orgasme arrivant avec la puissance du premier. Kirk commença à se fatiguer finalement, sa chair fragile protestant contre la maltraitance qu’elle avait subie. Il n’émit pas un son, mais ne put réprimer un sursaut quand Spock bougea pour écarter ses jambes à nouveau.

Le Vulcain fit une pause et le regarda en clignant des yeux, une inquiétude traversa d’un coup les yeux ardents, puis il sembla changer d’avis et se dégagea de l’Humain.


- Tout va bien, murmura Kirk d’une voix rauque. Je peux… 

- Il y a d’autres moyens. 

Spock se leva et remit Kirk sur ses pieds.

- Viens.

Titubant un peu à cause de sa faiblesse, Kirk autorisa Spock à le guider jusqu’à la partie de la tente qui était fermée par un paravent. Le bain avait été vidé puis remplit à nouveau, et bien que l’eau fût plus fraîche que ce que le Vulcain aimait habituellement, elle fut très rafraîchissante pour le corps en sueur de l’Humain alors qu’ils entraient ensemble dans l’eau.

Sentant que le besoin de Spock était sous un contrôle fragile, Kirk les lava tous les deux rapidement, et quand il quitta le bain à la recherche de serviettes, Spock secoua sa tête avec impatience.

- Pas la peine, grogna-t-il, approchant l’Humain tout près de lui, mais alors qu’ils retournaient vers le lit, il fit une pause, regardant autour de lui dans la tente. Ah. Bois ceci.

Il prit la cruche d’eau sur la table et la donna à l’Humain qui la vida d’un trait avec avidité.

- Merci. 

Spock secoua la tête et poussa Kirk sur le lit. Il tendit une main vers les cuisses de l’Humain, puis il sembla se rappeler de son épuisement. A la place, il entortilla ses longs doigts dans les cheveux de Kirk et pressa le visage de l’Humain contre son bas-ventre. Rendu plus fort par le bref répit et l’eau tant attendue, Kirk réagit avec impatience à la demande des mains pressantes. Sa bouche et ses doigts travaillaient activement le pénis du Vulcain alors qu’il suçait, pressait son maître jusqu’à l’orgasme pendant que ses doigts chauds s’enroulaient autour de son propre organe, le pressant avec une excitation frénétique.

Combien de temps cela pouvait-il continuer ? Kirk se posa la question d’un air hébété alors qu’il déglutissait, levant sa tête pour aller chercher de l’air, avant de se pencher à nouveau au service de son maître. Les mains de Spock étaient sur ses fesses fouillant profondément à l’intérieur de lui, tortillant et sondant avec une pression excitante. Son pénis, fut coincé contre le corps de Spock, palpitant et pilonné de sa propre urgence, et il sentit la moiteur de son éjaculation entre leurs corps alors que la semence de Spock emplissait sa bouche.

Complétement épuisé, il s’effondra sans force entre les bras de son maître. Spock l’installa avec soin, levant la tête de l’Humain jusqu’à son épaule. Des lèvres caressèrent ses tempes, et la dernière chose dont il fut conscient avant que le sommeil s’emparât de lui fut le voile de cheveux sombre qui tombait autour de son visage alors que son maître se penchait avec possessivité au-dessus de lui.

Kirk se réveilla le matin suivant avec une sensation de pur bien-être. Il était toujours étroitement bloqué entre les bras de Spock, et pendant un instant, il rougit en se souvenant de l’abandon sensuel de la nuit précédente. Puis, il secoua sa tête, rejetant cette pensée trompeuse. Il avait pris plaisir à cela. Il en voulait encore. Le léger mouvement réveilla Spock. Le Vulcain se pencha sur un coude et l’étudia, un lent sourire entendu se dessinant sur ses lèvres minces.


- Alors. Tu as décidé de venir dans mon lit.

- Oui, monseigneur.

Etrangement, Kirk se sentait nerveux. Quoi qu’il pût admettre pour lui-même, il n’était pas prêt à…Si Spock pouvait seulement ne pas le regarder comme s’il connaissait chacune de ses pensées !

- Pourquoi ? 

Eh bien, il y avait beaucoup de raisons, s’il pouvait seulement reprendre possession de lui-même et s’en rappeler.

- Je…Satak m’a dit que vous mourriez si vous ne vous accoupliez pas…que vous n’accepteriez personne d’autre… 

- Et, logiquement, tu ne souhaitais pas perdre un bon maître ? 

- Non, bien sûr que non, je veux dire, je…

Au diable le Vulcain, esclave ou pas esclave, il n’allait pas nier la plus bouleversante expérience qu’il eût jamais faite. Il fut obligé de fermer les yeux pour retenir ses larmes, et il se laissa aller, faible, se détendant complétement dans les bras de Spock.

- J’en avais envie. Si vous en aviez envie aussi, pourquoi n’avez-vous jamais demandé… ? 

- On ne demande pas à un esclave. Et je t’avais donné ma parole, que je n’ai jamais trahie. De la même façon que je n’ai jamais pris un partenaire au lit qui n’était pas consentant, esclave ou homme libre. Maintenant que tu es venu, cependant, je vais te garder. 

- Oui, monseigneur.

Kirk ressentit un frisson inhabituel en entendant la note empreinte de possessivité dans la voix du Vulcain, et il commença à trembler quand une main glissa entre ses cuisses.

- Je souhaite voir si tu as été blessé. 

Kirk baissa les yeux sur son corps, rougissant violemment quand il vit les traînées de semence séchée qui zébraient ses cuisses et son ventre. Spock l’examinait soigneusement, son expression était satisfaite comme l’Humain ne montrait aucun signe de douleur – effectivement, sa respiration devint plus difficile, et un faible gémissement se fit entendre dans sa gorge alors que les doigts étaient retirés.

- Pour le moment, le besoin d’accouplement est éteint en moi, dit le Vulcain.

Il poursuivit d’un ton taquin.

- Cependant, je ne peux pas permettre à un esclave aussi excellent de souffrir d’inconfort. 

Avec incrédulité, Kirk regarda la tête aux cheveux luisants se pencher sur son bas-ventre, la bouche chaude et humide le caressa, la langue verte lécha, tourna autour, excita son pénis jusqu’à l’érection. Sans pouvoir se contrôler, il se cambra en avant et les douces lèvres s’entrouvrirent, le faisant pénétrer dans la chaleur de la bouche de Spock, une succion lente et délicieuse commença, se déplaçant sur toute la longueur de la trique, et il entortilla ses doigts dans les cheveux sombres, appuyant la tête de son maître plus près.

Alors que les hanches de l’Humain se soulevaient, Spock glissa une main sous lui, sondant entre les fesses frémissantes, ses doigts fouillaient profondément à l’intérieur de Kirk, produisant un plaisir presque insupportable, pendant que sa main libre tirait sur les mamelons tendus tour à tour. La succion continuelle s’accéléra et Kirk sanglota alors qu’il avait une convulsion à cause de l’orgasme, sa semence jaillissant dans la gorge du Vulcain. Puis, il fut maintenu tout près dans les bras du Vulcain, le poids de son maître pesant sur lui alors qu’une langue impatiente demandait à entrer dans sa bouche. Avec un soupir de plaisir, l’Humain s’abandonna à l’étreinte, agrippant Spock étroitement alors qu’il rendait la caresse.

L’après-midi était bien avancé quand Kirk et Spock se levèrent enfin et allèrent prendre un bain. Ils se lavèrent l’un l’autre cette fois, un lent processus, car chacun était distrait par la proximité de l’autre et le contact glissant de la chair sur la chair humide.

Un appel de Spock fit se précipiter un esclave commun avec de la nourriture. Ils mangèrent avec une faim de loup, puis ils retournèrent au lit où ils reposèrent tranquillement ensemble, explorant leurs corps avec une curiosité pleine d’admiration, prenant le temps d’être doux jusqu’à ce que le désir commençât à brûler en eux à nouveau, les conduisant à s’agripper l’un à l’autre avec une faim aveugle.

Il n’y avait aucune trace d’appréhension ou de répugnance chez Kirk à présent. Il était aussi avide que Spock, se délectant de la joie physique pure. Les caresses, riches et sensuelles, et son pur abandon réjouissaient le Vulcain. Spock pensa vaguement que les contes qu’il avait entendus sur la réactivité des Humains étaient loin de la vérité. Le corps qui se tortillait empalé sur le sien, se cambrant, tremblant, en réaction à chaque mouvement de ses mains qui l’exploraient, lui donnait un plaisir dont il n’avait encore jamais fait l’expérience. Il excitait l’Humain sans pitié, observant avec délice le tremblement impuissant de Kirk. Pendant un instant, il se demanda à quoi cela devait ressembler de subir de telles sensations, puis il rejeta la pensée. Il ne saurait jamais car un guerrier ne se soumettait pas devant un esclave, peut-être même que le soulagement dont il gratifiait Kirk ce matin-là était plus que ce qu’il aurait dû faire, mais il avait été curieux de goûter à la fraîcheur de la chair humaine. A ce souvenir, il chercha instinctivement les mamelons brun-rose, suçant avec satisfaction, alors qu’il écoutait la respiration difficile de Kirk. Puis il se tourna afin que l’Humain s’ajustât à la courbe de son corps et que sa main fût libre de manipuler le pénis de Kirk. D’une poussée brusque de ses hanches, il s’enfonça à l’intérieur de l’Humain mais excepté le mouvement de sa main, il resta complétement immobile. Le tremblement de Kirk alors que son sexe était lentement, délibérément pressé provoqua assez de friction pour le conduire à un orgasme délicieux, sa semence se déversant dans le corps frais alors que l’éjaculation de Kirk baignait sa main.

Restant en lui, Spock s’installa, languissant, pour dormir.

- Effectivement, je vais te garder, murmura-t-il.


* * * * *


Après cela, Kirk prit place dans le lit de son maître avec une anticipation avide, sachant bien qu’utilisé jusqu’aux limites de son endurance, il ne serait pas blessé ou humilié. Le Vulcain semblait toujours prendre grand soin de s’assurer que son esclave aussi fût satisfait, et une affection inavouable grandissait progressivement et lentement entre eux deux.

Kirk n’était pas, cependant, entièrement en paix. Il était bien traité, gâté même. Il avait un maître prévenant, ses journées étaient bien remplies et actives. Ses nuits étaient passées dans les bras d’un amant qui le caressait et le vouait au plaisir, il n’était pas à la merci d’un sadique. Les hommes de peine communs du camp l’enviaient, et il savait combien il était chanceux…pour un esclave.

Mais il était un esclave. Aucun privilège ne pourrait changer cela ou retirer le collier de métal solidement attaché autour de sa gorge. Quelque aisée que fût sa position à présent, il n’était pas en sécurité. Spock pouvait se lasser de lui à n’importe quel moment et le vendre. Il serait passé de propriétaire en propriétaire, de lit en lit, jusqu’à ce qu’il soit vieux, trop usé pour donner du plaisir, et alors il serait mis de côté comme homme de peine au service des hommes plus jeunes qui le remplaceraient.

Parfois, il imaginait comment cela aurait pu se passer s’il avait été libre, le compagnon de Spock, choisi par lui et librement consentant. Quel défi cela eût été – un nouveau monde à explorer et à aimer, son amant à ses côtés, une nouvelle vie à se forger dans ce monde étrange, beau et terrible ! Mais c’était un rêve impossible, et il le rejeta avec un réalisme clairvoyant, pensant plutôt aux choix qui lui faisaient réellement face.

S’il restait avec Spock, il devrait accepter l’esclavage, mettre de côté toute espoir de liberté. Il aurait à apprendre à penser et agir comme un esclave, soumettant sa propre volonté et ses propres désirs à ceux de son maître – ou à une succession de maîtres. Ce n’était pas la peine de faire semblant – toute idée romantique selon laquelle Spock pût être tellement amoureux de lui qu’il garderait l’Humain comme compagnon de vie, il la rejetait comme la pensée pieuse qu’elle était.

Même dans l’intimité de leur lit, il était toujours un esclave. Une nuit, particulièrement hardi, il avait pris l’avantage sur la douceur de Spock pour murmurer son désir presque insupportable de posséder son maître. Spock n’avait pas été en colère, mais il avait pris un ton emphatique – un guerrier ne se soumettait pas à un esclave. Spock pouvait volontiers utiliser ses mains et sa bouche pour soulager Kirk, mais plus que cela était impensable.

Une telle vie était quelque chose de naturel pour Spock, façonné comme il l’était par des générations de propriétaires d’esclaves, mais pour Kirk, c’était impossible. Quel que fut son désir de rester avec Spock, son indépendance farouche ne pourrait pas longtemps endurer la soumission.

Il faisait face également à l’idée qu’il ne serait jamais capable de rentrer chez lui. Il n’y avait aucune possibilité de retour. Jamais. Sa seule alternative, s’il estimait son intégrité en tant qu’homme, si ses idéaux de liberté et de choix devaient être préservés, reposaient dans la fuite. Et même cela ne recelait pas de promesse de sécurité. Même s’il s’arrangeait pour quitter le camp bien gardé sans se faire repérer, il y avait une énorme étendue désertique inconnue à traverser pour atteindre la médiocre cachette que les montagnes offraient à un fugitif. Seul, il serait une proie vulnérable pour les féroces le-matyas ou les sehlats sauvages connus pour errer sur les hauteurs rocheuses. D’une façon ou d’une autre, il devrait localiser l’un des groupes d’esclaves en fuite et se rallier à eux…se rallier à eux dans une vie aussi dangereuse que celle de n’importe quelle créature chassée. Et s’il était repris par un Vulcain…alors il devrait partager le destin du pitoyable malheureux qu’il avait vu se faire charcuter lors de ses premiers jours dans le camp. Mais il serait libre…et c’était le choix qu’un homme ferait…n’est-ce pas ?

Alors qu’il se posait la question, Kirk connaissait la réponse, mais pour le moment, il ne prenait aucune résolution. Il rationalisait qu’il serait plus sage d’apprendre tout ce que Spock était décidé à lui apprendre d’abord. Le plus il en saurait, le mieux il serait équipé pour survivre. C’était, considérait Kirk, la seule décision pragmatique et sensée. Il saisirait sa chance quand elle viendrait, et jusque-là il profiterait autant qu’il pourrait du plaisir tout doux-amer qu’il fût.

Kirk s’impliqua dans sa formation avec un nouvel enthousiasme, se disant que maintenant il ne satisfaisait pas simplement son maître, mais qu’il se préparait activement pour une vie de liberté. Il y avait beaucoup de leçons à apprendre, et pas seulement les habiletés des guerriers, car Spock insistait pour qu’on lui enseignât à lire et à écrire le vulcain. Sa compréhension aisée de la langue parlée l’avait d’abord étonné, mais Spock lui avait expliqué que les marchands, pour faciliter la compréhension entre des esclaves déconcertés et confus et leurs nouveaux maîtres, implantaient en chaque esclave un dispositif mécanique qui traduisait le nouveau langage, permettant à l’esclave de comprendre ce qui lui était dit. La capacité à parler suivait plus lentement. Le langage écrit, cependant, devait être appris de la façon habituelle, et Spock avait convaincu l’un des conseillers de Selon d’endosser la charge de tuteur, c’était un langage complexe et difficile, mais l’esprit vif de Kirk prenait les leçons à cœur et il fit des progrès rapides. Les textes étudiés lui servaient d’une autre façon, car alors que sa compréhension augmentait, il apprenait également plus de choses sur l’histoire et les traditions de son nouveau monde. Spock également était parfaitement disposé à parler de ces sujets avec lui, le traitant de plus en plus comme un compagnon au fil du temps.

Des choses lui rappelaient toujours son esclavage, quelques-unes offensaient Kirk amèrement. A part quand ils étaient seuls, Spock exigeait de lui l’obéissance passive attendue de n’importe quel esclave, alors il était souvent obligé de servir Spock à table, s’agenouillant humblement pour présenter les plats. Bien qu’il mangeât la même nourriture que son maître, et elle était amenée à la tente afin qu’il n’eût pas à faire la queue devant la nourriture moins appétissante servie aux esclaves communs, son assiette était toujours remplie et lui était tendue, et bien qu’on le gratifiât de la faveur inhabituelle d’être autorisé à boire du vin, il était toujours bu à petites gorgées dans le gobelet de son maître.

Par d’autres aspects, sa vie devenait plus facile. Son strict confinement dans la tente de Spock fut assoupli et il se déplaçait dans le camp avec une assurance grandissante, apprenant des choses sur la vie des guerriers. Sa garde-robe, qui jusqu’à présent avait consisté en la simple soie peu couvrante d’un esclave à plaisir, fut sur ordre de Spock élargie jusqu’à inclure des vêtements plus couvrants de cuir doux, et bien qu’ils fussent sans aucun doute pratique pour un esclave de combat, Kirk était aussi pleinement conscient, et était heureux à cette pensée, que son maître était jaloux des regards admirateurs qu’on lui portait. A part ses tuteurs, et quelques-uns des amis intimes de Spock, il était presque totalement isolé, car il n’était autorisé à parler à aucun des autres esclaves à moins de transmettre les ordres de Spock. De plus, à chaque fois qu’il sortait, l’un des amis de Spock semblait toujours se tenir à portée d’oreille. Il en était amèrement offensé, le percevant comme une preuve que son maître ne lui faisait pas confiance, mais quand un jour Satak apparut à temps pour le secourir d’une tentative d’agression de Savak, il comprit que cela était fait pour le protéger, et il était reconnaissant. Bien que cela n’était pas considéré comme correct de forcer un esclave sans le consentement de son maître, en pratique, l’incident était ignoré à moins que l’esclave fût blessé.


* * * * *


Les jours passaient pour Kirk, jusqu’à ce qu’il fût étonné par l’annonce faite par Spock un soir qu’ils quitteraient le camp le jour suivant. On avait ordonné aux guerriers novices de retourner chez eux afin de remplir leurs obligations envers leurs familles, et Spock avait l’intention d’utiliser le voyage comme un test pour savoir jusqu’à quel point Kirk avait assimilé sa propre formation. Plus avisé à présent sur les us de ce monde, l’Humain empaqueta ce qu’il considérait comme le matériel nécessaire pour le voyage à travers les déserts jusqu’à la maison de Spock, puis il se mit en boule avec une carte pour planifier le meilleur itinéraire à prendre.

Ayant pris sa décision, il soumit sa liste de matériel et l’ébauche de l’itinéraire qu’il avait choisi à Spock et il fut satisfait quand Spock le félicita.


- Je laisse le voyage entre tes mains, Jim, dit Spock. Je te demanderais de te rappeler cependant, que pour le moment, tu n’es pas habitué à voyager dans la chaleur de Vulcain. Je suggère que tu prennes cela en considération. Cela n’a aucune importance si nous passons un jour ou deux de plus que prévu à voyager. Je préférerais cela plutôt que de te voir épuiser tes forces trop tôt.

- Je m’en souviendrai, promit Kirk, intérieurement déterminé à prouver son endurance.


*****


Ils partirent à l’aube, pour commencer le voyage avant que le soleil, en se levant, enflammât la fraîcheur de l’air du petit matin. Quand le camp disparut derrière eux, Kirk laissa inconsciemment échapper un soupir de plaisir alors qu’il contemplait le paysage devant lui. Après son long confinement dans les environs immédiats du camp, le vaste espace ouvert devant lui l’enthousiasmait à la perspective de nouvelles aventures. A partir de la carte, il savait qu’ils étaient en train de longer les bords du Désert Rouge, appelé ainsi à cause de la couleur du sable rugueux. Devant eux, se dressaient les sommets escarpés d’une chaîne de montagnes, mais durant ce voyage, il ne leur serait pas demandé d’escalader. Dans quatre jours, ils quitteraient le chemin en ligne droite pour descendre à travers les riches pâturages de la vallée de Langoc vers la ville de ShiKahr et la maison de la famille de Spock.

Comme il l’avait promis, Spock permit à Kirk de tracer leur route du jour, notant avec approbation que l’Humain demanda à faire une pause durant la chaleur de la journée. Kirk avait tenu compte avec raison de sa plus grande vulnérabilité au climat et n’avait pas, comme le Vulcain avait un peu craint qu’il pût le faire, cherché à faire impression en poursuivant dans des conditions difficiles. Au lieu de cela, il montrait que ses leçons de survie avaient été bien apprises, improvisant un abri en utilisant leurs capes de protection pour apporter un peu d’ombre contre le soleil incandescent du désert. Ce fut seulement quand la chaleur eut légèrement baissé qu’il indiqua qu’il était prêt à se remettre en route, en suivant l’itinéraire qu’il avait tracé ce matin-là.

Malgré la chaleur, Kirk appréciait la promenade. Sa monture était l’un des puissants étalons montés par les guerriers, leur équipement étant porté par la bête de somme qui aurait été la sienne s’il avait encore été un esclave à plaisir. Sur Terre, chevaucher avait été l’une de ses occupations favorites, et il avait passé beaucoup de vacances en selle, explorant les régions sauvages de la campagne qui restaient inhabitées par l’homme après les ravages des Guerres de l’Eugénisme. Bien que ce ne fût pas son monde, et les animaux vulcains différaient quelque peu des chevaux auxquels il était habitué, il reprit vite l’ancien rythme, s’habituant rapidement au fait que sa monture répondait aux ordres verbaux plutôt qu’aux signaux de la main et de la jambe auxquels il était habitué.

Ils firent bon usage du reste de la journée, faisant une pause pour la nuit dans un petit oasis qui avait été indiqué sur la carte de Spock. Kirk apprécia du regard les alentours alors qu’il mettait pied à terre, trouvant que le vert tendre des plantes du désert constituait un changement bienvenu après la rudesse aveuglante du sable rouge.

La première tâche fut de s’occuper des montures, et pour cela, Spock était prêt à aider. Un guerrier au camp était assisté en toutes choses par les esclaves, mais en voyage, chacun comprenait l’importance de s’occuper d’abord des animaux desquels leurs vies pourraient dépendre.

Kirk conduisit son étalon vers le point d’eau, et il resta à regarder la bête étancher sa soif. L’eau paraissait fraîche et tentante, et il se demanda s’il serait autorisé à nager.

- Tu l’es.

Spock répondit à sa question muette, voyant l’envie dans les yeux de l’Humain avec compréhension.

- Je connais cet oasis. L’eau de la mare est alimentée et drainée par des courants souterrains. Prépare à manger pendant que je m’occupe des animaux, puis nous nous baignerons tous les deux avant de manger.

Kirk obéit, faisant un feu comme on le lui avait montré, et préparant leur nourriture à être cuisinée. Puis il lissa un carré de terrain et étala la couchette qu’ils avaient amenée. Elle consistait en un sac de couchage, léger et chaud, assez large pour eux deux. C’était, après tout, le devoir d’un esclave de réchauffer son maître dans la nuit froide du désert.

Le temps qu’ils eussent mangé, et que Kirk eût débarrassé le repas, il était très fatigué. Il s’assit sur la couverture et Spock s’agenouilla à côté de lui, le touchant légèrement. Il se demandait si le Vulcain exigerait ses services. Pendant un instant, les yeux sombres le contemplèrent, puis de façon inattendue le Vulcain sourit, prit son bras et l’attira à côté de lui.


- Pour ce soir, tu peux dormir, murmura la voix douce. Je pense que tu es trop faible pour être réactif, Jim. 

- Oui, je le suis, admit Kirk, se demandant en frémissant ce qu’aurait été la réaction de Savak à l’idée que son esclave pût avoir besoin de repos. C’est seulement parce que je suis encore un peu hors d’état, se hâta-t-il d’ajouter.

La seule réaction de Spock fut un léger sourire alors qu’il attirait l’Humain plus près, levant la tête blonde jusqu’à son épaule. Ensommeillé, Kirk se pelotonna dans la chaleur du corps pressé contre le sien, et il ferma les yeux. L’aube les trouva déjà en train de se préparer à poursuivre leur chemin. Kirk était en train de charger la bête de somme pendant que Spock remplissait à nouveau les bouteilles avec l’eau de la mare. Alors que Jim se penchait pour lever le dernier paquet et le mettre en place, il tressaillit légèrement, puis il sourit. Spock avait bien pu le laisser dormir la nuit dernière mais il avait indubitablement compensé la perte de temps ce matin-là. Si les Humains étaient estimés pour leur sensualité, pensa-t-il, les Vulcains pouvaient se prévaloir davantage de leur part d’endurance. Il se demanda ce que ça prendrait de rassasier Spock complétement et il espéra qu’il n’aurait jamais à le découvrir.

En mettant le paquet en place, Kirk se tourna pour enfourcher sa monture, quand un cri d’alerte de Spock le fit s’approcher pour voir le Vulcain encerclé par un groupe d’hommes grossièrement vêtus. Il s’avança, maudissant le fait que son glaive fût hors de portée, mais une main attrapa son épaule, le faisant basculer.


- Du calme, fiston. Tu es libre, maintenant. 

Son ravisseur était un homme humain dans la quarantaine. Ses cheveux et sa barbe sombres étaient grisonnants, son visage bronzé marqué de rides profondes, son corps mince et sec. Un collier d’esclave entourait son cou.

- Mon nom est Foster, tous mes hommes sont d’anciens esclaves.

Il sourit de façon rassurante.

- Nous avons tous fui nos maîtres, et nous avons un camp de base dans les montagnes. C’est une chance pour toi que nous soyons montés jusqu’ici. Nous venons de mener une attaque dans les villages au-delà du désert. 

- On l’a eu, Foster ! appela l’un des hommes, et Kirk regarda autour de lui pour voir que Spock, dépassé par le seul poids du nombre, était soigneusement ligoté au niveau des mains et des pieds.

- J’arrive, Tyno. Viens le regarder, fiston. Il n’est pas si dangereux à présent. 

Kirk suivit Foster vers le groupe, remarquant que beaucoup d’esclaves montraient des signes qui prouvaient qu’il n’avait pas été facile de venir à bout du Vulcain. Spock leva vers lui un regard inexpressif, du sang vert coulait sur son visage à cause d’une coupure sur sa tempe.

- Quel est ton nom, fiston, Kirk ? Nous utilisons des surnoms ici, pour ceux d’entre nous qui en ont. Nos maîtres usaient trop librement de nos noms de famille. Ca t’intéresse de te joindre à nous ? Ce n’est pas une vie facile, mais au moins tu seras libre.

- J’avais espéré une opportunité,  dit Kirk lentement. Mais serais-je le bienvenu ? J’étais…un esclave à plaisir. 

- Nous savons cela, répondit Foster. Je suis désolé, Kirk, mais nous avons vu ce que ce fils de pute t’a fait. Nous ne pouvions pas risquer de déployer le piège trop tôt au cas où il y en aurait eu d’autres comme lui dans les parages. Quant à ce que tu étais – tu ne le sais probablement pas toi-même à cet instant. Ce ne sera pas retenu contre toi. Tyno qui est ici était dans la même situation et il n’a pas eu plus de choix que tu en as eu. 

- Alors je viendrai.

Kirk pouvait à peine croire en sa bonne fortune. Non seulement il avait trouvé les esclaves libres sans même les chercher mais il n’aurait pas à endurer le voyage incertain jusqu’aux montagnes tout seul. C’était seulement un changement dans ses projets. Au lieu d’un voyage avec Spock, ce serait un voyage de libération.

- Qu’allez-vous faire de lui ? demanda-t-il en désignant Spock, qui détourna les yeux avec une parfaite indifférence.

Foster baissa les yeux vers la silhouette ligotée.

- Nous le prendrons avec nous, dit-il, nous lui crèverons les yeux d’abord, juste au cas où il devrait s’enfuir, mais c’est peu probable. De toute façon, ils en charcutent assez d’entre nous, ça vaut la peine de rendre la pareille. 

- Je vois.

Kirk dut ravaler la nausée. Il pouvait haïr jusqu’à la mort…une mort rapide, telle que Spock l’avait donnée au Pavan, mais au-delà de cela – crever les yeux, torturer. Il eut soudain froid et se sentit faible et Foster l’attrapa alors qu’il chancelait.

- T’es malade ? 

- Je…non…c’est juste que nous avons voyagé toute la journée hier, il faisait si chaud, et il ne m’a pas laissé me reposer… 

Il s’appuya sur Foster, feignant une faiblesse plus grande que celle qu’il ressentait. Pas certain de savoir pourquoi.

- C’est pas grave. Tu auras la journée pour te reposer. Il n’y a pas beaucoup de risque d’être découverts ici et nous-mêmes, nous préférons voyager de nuit. Tu te sentiras mieux d’ici-là.

Les esclaves fouillèrent rapidement et grossièrement leur matériel et ils se servirent les fruits séchés et le pain de voyage. Kirk supposait que c’était meilleur que ce à quoi ils étaient habitués. Ils installèrent une espèce de camp de fortune, un ou deux s’abritèrent ensemble contre la chaleur. Spock restait où il était tombé, et personne ne fit aucun effort pour lui fournir un abri ou de l’eau, même quand le soleil de midi cognait directement. Sur un coup de tête, pour voir jusqu’où sa « liberté » allait réellement, Kirk apporta une outre d’eau à Spock et lui offrir à boire. Le Vulcain détourna la tête.

- Pince son nez et fais-le boire, cria l’un d’eux. Nous ne voulons pas qu’il meure à cause nous – trop tôt. 

Foster avait regardé. Il approcha, agrippa les cheveux de Spock et fit basculer sa tête en arrière.

- Il peut la boire ou se la prendre, dit-il avec un geste de la main.

Kirk laissa l’eau éclabousser le visage du Vulcain, nettoyant la saleté et le sang. Il ne s’était pas vraiment attendu à ce que Spock bût à son offre.

La journée parut longue à Kirk mais il n’avait pas hâte qu’elle se terminât si cela signifiait la mutilation de Spock. Une mort propre, oui, si c’était le prix de la liberté. Mais la torture…

Spock aussi trouvait la journée longue. Quand il le pouvait, il regardait le groupe d’esclaves, leurs tentatives pour se lier d’amitié avec Kirk, la réaction incertaine de Kirk mais qui se précisait. Aussi traitre qu’il est beau, pensa-t-il. Je le pensais satisfait, mais il s’agissait seulement du simulacre d’un esclave. Peut-il être blâmé de désirer la liberté ? Une question intéressante, mais pas l’une de celles à laquelle il devait s’intéresser maintenant. Un esclave était un esclave. Un félin de chasse retiré à la nature pouvait être formé, éduqué – mais il n’y retournait pas. Ils perdaient la volonté de se débrouiller tout seuls. Il connaissait l’espérance de vie que ces esclaves pouvaient espérer – la pauvreté de cette vie et la peur. Il ne voulait pas cela pour Jim. Un maître sage récompensait l’obéissance et punissait le défi jusqu’à ce qu’il n’y eût plus de pensée. Un félin bien entraîné attaquerait un sehlat pour protéger son maître blessé, ainsi devrait se comporter un esclave. L’intervalle entre l’ordre et son accomplissement était la mesure d’une bonne formation – il avait négligé beaucoup de choses à cause de son indulgence pour cet esclave. Et bien que ligoté, sous le coup d’une sentence, il savait toujours qu’il attendait plus de James Kirk que de la simple obéissance. Et c’était de la pure folie, cela allait à l’encontre des croyances sous lesquelles il vivait, et cela l’avait mené à la mort.

Kirk disait qu’il se sentait assez bien pour aider au repas que les esclaves préparaient ce soir-là.

J’ai été bien formé, dit-il d’un air contrit. J’ai servi assez de vin épicé. Pour une fois, j’aimerais le goûter.

Sa suggestion fut bien accueillie, et il vit le vin faire effet, avec quelque satisfaction.

Même Spock, avec le froid de la nuit qui arrivait, affrontant l’épreuve, but sans protester. Kirk n’avait pas de moyen de savoir, et Spock ne l’admettrait pas, même pour lui-même, que ce n’était pas le vin qui le réchauffait, mais le contact d’une main humaine en particulier, le parfum de la chair alien…


* * * * *


Spock se réveilla doucement en prenant conscience qu’il reposait confortablement enveloppé dans le sac de couchage devant un feu éclatant. Ses mains étaient libres et le temps semblait ne pas avoir passé du tout, mais il sut tout de suite qu’ils étaient dans un lieu différent. Les trois bêtes étaient attachées non loin, et Kirk, seul, était agenouillé à s’occuper du feu. Sa vision se brouilla pendant un instant, et il reconnut le symptôme comme une conséquence de sa blessure à la tête. Le lieu du campement était familier, également, et il était à deux jours de voyage de l’oasis où les esclaves s’étaient emparés de lui.

Le bruissement produit par ses mouvements alors qu’il essayait de se mettre assis amena Kirk instantanément près de lui.


- Soyez prudent, dit-il.

Un bras glissa autour de ses épaules pour le soutenir.

- Vous pouvez voir un peu mieux ? Vous vous souvenez de ce qui s’est passé ? 

Spock ignora la question.

- Apporte-moi de l’eau, ordonna-t-il.

Au ton employé, un peu de vitalité sur le visage de Kirk se dissipa doucement et ses épaules tombèrent.

- Oui, maître, dit-il.

Il y avait quelque chose dans le ton qui n’avait pas sa place ici, et Spock convoqua le souvenir de quelque chaîne de pensée qu’il avait eue plus tôt, après sa capture, mais elle lui échappa. L’eau clarifia sa tête et sa mémoire, cependant, et il ne se souvenait de rien qui pourrait expliquer les deux jours d’inconscience.

- Que s’est-il passé ? demanda-t-il.

- J’ai…j’ai drogué les renégats. 

- Et moi ? 

- Oui, monseigneur. 

- Pourquoi ? 

- Parce que je ne pouvais pas vous libérer. Ils étaient mon peuple, et des hommes libres. A cette heure, ils sont loin, hors de portée. En sécurité…dans les montagnes. 

Spock brisa le silence avec un nouvel ordre.

- Plus d’eau.

Sans un mot, Kirk remplit la coupe et la tendit.

- Tu aurais pu partir avec eux. Tu as risqué la mort pour te libérer une fois auparavant, cette fois il n’y avait aucun risque. Pourquoi n’es-tu pas parti ? 

- Vous étiez blessé, même si j’avais pu les persuader de vous laisser partir, ou les tromper d’une façon ou d’une autre en leur laissant penser que vous vous étiez enfui – vous auriez été seul et sans défense dans le désert. Vous aviez de la fièvre – vous déliriez. J’étais un homme avant que Vulcain ne fasse de moi un esclave, Spock. Vous m’avez sauvé de la torture. A présent, j’ai fait la même chose pour vous !

- Jim…

Kirk se détourna, cachant des larmes d’épuisement, d’effort soutenu et de désespoir.

- S’il vous plaît, laissez-moi tranquille ! 

- Mais tu as été… 

- Un animal domestique loyal, docile et obéissant !

Kirk se retourna.

- Vous avez parlé dans votre sommeil, Spock. Au sujet de comment former les félins de chasse et les esclaves. J’ai abandonné ma liberté pour un discours sur la modification du comportement. Quand un homme n’est–il plus un homme ? Quand il est un esclave. Ce que je suis, par mon propre choix !

- Si tu regrettes…

- Regretter ?

Kirk se mit à rire durement.

- Bien sûr que je regrette ! Je pourrais être libre à l’heure qu’il est, et je sais que vous ne me donnerez jamais une autre chance après cela, et je suis un idiot… 

Il chancelait en parlant et le Vulcain leva les yeux sur lui brusquement.

- Combien de temps avons-nous voyagé ? 

- Depuis que nous sommes partis, toute la nuit et tout le jour. J’avais peur qu’ils se mettent à notre poursuite. 

- Tu es resté trop longtemps au soleil. Jim, viens ici. 

Kirk tomba à moitié sur ses genoux à côté de Spock, pris de vertiges, nauséeux, désirant partir, se haïssant de vouloir le faire, incapable d’arrêter les larmes.

- Que pouvais-je faire ? demanda-t-il impuissant. Ils allaient vous tuer. 

Spock rapprocha la silhouette tremblante tout près de lui, berçant la tête blonde contre son épaule.

- Je sais, dit-il d’une voix apaisante, je sais. C’est fini maintenant. Dors.


*****


Le matin suivant, Spock avait recouvré ses forces, et c’était Kirk qui était apathique et faible au point que Spock pensa à se reposer pour la journée. Il décida de continuer cependant parce qu’ils étaient à seulement une demi-journée de voyage de son foyer, et si l’état de l’Humain empirait, il voulait un guérisseur à portée de main. Par mesure de précaution, il fit monter l’esclave devant lui pour voyager, le dissimulant dans les pans de sa légère cape de protection. Kirk dormit la plus grande partie du temps, se détendant avec confiance dans la courbe du bras de son maître, et Spock se surprit à lutter contre une tendresse étrange et possessive alors qu’il baissait les yeux sur le visage apaisé.

Sincèrement, il était plutôt perplexe. L’Humain aurait pu être libre, mais il avait choisi de rester en esclavage, pas parce qu’il le souhaitait, ou parce qu’il avait été formé au point d’obéir aveuglément, mais pour protéger l’homme qui le possédait, et dont la possession le faisait souffrir. La possession, pas Spock lui-même. La réactivité imprudente était sincère. La souffrance était sincere. Si Kirk avait été libre, quel guerrier il aurait fait. Sorti des mains sadiques de Savak, en sécurité, Kirk avait fait preuve d’une force de caractère qu’un homme devait respecter et pour la première fois Spock commença à comprendre comment il était possible de ressentir…de l’affection pour un esclave. Il baissa les yeux sur le corps chaud dans ses bras. Il n’était pas seulement un esclave de couche, le corps qui réagissait possédait sa résistance et sa force propres. Les yeux à la couleur dorée du vin qui pouvaient luire avec tant de douceur sous le coup de la passion pouvaient aussi devenir inflexibles quand il était déterminé, et la bouche, chaude et séductrice, se durcir quand il était résolu.

Sans presque en avoir conscience, Spock avait oublié tous ses projets de prendre un compagnon de sa propre race. Kirk était celui qu’il voulait, et ses bras se resserrèrent avec la détermination de le garder. Penser…il devait penser, planifier, trouver une solution…La pression croissante réveilla Kirk, et ses lèvres aimables dessinèrent un sourire moqueur.


- Je pensais que nous étions en train de dormir, dit-il.

- Nous y sommes presque. Tu peux voir la maison maintenant. 

Rafraîchi par son repos, Kirk était assis, vigilant, alors qu’ils entraient dans la cour, mais Spock avait refusé de le laisser reprendre sa propre monture. Il resta silencieux alors que les esclaves domestiques se précipitaient pour accueillir Spock à la maison, se sentant un peu dépassé par la taille imposante de l’édifice tentaculaire devant lui. Il suivit étroitement les talons de son maître, alors que Spock se précipitait à l’intérieur, pour être accueilli par un beau Vulcain plus âgé qui souriait de plaisir à son arrivée.

- Tu es le bienvenu, mon fils.

L’homme fit un geste en direction de l’activité des esclaves.

- Comme tu le vois, tu es en peu en avance sur l’heure à laquelle nous t’attendions. 

- J’aurais aussi pu arriver avec beaucoup de retard, sans mon esclave. 

Kirk s’agenouilla avec respect alors que le Vulcain plus âgé se tournait vers lui. Spock narra sa capture par les renégats, et le visage de son père s’assombrit.

- Je vais ordonner des recherches. 

Spock sentit la tension dans la silhouette agenouillée à côté de lui.

- C’est inutile, je le crains, Sarek. Ils auront atteint leur bastion caché à l’heure qu’il est.

Sans regarder, il perçut le subtil relâchement de la tension.

- Un danger chronique. Nous monterons une campagne contre eux un jour et nous y mettrons fin. Mais tu as eu de la chance que ton esclave soit resté fidèle. Humain, n’est-ce pas ? Il y a longtemps que l’un de son espèce a servi dans cette maison. Il est beau pour un alien…à sa façon, bien entendu. 

- Beau, intelligent et courageux. Il est formé à me servir au combat et il fait d’excellent progrès. 

- C’est étrange. Je n’ai jamais entendu parler d’un esclave à plaisir fait pour porter les armes. Pourtant, je suis d’accord, ce serait dommage de gâcher un tel esprit. Maintenant, voudrais-tu te reposer un moment après ton voyage ? J’attends de toi que tu participes au dîner de famille ce soir, puis T’Pring t’attendra pour te servir. J’ai confiance qu’elle te donnera un enfant en bonne santé. 

- Oui, je vais me reposer, Sarek, dit Spock, plus inquiet pour son esclave que pour lui-même. Viens, James. 

Kirk le suivit alors que Spock ouvrait le chemin hors du vestibule. Devant une porte décorée, le Vulcain hésita puis il fit signe à Kirk d’entrer.

- Le Salon des Ancêtres,  dit-il posément. Ici, reposent les cendres de ma famille. 


Kirk regarda autour de lui, il se trouvait dans une longue et étroite galerie. Elle était sans meubles, brillamment éclairée par des appliques murales. Des rangs et des rangs de petites alcôves longeaient les murs, chacune contenant une boîte décorée de pierres précieuses. Sous chaque niche se trouvait une tablette gravée, que Kirk se trouva capable de déchiffrer. Il s’agissait de tablettes funéraires, décrivant la lignée et les accomplissements des membres de la famille de Spock. Le Vulcain fit une pause devant la dernière alcôve et ses doigts allèrent toucher révérencieusement la boîte.

-Ma mère, dit-il simplement.

Kirk traça soigneusement du doigt la courte inscription en mémoire de Dame T’Pavra, donnant simplement sa lignée familiale, le nom de son mari, Sarek, et celui de son fils.

- Elle est morte il y a deux ans, poursuivit Spock. Je suis heureux qu’elle ait pu vivre pour prendre mon fils dans ses bras, et pour voir la perpétuation de notre lignée familiale. C’était sa grande fierté que je sois accepté pour la formation de guerrier. Je regrette car elle ne pourra pas me voir lors de mon initiation.

- Je n’ai jamais connu ma mère. 

Kirk tendit la main impulsivement et toucha le bras du Vulcain.

- Au moins, vous l’avez connue…et vous l’avez aimée. 

Spock ne fit aucune réponse, apparemment absorbé dans ses souvenirs. Kirk étudia les tablettes toutes proches, ne voulant pas déranger, jusqu’à ce qu’un nom le fit sursauter de surprise. Sous l’alcôve de T’Pavra une petite tablette tout en pierre avait été installée dans le mur. Elle portait un unique mot, le nom : « Amanda ».

- Ca, c’est un nom humain, murmura Kirk.

- Hmm ? Oh, ceci. C’est une tradition de garder ici le souvenir d’un esclave qui sert bien la famille, bien que leurs cendres ne soient pas conservées. 

- Qui était-elle ? 

- Amanda était une femme humaine, qui a été amenée sur Vulcain. Elle a servi ma mère durant de nombreuses années. Je me souviens très bien d’elle. Elle s’occupait de moi quand j’étais enfant, et ma mère la considérait presque comme une amie. A l’âge de huit ans, j’ai été mordu par un lézard venimeux. Amanda a sucé le poison de la blessure et elle est morte quand il est entré dans son corps. C’était le souhait de ma mère que l’on se souvienne d’elle ici. T’Pavra n’a porté qu’un seul enfant, et si j’étais mort, ma famille, l’une des plus anciennes de Vulcain, se serait éteinte en ligne directe. Alors nous honorons sa mémoire. 

- Elle devait beaucoup vous aimer.

Kirk toucha la tablette doucement, ses pensées s’attardant sur la femme du nom d’Amanda, morte depuis longtemps, qui avait donné sa vie pour l’enfant d’une autre femme.

- En effet. Mais viens, Jim, il n’y a que des souvenirs ici.

Touchant le bras de Kirk, Spock le conduisit hors du salon, le long du couloir, jusqu’à une aile séparée de la maison.

- Mes appartements privés, expliqua-t-il. Mon père entretient une grande maisonnée, mais ces pièces sont exclusivement les miennes. Pour le moment, je ne possède aucun esclave à part toi, alors mon père fournira des domestiques pour nous servir. 

- C’est magnifique, souffla Kirk, en regardant autour de lui la pièce dans laquelle ils se tenaient.

Deux murs, et le lit, était drapés de tentures brodées, aux riches motifs primitifs. La porte par laquelle ils étaient entrés formait une partie d’un mur peint montrant un jeune guerrier à la chasse. Kirk pensa y déceler une ressemblance avec Spock. Sur le quatrième mur, une série de portes à arc s’ouvraient sur une terrasse et au-delà sur un jardin entouré de clôtures, duquel il pouvait entendre le doux écoulement d’une fontaine.

- Lashmi ! Est-ce que tu es venue m’accueillir, ma vieille amie ?

Spock s’agenouilla par terre à côté d’un grand félin de chasse, caressant la large tête avec affection. La bête ronronna à son contact.

- Viens faire connaissance avec elle, Jim. Elle est trop âgée pour m’accompagner à présent, mais ses petits sont en train d’être formés. Je t’en donnerai un. 

Kirk se pencha pour caresser la douce fourrure. De grands yeux verts l’étudiaient puis une langue rugueuse lava soigneusement son visage. Kirk se mit à rire, et il gratta les oreilles dressées, obtenant un ronronnement profond et guttural.

- Bien. Maintenant elle te connaît. Même si elle est âgée, Lashmi déchiquetterait un intrus, mais elle protégera tout ce qui peut m’appartenir.

En se levant, Spock souleva une tenture et conduisit Kirk à l’intérieur d’une salle de bains bien aménagée. Deux esclaves s’avancèrent pour les aider à se déshabiller, et les aider au bain.

- En tant qu’esclave attaché à ma personne, ici, on doit te servir, expliqua Spock comme ils retournaient dans la chambre. Malheureusement, poursuivit-il d’un air désolé, je dois me priver du plaisir de ton corps. Ce soir, je dois remplir mon devoir envers ma famille, mais j’avoue que je trouve l’idée de te prendre infiniment plus attirante. 

- Plus que T’Pring ? 

- Je ne l’ai jamais vue. Mon père l’a sélectionnée comme étant la candidate la plus appropriée. 

- Candidate ?

Kirk était perplexe, conscient de combien peu il connaissait les coutumes des mariages vulcains.

- Pour porter mon fils. Elle sera, bien entendu, un membre de notre famille, mais de l’une des branches mineures. Comme elle a peu à offrir en dot, il a été difficile pour son père d’arranger une union convenable. Mais en tant que mère pour l’héritier de la Maison, cependant, elle sera bien pourvue et un mari acceptable lui sera trouvé. Tu comprends ? 

- Pas vraiment, avoua Kirk. Je sais que les guerriers n’ont pas l’utilité des femmes, mais il semble qu’aucun de vous n’en ait. Comment se sent T’Pring à ce sujet ? Vous ne traitez pas vos femmes beaucoup mieux que vos esclaves.

- Tu ne dirais pas cela si tu connaissais ma Tante T’Kara, dit Spock. Un jour, je t’expliquerai tout cela, mais contente-toi de savoir que T’Pring est plus satisfaite que je le suis de cette union. Maintenant nous allons nous reposer. 

L’un des esclaves tira des rideaux pour couvrir les fenêtres alors que Spock s’étirait sur le lit, laissant reposer sa tête sur la poitrine de Kirk. L’Humain referma ses bras autour de son maître et le tint ainsi pendant qu’il dormait. Il ne comprenait pas, lui-même moins que les autres, mais c’était le seul bonheur qu’il connaissait encore, seulement tenir Spock contre lui. Il profiterait de ceci pendant qu’il le pourrait.

La soirée était bien avancée quand un esclave respectueux les réveilla. Spock donna des ordres rapides et des vêtements furent apportés pour chacun d’eux, une riche toge brodée pour le Vulcain et une tunique d’épaisse et lourde soie pour son esclave.

- Tu t’habilleras ainsi en public. Ta beauté sera admirée, mais je ne veux pas que les autres posent leurs regards sur toi trop librement.

Kirk sourit à la note de jalousie dans la voix de Spock, puis il se mit à rire alors que les mains chaudes et caressantes ouvraient la tunique soigneusement arrangée, caressant sa peau nue.

- Dans mes appartements cependant, dit Spock en riant à son tour,

tu te promèneras nu. 

Avant qu’ils fussent trop excités, il referma la tunique et noua la ceinture fermement.

- Viens, mon père va nous attendre. 

Pas seulement Sarek, mais beaucoup des membres de la famille de Spock attendaient dans la salle à manger quand Kirk entra timidement à la suite de son maître. Spock avait expliqué que la vaste et tentaculaire demeure ancestrale abritait beaucoup des branches mineures de la famille. Sarek était à la tête du clan, Spock étant son héritier direct, tandis que le fils de trois ans de Spock assurait la perpétuation de la ligne directe de la descendance.

Chacun des Vulcains était servi par un esclave – Kirk était le seul Humain – et à sa grande surprise, il y avait un certain nombre de femmes vulcaines présentes. Spock se joignit au groupe à table, et Kirk prit position à côté de sa chaise, s’agenouillant la tête respectueusement baissée. Il ne put pas résister cependant et lançait à l’occasion un regard autour de lui, et son attention se fixa sur le groupe de femmes assises ensemble.

L’une d’elles, jeune, et extrêmement belle, était appelée T’Pring par ses compagnes, et ce fut au tour de Kirk de ressentir une jalousie inattendue. C’était la femme qui devait partager le lit de son maître. Les esclaves domestiques servaient la nourriture, alors il avait tout loisir d’observer et Spock, à présent ne lui prêtait aucune attention, bien que Kirk ne pouvait pas être certain de savoir si cela était dû à un manque d’intérêt, ou simplement à une coutume vulcaine.

Quand les Vulcains eurent fini de manger, leurs assiettes furent tendues à leurs esclaves. Certains faisaient simplement passer leurs restes, mais quelques-uns, dont Spock, demandèrent les plats de service et s’assurèrent que leurs esclaves avaient un bon repas.

Puis le groupe se déplaça vers un vaste salon, confortablement meublé, où ils s’installèrent pour discuter de tout et de rien. Kirk, imitant les autres esclaves, se recroquevilla aux pieds de son maître. Il prenait peu d’intérêt à la conversation qui circulait autour de lui, car cela semblait relever d’affaires familiales. Au lieu de cela, il observait les visages avec intérêt, car c’était les premiers Vulcains qu’il voyait, à part les vendeurs d’esclaves et les guerriers et il voulait comprendre les Vulcains dans leur environnement habituel.

L’un des esclaves de la maison s’agenouilla devant Spock, offrant respectueusement une corbeille de fruits. Le Vulcain prit deux fruits et en tendit un à Kirk, qui le trouva doux et délicieux.

- Tu pourris cet esclave, Spock. 

- Peut-être, Stonn, mais il me paie en retour…de bien des façons.

Spock leva les yeux paresseusement, prenant acte de l’arrivée d’un Vulcain de son âge qui prit un siège tout proche. Le nouveau venu était assisté par une femme à la peau verte qui dévisageait Kirk avec dédain.

- Je ne sais pas comment tu peux souffrir un homme dans ton lit, poursuivit Stonn de l’air d’un homme qui reprenait le fil d’une discussion interrompue. Sûrement une femme…

- Laisse ton cousin tranquille, Stonn, interrompit l’une des Vulcaines âgées. Tu sais que Spock n’a pas la permission de toucher une femme, à part pour engendrer des enfants.

- Je vous demande pardon, ma Tante.

Stonn se leva et fit un signe de tête.

- Je ne voulais pas t’offenser, Spock. 

- Il n’y a pas de mal. 

La femme vint les rejoindre et Spock se mit debout jusqu’à ce qu’elle fût assise.

- Je te félicite, mon neveu. Tu as une beauté ici, l’un des plus beaux esclaves à plaisir que j’ai jamais vus, et on me considère comme un bon juge. Tu ne le prêterais pas pour réconforter une pauvre vieille femme ? 

- Je regrette, Tante T’Kara, dit Spock en souriant affectueusement. Après une nuit avec vous, il se pourrait qu’il soit réticent à retourner dans mon lit. 

- Ha ! Flatteur ! dit la femme en riant. Si j’avais vingt ans de moins, je ferais en sorte qu’il le soit. J’ai toujours eu du goût pour un joli favori. 

Kirk regardait, incapable de comprendre quelle était la position des femmes dans cette société. Spock avait parlé de mariages arrangés, de dot, de femme sélectionnée pour porter l’enfant d’un homme qui n’était pas son mari – et pourtant T’Kara se mêlait aux hommes sur un pied d’égalité et on lui marquait de la déférence. Son âge seul ne semblait pas l’expliquer, car il voyait à présent que Sarek menait une discussion animée avec une jeune femme qui était assise près de T’Pring. Ne souhaitant pas être pris en train d’observer, il retourna son attention à Spock.

- Il est plus qu’un favori, Tante.

Spock baissa une main pour jouer machinalement avec les cheveux de Kirk.

- Son esprit est aussi fascinant que son corps. 

- Et on m’a toujours dit que les mâles humains étaient des barbares ! Tu ferais mieux de veiller sur lui cette nuit, Spock, ou il se pourrait que je marche dans mon sommeil et que je me retrouve dans tes appartements. 

- Lashmi veille sur ce qui m’appartient.

Le ton de Spock était léger mais sa voix contenait une note de mise en garde et ses doigts se serrèrent de façon possessive dans les cheveux de Kirk.

- Cependant, vous avez raison sur une chose, je dois le faire confiner pour la nuit. 

De retour dans ses appartements, Spock regarda Kirk sans le quitter des yeux.

- J’ai arrangé avec mon père que seuls des eunuques t’assistent, et Lashmi montera la garde, afin que tu sois en sécurité ici jusqu’à ce que je revienne. Mais d’abord…

Il tendit une main, défit la tunique de Kirk et l’ôta. Pendant un instant, il étudia le corps nu, puis il attira Kirk dans une étreinte féroce, ses mains caressant les fesses lisses, glissant pour remonter vers son dos. Kirk s’agrippa à lui, offrant sa bouche aux lèvres qui descendaient et qui le gratifièrent d’un baiser vertigineux qui le laissa affaibli, sans forces et tremblant. Spock s’arracha à lui avec un gémissement et il recula.

- Jusqu’à demain, murmura-t-il, et il était parti.

Seul, Kirk fit le tour de la chambre avec agitation. Le contact de Spock l’avait enflammé, mais il n’y aurait pas de soulagement cette nuit-là et quand il s’allongea finalement sur le lit ornementé, le sommeil le quitta.

Malgré ses efforts pour ne pas y penser, son esprit persistait à errer vers Spock, vers ce que son maître était en train de faire et la jalousie envers T’Pring brûlait en lui. Il gémit, sentant la douleur sourde dans son bas-ventre alors que le souvenir des doigts durs de Spock sondant entre ses fesses emplissait son esprit de flammes douces et séduisantes. Lentement, ses mains glissèrent sur son corps, essayant de rappeler la sensation du contact de Spock, jusqu’à ce qu’il tendît une main et enroulât ses doigts autour de son pénis palpitant, se caressant alors qu’il imaginait Spock en train de s’enfoncer en lui, son corps réagissant avec une avidité dévorante aux images, douloureux, pris de frénésie pour obtenir le soulagement – et incapable de l’atteindre. Il gémit et se tordit sur le lit jusqu’à ce qu’il fût épuisé, puis il tituba jusqu’à la salle de bains pour noyer son désir dans l’eau froide. Quand il retourna au lit, il enfonça son visage dans un oreiller, referma ses mains sur un pilier sculpté ornementé. Progressivement, il sombra dans un sommeil agité.

Au matin, Kirk se réveilla en trouvant un poids chaud étendu à côté de lui sur le lit. Avec un murmure de satisfaction endormi, il roula sur lui-même et se pressa tout contre lui. De la fourrure douce, non pas la peau lisse qu’il attendait, caressa sa joue. Il ouvrit ses yeux, seulement pour trouver la gueule pleine de curiosité de Lashmi qui le scrutait. Se sentant un peu idiot, il caressa les oreilles soyeuses et une langue humide et rugueuse baigna son visage en guise d’approbation alors que le grand félin commençait à ronronner.

Un mouvement dans la pièce attira son attention et il leva les yeux pour voir un esclave qui apportait un plateau. L’homme portait la tunique verte qui désignait un eunuque, un esclave qui avait été castré pour servir les femmes et les esclaves à plaisir de la maison.

Kirk fut sur le point de se lever quand la chaleur qui le démangeait entre ses jambes l’avertit qu’il était toujours sexuellement excité. Embarrassé, il chercha ses vêtements, mais il ne les trouva pas.


- Voudrais-tu m’apporter mon peignoir, demanda-t-il timidement.

L’esclave secoua sa tête.

- Le maître l’a interdit, monsieur, dit-il respectueusement.

Kirk se souvint que c’était le cas et il haussa les épaules. Tout le monde dans la maison devait savoir à l’heure qu’il était ce qu’il était pour Spock. Avec une indifférence qu’il était loin de ressentir, il sortit du lit et se dirigea vers la table.

Après qu’il eut mangé, l’esclave transmit d’autres instructions. Il devait être aidé au bain. Sous le regard sans expression de l’esclave, même l’eau froide ne put pas détendre son érection, et quand l’esclave s’en alla, une seconde tentative de masturbation se révéla également inutile.

Frénétique, Kirk faisait les cent pas dans la chambre, se languissant de Spock au fur et à mesure que les heures passaient, son esprit devenant un nuage bouillonnant de jalousie et de désir alors qu’il imaginait son amant s’attarder avec la femme T’Pring, lui donnant à elle les caresses qu’il désirait, lui.

Pour passer le temps, il explora le jardin entouré d’une clôture, trouvant une mare où il pouvait nager. Il s’allongea sous le soleil un court moment pour se sécher, mais son maître estimait la blancheur inhabituelle de son corps, et il n’osa pas risquer de bronzer. Bientôt, il fut forcé de rentrer à l’intérieur. Lashmi était sa seule compagnie, et il parlait à haute voix à l’animal intelligent, déversant dans ses oreilles patientes tout son amour et son envie de Spock.

Alors que le désir devenait plus vif, Kirk se trouva attiré par la peinture murale, vers l’image du jeune homme qui lui avait rappelé Spock. A un moment, désespéré, il se mit sur la pointe des pieds et embrassa l’image peinte, pressant ses organes génitaux gonflés sur le mur frais. Puis, honteux, il alla se promener dans le jardin à nouveau.

Il ne fut pas dérangé avant la fin de l’après-midi. Alors deux des eunuques entrèrent et préparèrent une petite table pour un repas. Kirk les regardait, lamentablement conscient de l’organe en érection entre ses jambes mais aucun d’eux ne modifia son expression le moins du monde. Ils devaient être habitués aux esclaves à plaisir, mais il n’était pas habitué à en être un ! Alors qu’ils s’en allaient, Spock entra finalement, retirant sa toge alors qu’il approchait de l’Humain. A la vue de ce puissant corps nu, le pénis de Kirk palpita.


- Tu sembles quelque peu embarrassé, Jim.

Il y avait de l’amusement dans la voix de Spock.

- Viens me prendre dans tes bras.

Ses mains se refermèrent sur les bras de Kirk, l’attirant à lui. Kirk lutta violemment, et totalement surpris, le Vulcain le laissa aller.

- Jim ? Qu’est-ce qui ne va pas ?

- Ce qui ne va pas ?

Kirk détourna la tête pour cacher la douleur dans ses yeux.

- Je pensais que vous vous souciiez de moi. Je n’ai pas pu dormir la nuit dernière, je vous désirais, j’étais jaloux de T’Pring. J’ai attendu toute la journée, heure après heure, et vous ne veniez pas. 

Sa voix devint plus profonde.

- Vous avez obtenu de moi ce que vous vouliez, n’est-ce pas ? J’aurais pu partir avec Foster…vous prendre pour vous mettre à l’abri. Ce n’était pas parce que vous étiez blessé, ou pour rembourser une dette. Je n’ai pas autant de fierté ! Je n’en ai aucune ! Je ne pouvais pas supporter de ne plus vous voir parce que je vous aime.

Le feu l’abandonna et il s’effondra sur le bord du lit.

- Mais bien entendu, je ne suis qu’un esclave, alors ça n’a pas d’importance. Vous prenez seulement ce que vous voulez et vous ne donnez rien. Je pensais que je ne pourrais pas supporter la solitude – mais c’est ça que je ne peux pas supporter… 

Les larmes qui éraillaient sa voix menaçaient de se répandre et il laissa tomber sa tête pour les cacher.

- Jim.

Les mains de Spock étaient douces sur ses épaules.

- Jim, tu as tort. Je t’aime moi aussi.

Incapable de croire ce qu’il entendait, Kirk n’opposa aucune résistance alors que les puissantes mains levaient sa tête afin que ses yeux rencontrassent ceux de Spock.

- Je t’aime, répéta le Vulcain. Plus tard nous parlerons, car il y a beaucoup, beaucoup de choses que tu dois apprendre, mon barbare, mais pour le moment, tu dois me croire. Je ne peux pas supporter ton chagrin. 

Pour la première fois, Kirk entendit de l’incertitude dans la voix habituellement assurée, lut une supplique presque mélancolique dans les yeux sombres. « Je ne peux pas supporter ton chagrin », ceci venait de Spock alors qu’il aurait pu mourir sans même supplier.

Lentement, Kirk fit un signe de tête.

- Je vous crois. Du moins, je crois que vous le croyez. Je croirai ce que vous voulez, si seulement vous m’aimez. 

Le Vulcain hésita, troublé par la résignation impuissante de Kirk. Il y avait tellement de choses qu’il voulait dire, pour que l’Humain comprît, mais le besoin écrasant de Kirk à présent demandait une preuve physique de son amour, et il ne pouvait pas résister au corps tremblant pressé contre le sien.

Kirk soupira alors que les bras de Spock venaient l’entourer et qu’une langue humide et chaude sondait ses lèvres urgemment, il ouvrit sa bouche, accueillant l’envahisseur, tandis qu’il passait sa main entre leurs deux corps étroitement pressés pour caresser l’organe partiellement érigé du Vulcain. Spock gémit à son contact et il commença à le pousser sur le divan, écartant ses jambes en grand pour pouvoir s’agenouiller entre elles, ses mains explorant le corps réceptif.

Les mamelons petits et tendres tentaient Spock irrésistiblement, et sa bouche s’attardait sur chacun d’eux tour à tour, les sentant se tendre sous sa langue. Kirk se cambra en avant, se pressant plus près, ses yeux à demi clos fixés sur le visage plein de passion qui reposait sur sa poitrine.

Soudain, par-dessus l’épaule de Spock, il vit la porte s’ouvrir et les deux esclaves domestiques entrer dans la pièce en portant des plateaux de nourriture. Spock devait les avoir entendus, pensa-t-il de façon chaotique, mais le Vulcain ne fit aucune tentative pour le libérer, au contraire, il commença à lécher lentement, sensuellement le ventre de l’Humain, ses dents appuyant légèrement contre la chair fraîche.

Kirk rougit furieusement et repoussa les larges épaules.


- Spock, s’il vous plaît ! murmura-t-il, il y a…nous ne sommes pas seuls.


Si Spock entendit le murmure étouffé, il l’ignora et Kirk commença à se débattre pour de bon, terriblement embarrassé. Les deux esclaves commencèrent à servir le repas mais il savait qu’ils étaient en train d’observer…Il pouvait sentir leurs yeux, ressentir leur curiosité. Privés par leur condition de tout plaisir sexuel, ceci était leur substitut, un intérêt salace pour les liaisons de leurs maîtres. Kirk avait entendu assez de bavardages d’esclaves au camp pour savoir que ces deux-là allaient relater avec impatience à leurs camarades tout ce à quoi ils avaient assisté et embelliraient de façon obscène chaque détail intime.

Des larmes d’humiliation piquèrent les yeux de Kirk. Il avait pensé qu’il avait fait l’expérience des profondeurs de la honte quand les amis de Savak l’avaient ravagé, mais ça… ! Jusqu’à présent, Spock avait montré de la considération. Bien que les esclaves du camp l’eussent certainement vu dans le lit de son maître, le Vulcain n’avait encore jamais auparavant fait usage de lui en public, s’assurant toujours que le corps de Kirk fût dissimulé si quelqu’un entrait dans la tente.


- S’il vous plait ! sanglota-t-il à nouveau, repoussant vainement les bras rigides autour de lui et cette fois, Spock réagit, lançant un regard autour de lui pendant un instant en suivant la direction des yeux de Kirk, puis il regarda Kirk à nouveau, le visage marqué par l’incompréhension alors qu’il baissait sa tête pour reprendre ses caresses.

Il ne se laisserait pas distraire à nouveau, Kirk le savait, et pendant un instant, la colère l’enflamma, puis il réalisa qu’aussi étrange que cela paraissait, Spock réagissait comme n’importe quel Vulcain le ferait. Dans cette culture esclavagiste, un homme libre allait totalement ignorer la présence d’un esclave, même en parlant des sujets les plus personnels, avec une parfaite indifférence au fait qu’on était en train de l’écouter. Aucun homme ne retenait sa langue ou ses gestes en présence d’un animal, pourquoi devrait-il le faire en présence d’un esclave.

Kirk cessa de se débattre – et en faisant cela, il concéda amèrement qu’il avait accepté son statut d’esclave à plaisir. Maintenant, tout ce qu’il avait à faire, c’était, d’une façon ou d’une autre, d’apprendre à vivre avec sa reddition ou de faire face aux conséquences s’il ne le pouvait pas. Mais il penserait à cela plus tard. Les besoins de son corps le possédaient à présent et il ne pouvait pas penser au-delà de la faim qui brûlait en lui.

Pris de vertiges, haletant pour aspirer de l’air, il ne pouvait que rester passivement allongé alors que Spock s’agenouillait entre ses cuisses, mit ses jambes par-dessus ses épaules et prit ses fesses dans le creux de ses mains, le soulevant au point que son corps était exposé et vulnérable. Puis le pénis du Vulcain le toucha et il sentit la trique torride le percer, se glisser doucement en lui. Tendant la main entre leurs corps, Spock attrapa le pénis de Kirk, puis il se pencha en avant afin de pouvoir atteindre les mamelons de l’Humain, le mouvement força son pénis encore plus profondément en Kirk, et l’Humain gémit alors que les lèvres enfiévrées, trouvant leur cible, se pressaient et suçaient ses mamelons.


- Encore…, haleta-t-il, et Spock lui en donna encore, s’enfonçant en lui puissamment pendant que sa main commençait à manipuler l’Humain avec la même urgence.


Kirk berçait la tête aux cheveux sombres entre ses mains, se délectant des multiples sensations. Il était vaguement conscient que les deux esclaves s’étaient rapprochés, qu’ils regardaient intentionnellement, et prenant une résolution soudaine et perverse, il décida de leur donner quelque chose à voir. Il poussa vers le haut, s’empalant encore plus sur Spock et en réaction, il commença à pousser, épousant parfaitement le rythme de Spock. Le Vulcain cessa tout mouvement et Kirk gémit de déception, se cambrant vers le haut alors qu’il se tortillait frénétiquement, essayant d’inciter son maître à reprendre. Le Vulcain prit le pénis de Kirk dans ses deux mains et commença à le presser, étudiant le visage écarlate en feu, la trique délicatement veinée, fasciné, observant la frénésie croissante des poussées de Kirk alors que son corps atteignait un pic et qu’il tressaillit sous l’orgasme. Il observa la chair dure qui ramollissait dans ses mains à cause du relâchement de la tension.

Changeant de prise, Spock s’empara des fesses de Kirk et le fit se rapprocher. Kirk s’agitait sous lui alors que les pilonnages sauvages reprenaient. Aussi avide que Spock à présent, il serra les muscles de son anus autour du pénis du Vulcain jusqu’à ce que la vibration de l’éjaculation battît à l’intérieur de son corps et que le fluide chaud le remplît, semblant brûler à travers le cœur de son être.

Spock se retira lentement et enleva les jambes de l’Humain de ses épaules. Kirk restait là, trop vidé pour bouger, conscient qu’il était totalement exposé au regard des esclaves, que la semence de Spock, plus épaisse que la sienne, dégoulinait sur ses cuisses, que son corps entier tremblait d’un soulagement satisfait. Mais il était au-delà de la honte à présent.

- Donne-moi du vin. 

L’un des esclaves se précipita pour obéir à l’ordre de Spock et le Vulcain glissa un bras autour des épaules de Kirk, l’aidant à se mettre assis alors qu’il pressait le gobelet à ses lèvres.

- Ca va mieux ?

Kirk leva les yeux.

- Vous saviez que j’étais…j’étais…

- Effectivement, je l’ai provoqué.

Les yeux sombres souriaient.

- Sois certain que ce n’était pas simplement pour te tourmenter, Jim. J’avais un objectif plus profond en tête. Quand nous aurons mangé, je t’expliquerai. 


Les esclaves domestiques, dont les visages étaient à présent inexpressifs, comme il convenait, servirent la nourriture bien que Kirk en fut quelque peu distrait. Il fut poussé sur le lit pour s’y étendre, la tête sur les genoux de Spock pendant que le Vulcain le nourrissait, réclamant un baiser entre chaque bouchée, et qu’une main vagabonde caressait son ventre, tirait de façon insistante sur ses mamelons, caressait la douce chair de ses cuisses.

Quand ils eurent fini de manger, les esclaves posèrent des fruits et du vin sur la table puis ils se retirèrent. L’un d’eux croisa le regard de Kirk alors qu’il se tournait pour fermer la porte derrière lui, et l’Humain fut surpris de reconnaître de l’envie dans ses yeux. Une fois de plus, on lui rappelait que beaucoup d’esclaves seraient jaloux de sa position et de l’indulgence que son maître lui montrait.

Aussitôt qu’ils furent seuls, Spock attrapa le collier autour de la gorge de Kirk et il poussa l’Humain au sol afin qu’il s’agenouillât entre les jambes de son maître. Prenant le visage de Kirk entre ses mains, Spock se pencha en avant et l’embrassa sur les lèvres avec une tendresse inhabituelle, puis il se redressa pour étudier les yeux alien.


- Jim, écoute-moi, car ce que je vais dire maintenant concerne ton avenir et le mien. Mon absence aujourd’hui n’était pas causée par T’Pring mais par l’arrivée inattendue de Selon. Il part bientôt pour une expédition contre les tribus du nord et il souhaite que je l’accompagne en tant que guerrier initié. Mon devoir envers la famille est accompli – la femme est enceinte – et je suis impatient de partir. La question est : à quel titre m’accompagneras-tu ?

- Comment ?

Une amertume qu’il ne put pas totalement dissimuler teinta sa voix.

- En tant que votre esclave, bien entendu, est-ce que je ne viens pas de le prouver ? 

- Est-ce que c’est ainsi que cela t’a semblé ? Jim, je pensais que c’était plutôt la soumission volontaire d’un amant. Jamais auparavant je n’avais remis en questions les usages de mon monde. Il y a toujours eu des maîtres et des esclaves. Mais je remets en questions ces usages à présent. 

- L’esclavage, Spock ? Ou seulement l’esclavage pour moi ?

- Je ne sais pas.

Le ton du Vulcain était pensif.

- C’est une pensée si nouvelle pour moi de remettre quelque chose en questions…Je sais pertinemment que le fait de savoir que tu es un esclave est trop douloureux à porter. Et je sais, également, que pour toi, l’esclavage est dégradant. Bien que tu m’aimes, tu ressens de la honte chaque fois que je te demande quelque chose comme un maître demande quelque chose à un esclave, est-ce que ça n’est pas vrai ?

- Si, murmura Kirk. Je n’y peux rien. Je veux – tellement – être vôtre de mon propre gré, et pas parce que vous avez le droit de me prendre. Ca me déchire, Spock. Je veux être avec vous, mais je ne sais pas si je peux vivre comme ça… 

- Moi aussi, je désire plus.

La voix de Spock était soudain intense.

- Tu es plus, bien plus qu’un simple esclave à plaisir. Si c’était possible, je te libérerais et te déclarerais mon compagnon légal, mais cela ne pourra jamais être. Aucun esclave ne peut être libéré sur Vulcain, et un alien sans collier devient la propriété de celui qui se soucie de le réclamer. Tu me serais enlevé à la minute où je te laisserais aller hors de ma vue. Donc, tu dois rester mon esclave, mais il y a plusieurs choix même dans ce cas. Le premier est que tu restes tel que tu es, un élément parmi des biens précieux, une part de ma succession si je suis tué, qui sera héritée par mes héritiers. Comme ni mon père ni mon fils n’ont l’utilité d’un esclave à plaisir mâle, tu serais sans aucun doute vendu pour le lit d’un autre. Ou je peux te déclarer mon favori. En tant que tel, tu seras tué à ma mort et incinéré avec moi pour me servir dans l’au-delà. 

- Je pense, dit Kirk posément, que vous souhaitez m’offrir un troisième choix.

- C’est le cas, et le voici. J’ai, en commun avec beaucoup de Vulcains, la capacité d’entrer en contact avec l’esprit d’autrui. Aujourd’hui, j’ai essayé avec toi et j’ai réussi. Je t’ai interdit d’atteindre le soulagement et tu n’as pas pu le faire. Il y a – un serment – prêté entre les guerriers en couple qui ont cette capacité à lier les esprits – un serment qui les lie si irrévocablement que l’un ne peut pas survivre à la mort de l’autre. Ils sont comme un seul esprit dans deux corps. Jim, bien que je doive toujours te traiter comme un esclave, je voudrais prêter ce serment avec toi. Ce lien est irrévocable, et exclusif. Je ne pourrai jamais prendre un autre compagnon, bien que personne ne doive jamais savoir pourquoi. 

- Vous avez honte de moi, Spock ?

Kirk garda sa voix calme avec un effort.

- Non, Jim ! Jamais de la vie ! Tu dois me croire.

Spock prit le visage de Kirk entre ses mains à nouveau.

- Mais nous devons vivre dans ce monde tel qu’il est, pas tel nous souhaitons qu’il soit. Si c’était possible j’irais voir mon père maintenant, je te revendiquerais devant l’autel de mes ancêtres et te porterais à la face de tout Vulcain.

Les yeux sombres devenaient anxieux.

- Mais cela ne pourra jamais être. Se lier avec un esclave est impensable. Si cela vient à se savoir, je serai disgracié, tu me seras enlevé…Je n’ose pas penser à ce qu’il adviendrait de toi. La possessivité, même un certain degré d’affection, est toléré envers un esclave, l’amour ne l’est pas. Le lien, si tu devais y consentir, doit être dissimulé à tous. 

- Spock…

Kirk leva une main pour toucher la main qui était sur sa joue.

- Vous avez dit que se lier avec un esclave était impensable. Vous avez été habitué aux esclaves toute votre vie. Pouvez-vous changer maintenant ? Sera-t-il possible pour vous de penser à moi et de me traiter comme votre égal ? 

- Jim, je ne sais pas.

Les yeux sombres rencontrèrent les siens avec une candeur manifeste.

- Je sais seulement que je veux essayer et il y a ceci – au fur et à mesure que le lien s’intensifie, que nous devenons plus proche en esprit et en âme, il sera impossible pour l’un de nous de blesser l’autre volontairement. Si j’oublie, si je te cause de la honte ou de la peine…ces sentiments me seront reflétés. 

Le Vulcain hésita un instant puis il poursuivit.

- Je dois te rappeler encore une fois que puisque le lien doit rester secret, tu dois jouer en public le rôle de l’esclave favori et gâté et moi celui du maître. Quelques libertés peuvent être autorisées en présence d’amis, mais si l’un de nous oublie son rôle, les conséquences seront désastreuses. Avant de répondre, considère bien le rôle que tu dois jouer. 

- Vous êtes honnête avec moi.

Kirk baissa les yeux pour gagner un instant de répit, bien qu’il connût déjà la seule réponse qu’il pouvait faire. Quand il leva les yeux à nouveau la lueur dans ses yeux dorés obligea le Vulcain à retenir sa respiration en proie au doute.

- Spock, je vous aime. Et pour le reste…j’ai foi en votre parole. 

- Alors tu te lieras avec moi ?

- Je le ferai. 

Les épaules de Spock s’affaissèrent avec soulagement.

- Je n’étais pas certain…après ton initiation à mon monde…que tu pourrais me faire confiance à ce point. 

Sa voix se fit plus spéculative.

Et il y a d’autres mondes que Vulcain où les traditions peuvent ne pas être si rigides. Peut-être qu’un jour, quand je me serai fait un nom en tant que guerrier, nous pourrons chercher un emploi de mercenaires où nous pourrons être ensemble sans crainte. 

- Vous abandonneriez votre monde pour moi ?

- Tu as perdu le tien. Ce serait une peine que nous pourrions partager. 

Passant ses doigts sur la gorge de Kirk, Spock caressa le lourd collier de métal et il fronça les sourcils.

- Cela doit disparaître. Tu dois porter un collier mais il sera fait d’or, en signe de mon amour pour toi. Jim…tu m’embrasses ? 

C’était une demande, pas un ordre, et une demande que Kirk était heureux de satisfaire. Il se mit debout et posa un genou sur le divan, glissant une main à travers les vagues des cheveux de Spock jusqu’à l’arrière de sa tête. De l’autre main, il alla attraper l’avant-bras de Spock et le fit passer autour de sa taille. Il se pencha, sentant le pénis en érection du Vulcain pressé contre sa cuisse. Spock tendit ses mains pour prendre ses fesses et pendant un instant il resta immobile, ses lèvres suspendues au-dessus de la bouche entrouverte de Spock. Sa langue sortit, traçant la ligne des lèvres tremblantes, puis il prit la lèvre inférieure entre ses dents et la pinça doucement.

Spock haleta et recula, les yeux perplexes. Kirk se mit à rire, enroula ses doigts dans les cheveux doux et le ramena à sa position.


- Patience ! murmura-t-il doucement et il se pencha pour réclamer la bouche avide à nouveau.


Cette fois, il glissa sa langue entre les lèvres de Spock, puis il la retira même quand le Vulcain chercha à la capturer avec la sienne. Son retrait attira la langue du Vulcain dans la bouche de Kirk, pour être capturée et sucée de façon experte pendant que les lèvres de l’Humain la pressaient fermement.

Spock gémit, ses mains se resserrant sur les fesses de Kirk. Lentement, ses doigts se glissèrent en lui, cherchant l’étroite ouverture, puis sondèrent l’intérieur du corps de l’Humain. Kirk se raidit et plongea sa langue dans la bouche de Spock. Le Vulcain retira sa main, agrippa les hanches de Kirk et le souleva, puis il fit asseoir l’Humain afin qu’il vint s’empaler sur le pénis bien dur. Kirk haleta dans la bouche de Spock et commença à faire tourner ses hanches, chaque mouvement accroissant la pression à l’intérieur de lui. Spock arracha sa bouche et chercha aveuglément les mamelons de Kirk. La tête de l’Humain tomba en arrière.

- S’il vous plaît, murmura-t-il, et Spock donna une dernière poussée convulsive vers le haut et sa semence éjacula dans le corps de Kirk alors que l’Humain se tordait dans un soulagement extatique.

Tremblant en réaction, ils s’étreignirent jusqu’à ce que les battements de cœur ralentissent, puis Spock se tourna pour prendre Kirk dans ses bras.

- Demain, murmura-t-il. Demain, je serai initié en tant que guerrier. Nous pourrons nous lier seulement à ce moment-là, Jim, car Selon est habile au lien d’esprits. Il se pourrait qu’il détecte que tu es devenu une part de moi. 

- Je comprends, Spock, répondit Kirk d’une voix somnolente alors qu’il s’installait plus près. Je peux attendre…mais pas pour longtemps ! 

Le jour suivant, Kirk assista Spock durant son initiation officielle en tant que guerrier. La cérémonie avait lieu dans le Salon des Ancêtres, qui était maintenant illuminé de lumière et richement paré de tapisseries, illustrant l’histoire de la famille. Sous une immense représentation des armoiries de la famille, un oiseau de proie mythique, une estrade basse avait été construite sur l’un des côtés du foyer au fond du salon. Selon et ses capitaines se tenaient à l’une des extrémités de l’estrade, Sarek et quelques membres de la famille de Spock à l’autre extrémité. T’Kara était à nouveau présente à une place d’honneur, un fait qui rendait toujours Kirk perplexe.


*****


Le hall principal était rempli d’invités, probablement des membres de moindre importance de la maison. Même les esclaves étaient rassemblés au fond. Comme Kirk entrait à la suite de Spock, les témoins commencèrent à entonner un chant complexe dans la forme archaïque du langage vulcain, qui était incompréhensible pour l’Humain.

Kirk n’avait jamais découvert quelle forme de religion, s’il y en avait une, les Vulcains pratiquaient. Vraisemblablement, les esclaves n’étaient pas concernés par de telles choses. Mais cette partie de la cérémonie lui avait été soigneusement expliquée. Il suivait deux pas derrière alors que Spock, uniquement vêtu de sandales et d’une simple tunique de lourde soie blanche, avançait lentement puis s’agenouillait devant Selon. Le guerrier se pencha au-dessus de lui, rassembla les longs cheveux flottant dans sa main et les trancha avec un couteau, de sorte qu’ils tombaient maintenant juste en dessous de ses oreilles.

Kirk fit un pas en avant et reçut la masse soyeuse en travers des paumes de ses mains tendues, puis il marcha lentement vers le foyer. Il s’agenouilla, le dos tourné vers l’audience, et ses mains firent des mouvements rapides. Quand il se leva, les longues tresses de cheveux reposaient dans le feu.

Selon remit Spock sur ses pieds, et les capitaines s’approchèrent pour encercler sa taille avec une ceinture et son glaive. Un lirpa fut mis dans sa main droite, un bouclier dans la gauche et il se tint debout devant sa famille comme un guerrier pleinement initié.

Aucun mot n’avait été prononcé, car l’examen rigoureux avait prouvé sa valeur et l’acceptation de ses compagnons indiquait qu’il était considéré digne de rejoindre leurs rangs. Il n’y avait pas de serment, alors que Kirk avait automatiquement pensé qu’il y en aurait un. Un guerrier ainsi accepté n’avait besoin d’aucune contrainte pour agir de façon méritante. On pensait qu’il le ferait comme allant de soi.

Il y avait cependant, un événement supplémentaire inattendu. Spock prit son lirpa et son bouclier, dos aux capitaines et il fit un pas en avant.


- James, viens ici. 


Kirk vint s’agenouiller aux pieds de son maître et le Vulcain regarda directement l’audience.

Mon esclave s’est révélé loyal et digne de confiance, et il s’est montré habile à porter les armes. Mes frères guerriers l’ont testé et sont satisfaits, il ne sera pas un déshonneur pour moi en tant qu’esclave de combat. 

Remettant Kirk sur ses pieds, Spock fit un signe et l’un des esclaves domestiques avança avec une ceinture et son glaive que le Vulcain attacha autour de Kirk.


- James, en tant qu’esclave de combat, tu acquières certains privilèges et comme l’exige la coutume, je t’en informe devant témoins. A partir de ce moment, moi seul peux te donner des ordres, et il t’est permis de te défendre de l’agression de n’importe quel homme, fût-il même un Vulcain libre. Tu seras accueilli dans les rangs des guerriers, bien que d’un statut inférieur au leur et tu seras traité par eux avec le respect que ton habileté et ta loyauté ont gagné. Tout ceci t’est accordé par la loi vulcaine. 

- Merci, monseigneur.

Kirk trouva difficile de parler. Bien que Spock lui eût promis l’égalité en privé, il ne s’était attendu à aucune amélioration reconnue de son statut public. Fièrement, la tête haute, il suivit son maître du salon jusqu’à leur chambre où Spock se changerait pour la célébration familiale qui devait suivre.

Dans l’antichambre, un vieil homme les attendait. Il se leva à l’entrée de Spock, et Kirk nota qu’il marchait avec une sévère claudication.

- Maître Serret…merci d’être venu si vite. Vous a-t-on offert un rafraîchissement ? 

- Oui, merci, Spock. J’en ai aussi profité pour étudier les esquisses que vous avez laissées pour moi. Alors voici l’esclave ? En effet, une bien jolie créature. Une telle beauté mérite mon travail le plus soigné. 

- Je ne ferais confiance à aucun autre que le meilleur artisan de Vulcain pour fabriquer un collier convenable. Son corps est parfait, mais déjà le collier qu’il porte fait des cicatrices sur son cou. Vous devez garantir une taille appropriée. 

- entendu, bien entendu. Puis-je avoir votre permission de prendre ses mesures ? 

- James.

Kirk avança docilement, et Serret passa une longueur de corde de soie autour de son cou.

- Est-ce confortable ? Bien…maintenant laisse-moi voir…oui, c’est suffisant. 

- Quand sera-t-il prêt ? demanda Spock.

- Vous les jeunes gens, vous êtes si impatients, gloussa Serret. Cependant, pour vous, Spock…oui, si je mets tous mes assistants au travail, il pourra être prêt ce soir. 

- Merci, Serret…j’en serai très reconnaissant. 

- Monseigneur ? interrompit Kirk doucement.

- Oui, James ?

- S’il vous plaît, j’ai une requête. 

- Parle, alors. 

- C’est…eh bien, c’est un secret, une surprise pour vous. Puis-je la confier au Seigneur Serret ? 

- Tu peux.

Spock sourit de façon indulgente et il s’écarta alors que Kirk murmurait quelque chose à l’orfèvre. La curiosité brûlait en lui alors que l’Humain passait une main à l’intérieur de sa tunique puis tendait quelque chose au Vulcain.

- Eh bien, à présent, une requête inhabituelle mais cela peut être fait. Spock, votre esclave est un romantique. Sa surprise vous plaira, je pense. Le collier sera livré ce soir sans faute. 

- A nouveau, mes remerciements.

- Ce n’est pas nécessaire. C’est un plaisir de créer la beauté pour orner la beauté. Vivez longtemps, Spock et honneur à votre Maison. 

- Qu’est-ce que c’était que tout cela ? demanda Spock alors que la porte se fermait derrière l’artisan.

Kirk sourit en cachette.

- Si mon seigneur pouvait retenir sa curiosité jusqu’à ce soir…

Spock fit un signe de la tête.

- Très bien, alors, Jim. Maintenant, je suppose que je dois me changer. Je n’ai jamais eu de goût pour ces interminables affaires mais cela est attendu. 

Le jour traînait indéfiniment alors que les membres de la famille de Spock et ses nombreux amis venaient le féliciter. C’était inhabituel et le plus grand honneur pour un guerrier novice d’être choisi pour intégrer un groupe de guerre avant son initiation finale. Kirk trouvait que les Vulcains libres le traitaient avec un peu plus d’égards : un esclave à plaisir, quelle que fût sa beauté, n’était prisé que pour une seule raison, mais un esclave de combat avait prouvé sa valeur en tant qu’homme, une chose que ce peuple farouchement fier pouvait respecter. Même Sarek parlait avec lui avec une gentillesse bourrue, lui souhaitant le succès dans la campagne à venir.

Une seule chose gâchait le bonheur de Kirk. Il avait cherché à passer quelques moments seul avec son seigneur mais à présent on attendrait d’eux qu’ils se joignissent le groupe de guerre. Ce fut Selon qui soulagea sa déception.

- Spock, cela te plaira peut-être de savoir que Satak également rejoint notre groupe. Demain, je pars superviser son examen et son initiation. Tu auras dix jours avant mon retour. 

- Il sera fait selon tes ordres, Selon, répondit Spock formellement, mais ses yeux rencontrèrent ceux de Kirk avec une impatience, et une joie qui faisaient écho à celles de l’Humain.

Quelque temps après, Kirk était assis aux pieds de Spock pendant qu’il parlait avec son père.

- Père, puis-je demander votre aide ? 

- Demande, mon fils.

- J’ai besoin d’un esclave, voulez-vous bien en acheter un pour moi et le former ?

Kirk se raidit et sentit la main de Spock presser son épaule de façon rassurante.

- Avec plaisir, Spock. De quoi as-tu besoin exactement ? 

- Si James doit me server à la fois au lit et au combat, je ne souhaite pas qu’il s’épuise à cause de tâches subalternes. Trouvez-moi un esclave de labeur, un eunuque, pour accomplir ces obligations.

Bien pensé, mon fils. Cela ne convient pas que ton esclave de combat prépare la nourriture et lave les vêtements. J’y veillerai. 

- Merci, Père.

Alors que Sarek s’en allait, Spock se pencha pour donner une explication.

- Au camp, il y a des esclaves communs pour de telles tâches, mais en campagne, chaque esclave de guerrier est seul responsable de la tente de son maître. Un esclave à plaisir pourrait agir comme un domestique mais je souhaite que tu te concentres à satisfaire mes…exigences personnelles. 

- Il sera fait comme mon seigneur l’ordonne, promit Kirk discrètement, un sourire dans ses yeux.

Finalement, les invités commencèrent à partir et Kirk et Spock furent libres de retourner dans les appartements de Spock.

En fermant la porte, Spock soupira de satisfaction.

- Nous avons dix jours. J’ai l’intention d’en profiter. 

- Moi aussi. 

Kirk était déjà en train de retirer sa tunique, et le Vulcain l’observa d’un regard critique alors que le corps parfait était révélé sous la lumière de la lampe.

- Regardez, Serret a livré mon nouveau collier. 

- Un instant, Jim.

La voix de Spock arrêta Kirk alors qu’il était sur le point de prendre la boîte.

- D’abord, il y a quelque chose que je dois faire. Agenouille-toi devant moi. 

Kirk s’agenouilla et les mains de Spock touchèrent son collier. Il y eut un bruit sec. La lourde bande de métal se sépara en deux et Spock le remit sur ses pieds, examinant son cou avec attention.

- Les cicatrices disparaîtront, déclara-t-il finalement, et il se pencha pour presser ses lèvres contre les vilaines marques rouges.

Puis reculant, il retira ses vêtements et se tint nu, ses mains sur les épaules de Kirk.

- Jim, j’ai parlé du serment du guerrier. Le prêteras-tu avec moi maintenant ? 

- Oui. 

- Alors répète mes mots.

Il guida la main de Kirk jusqu’à son visage et il prit celui de l’Humain entre ses mains, puis d’une voix lente, il dit posément :

- James Kirk, je te prends comme mon unique compagnon, mon compagnon de vie. Mon glaive sera ton bouclier, ton honneur comme le mien et mon esprit et mon corps je les remets entre tes mains. Tel que je te revendique, de la même manière je te garderai, mon unique, à travers la vie et la mort et à la fin de la vie, je ne me séparerai pas de toi. Tel que je l’ai dit, que cela soit. 

Alors que le Vulcain parlait, Kirk ressentit au fin fond de son esprit une intrusion étrangère et bienvenue…quelque chose…pénétra et s’installa, établissant une présence chaude et aimante qu’il désirait ardemment. Puis, répétant les mots de son amant, il fut conscient qu’une part de lui-même s’écoulait hors de lui, pour être menée dans l’esprit du Vulcain et accueillie comme un invité longtemps attendu.

Ses mains se levèrent, attirant la tête de Kirk pour que les lèvres de l’Humain vinssent se presser contre la blessure ensanglantée. Kirk suça doucement, sentant les mains de Spock caresser ses cheveux, alors que le fluide chaud et amer emplissait sa bouche. Sa langue caressait la chair ouverte, et à travers le lien psychique, il fit l’expérience du plaisir de Spock à ce contact. Levant sa tête finalement, il lécha le sang sur ses lèvres et sourit avec confiance à Spock alors que le Vulcain pratiquait une incision soigneuse dans sa propre chair. Il s’agrippa aux puissantes épaules alors que le Vulcain prenait son sang, désespérément conscient de la sensation hautement sensuelle qui l’emplissait. Le vieux mythe terrien du vampire lui vint à l’esprit et il pensa avec étourderie que son esprit était bien perdu s’il prenait un tel plaisir à cet échange.

Finalement, Spock leva sa tête.

- Maintenant, c’est fait, souffla-t-il, caressant légèrement les lèvres de Kirk. Nous sommes liés à présent, l’un à l’autre, ta vie est mienne et ma vie est tienne. 

- Je suis satisfait, répondit Kirk dans un murmure.

- Et maintenant je dois te remettre ton collier à nouveau, mon amour. Je souhaite… 

- Ca ne fait rien, Spock. Je comprends. 

Kirk glissa sur ses genoux.

- C’est la seule façon pour nous de survivre et d’être ensemble dans ton monde. Remets-le. 

Il regarda alors que Spock ouvrait le coffret et levait le collier, le tendant pour que Kirk pût l’inspecter. La large bande d’or, mesurée pour s’ajuster parfaitement autour de sa gorge sans frotter, était si délicatement ciselée qu’elle aurait pu être tissée dans de la soie fine. Au dos, où les deux moitiés se rejoignaient, un loquet intriqué avait été inséré. C’était l’un des secrets de l’art de Serret. Il ne demandait pas de clé. Quand les deux bouts avaient été joints, le collier pouvait seulement être enlevé en coupant le métal. Un disque gravé inséré sur le devant du collier portait le nom de Kirk, l’identifiant comme la propriété du guerrier Spock de la maison de Sarek.

- Beau travail d’artisan, murmura Spock. A peine digne de toi, cependant c’est toujours un collier…Attends, qu’est-ce que c’est ?

Examinant l’intérieur du collier, Spock vit que les fins fils d’or avaient été entremêlés avec des brins de soie noire. Il baissa les yeux pour surprendre un flot qui colorait les joues de Kirk.

- Jim ? Qu’as-tu fait ? 

- Assieds-toi et je te le dirai.

Kirk glissa le long du sol pour s’asseoir aux pieds de Spock, sa joue reposant contre la cuisse du Vulcain.

- Les Humains peuvent être complétement contradictoires, Spock. Une fois que j’ai su que tu ne voulais pas me garder comme esclave, il m’importait peu d’un rester un…du moins, pas le tien. C’était ce que je ne pouvais pas supporter…la pensée que pour toi j’étais seulement un bien précieux. Puis tu as parlé du serment, et je voulais faire quelque chose pour te montrer que je comprenais la nécessité de mes liens. L’idée m’est venue quand on m’a donné tes cheveux à brûler. J’en ai gardé une mèche et j’ai demandé à Serret si elle pouvait être tissée dans le métal d’une façon ou d’une autre. Tu me retiens de mon plein gré, Spock. Si j’étais resté avec Savak, une fois remis du premier choc, je me serais tué. Je commençais à y penser quand tu m’as gagné. 

- Et ensuite ?

- Ensuite tu as été bon. Je voulais vivre, si je le pouvais, alors j’ai attendu de voir ce qui allait se passer, si ma chance allait venir…et j’étais incapable de la saisir. Je détestais ma faiblesse…

Il embrassa la cuisse de Spock.

- Maintenant, maintenant ça n’a plus d’importance. Si mes chaînes te gardent en sécurité…je peux les porter. 

- C’est le cas. Tu tiens ma vie entre tes mains. Oh, Jim, je t’aime.

- Ce n’était pas le cas au début. Tu pensais que j’étais un barbare sans cervelle. Tu ne me désirais même pas ! Qu’est-ce qui t’a fait changer ? 

- Je pense…quand j’ai vu Satak flirter avec toi, et tu riais avec lui. J’étais jaloux. Je ne voulais pas que tu ries pour un autre que moi. 

- Satak était bon. Après Savak, je savais que tu étais spécial, mais c’est Satak qui m’a montré que tous les Vulcains ne maltraitaient pas leurs esclaves. 

- Savak !

Le visage de Spock s’assombrit à cause de la colère.

- Il mérite largement sa disgrâce.

- Sa disgrâce ?

- Quand Selon et ses capitaines sont venus évaluer les novices, ils se sont souvenus du traitement que t’avait infligé Savak. Ils ont mené l’enquête plus loin et ils ont découvert que c’est un sadique qui a fait usage d’autres esclaves avec la même brutalité. Le courage et l’habilité au combat ne font pas à eux seuls un guerrier, Jim. Nous avons beaucoup de pouvoir, et on attend de nous que nous en usions de façon responsable. Savak et ces novices qui ont suivi son exemple se sont montrés indignes d’un tel pouvoir. On leur a refusé l’initiation, c’est une terrible disgrâce à ce stade de la formation. 

Kirk pressa ses lèvres sur la cuisse de Spock à nouveau pour protester.

- Doit-on parler de Savak ?

- Peut-être pas…si tu penses à un sujet de conversation…plus…ah…intéressant ?

L’Humain leva les yeux, souriant diaboliquement.

- Je préférerais ne pas parler du tout, dit-il et son souhait fut réalisé alors que la bouche du Vulcain couvrait la sienne.

Spock brisa le baiser seulement pour mettre Kirk sur ses pieds puis le tirer sur le lit. Pendant un moment, ils reposèrent ensemble, caressant doucement leurs corps, à l’un et à l’autre, mais alors qu’ils s’embrassaient, leurs mains devinrent plus avides, plus exigeantes, jusqu’à ce que Kirk, empli d’une faim soudaine pour le goût de la chair du Vulcain, s’extirpât des bras de Spock et se tournât sur le lit, abaissant sa tête pour prendre le pénis du Vulcain dans sa bouche.

Sous la stimulation persistante de ses lèvres, l’organe en sommeil commença à gonfler et à durcir, emplissant sa bouche de sa chaleur épicée. Kirk s’installa plus près, grognant de satisfaction et il commença à sucer avec une pression lente et exigeante. Spock frémit à son contact, ses doigts agrippant les cheveux de l’Humain, sa main libre reposant sur le visage de Kirk de sorte qu’il pouvait sentir le mouvement de la bouche activement occupée. Ses hanches commencèrent à pousser vers le haut et Kirk suça fort, plus vite alors qu’il cherchait à en prendre encore plus. Les muscles de sa gorge se relâchèrent alors que Spock réagissait en poussant avec ardeur, puis un liquide chaud et crémeux emplit sa bouche et il avala ardemment, avide de tout ce que Spock pouvait donner.

Ils restèrent tranquilles jusqu’à ce que le tremblement de leurs corps se calmât, puis Kirk se détacha avec réticence du pénis qui ramollissait et il remonta sur le lit, soupirant de satisfaction alors qu’il posait sa tête sur la poitrine du Vulcain. Il pouvait sentir une main caressante qui se déplaçait sur ses fesses et alors qu’il était allongé, ses doigts commencèrent à jouer avec les mamelons de Spock.

Le Vulcain haleta à ce contact.

- S’il te plaît…ta bouche…

Et Kirk tourna sa tête, sa langue se tendant pour atteindre le mamelon à la teinte verte. Il s’érigea alors qu’il le léchait et il commença à sucer, pinçant doucement la chair entre ses dents. La main de Spock leva ses fesses et glissa tout autour pour aller caresser son pénis, la chaleur l’amenant progressivement à l’érection jusqu’à ce que son bas-ventre lui fît mal à cause de l’envie.

Satisfait de voir que l’Humain était pleinement excité, Spock le relâcha, hésita un instant puis à l’étonnement de Kirk, le Vulcain écarta ses longues jambes et l’attira au-dessus de lui.

- Spock ? Qu’est-ce qu’il y a ?

Kirk se mit à genoux pour le considérer.

- Qu’est-ce qui ne va pas ?

- Rien, je veux…Jim, tu dois me prendre maintenant…je dois t’appartenir.

Aux mots de Spock, le désir jaillit à travers Kirk, la douce douleur dans ses reins devint une douleur palpitante. Il avait désiré cette reddition si longtemps, et il en admettait à peine le désir ardent. Un maître ne se soumettait pas à son esclave.

- Est-ce que tu es sûr ?

Les mains de Kirk se déplaçaient en caressant le ventre de Spock.

- Tu n’as pas à…

- Je le veux, j’en ai besoin. Ici nous sommes seulement des amants et si notre lien doit avoir une quelconque signification, je dois t’appartenir aussi sûrement que tu dois m’appartenir, ou alors, il se peut que tu finisses par douter, par te demander si je t’ai trompé. Et puis…je le souhaite, Jim, s’il te plaît…prends-moi… 

Incapable de résister, Kirk se pencha vers son amant.

- Oh, oui, je vais le faire, promit-il d’une voix sourde. Je te désire…tellement… 

Il chercha les lèvres douces et elles s’écartèrent impatiemment sous les siennes, appelant sa langue dans la chaleur humide de la bouche du Vulcain. Kirk savoura le baiser, mais le battement dans son bas-ventre s’intensifia et il se dégagea, se remettant à genoux pour faire courir ses mains au-dessus du corps de Spock. Levant les jambes de Spock au-dessus de ses épaules, il sonda entre les fesses du Vulcain, fronçant les sourcils alors que ses doigts touchaient l’ouverture étroite.

- Je ne suis pas certain, murmura-t-il. Je pourrais te blesser… 

- S’il te plaît, Jim !

Spock l’attira à lui avec urgence.

- Tu dois le faire…je veux t’avoir en moi !

Sa voix était enrouée alors qu’il suppliait.

- Je vais essayer.

Kirk attrapa son pénis et guida l’organe rigide entre les fesses de Spock. Il poussa doucement et Spock gémit alors que le gland le pénétrait. Kirk se figea, essayant de contrôler le désir qui ravageait son esprit, combattant la tentation de forcer son chemin dans le corps soumis.

- Je ne peux pas, s’étrangla-t-il. Ce n’est pas…je suis trop gros… 

Il commença à se retirer mais avec un sanglot de désespoir Spock se cambra convulsivement de sorte que toute la longueur de la trique dure fût poussée profondément à l’intérieur de lui. Terrifié, Kirk resta immobile, nauséeux alors qu’il regardait les larmes monter dans les yeux sombres.

- Tu ne devrais pas…tu n’avais pas à prouver… 

Les lèvres se courbèrent en un sourire résolu.

- Je ne suis pas blessé, Jim. La douleur disparaît déjà.

Les yeux luisants s’élargirent, pleins d’étonnement.

- Je peux te sentir…en moi. Je t’appartiens…Jim, fais usage de moi comme j’ai fait usage de toi. Montre-moi ce que c’est d’être possédé.

- Oui, oui…

Kirk se mit à rire de soulagement et il commença à pousser à l’intérieur de la chaleur qui l’excitait. Ses mains entourèrent le pénis de Spock, caressant le Vulcain alors que leurs corps bougeaient ensemble. Il avait attendu un certain degré de gêne au début, mais il n’y en avait aucune alors que leurs esprits liés leur permettaient à chacun de ressentir les sensations de l’autre et d’y réagir en conséquence. C’était plutôt comme se faire l’amour à soi-même, sachant à l’avance quelle caresse était désirée et exactement quelle réaction chaque contact apporterait.

Spock tremblait entre ses bras, presque submergé par un plaisir qu’il n’avait jamais imaginé. Kirk était doux, tendre, aimant…et totalement impitoyable alors qu’il pillait les délices du corps vierge de Spock, prenant sa reddition volontaire et la reflétant au centuple alors que l’extase insupportable montait encore et encore. Des larmes coulaient de ses yeux, Kirk ne les vit pas jusqu’à ce qu’il se fût penché en avant pour les faire disparaître d’un baiser, les lèvres étaient douces malgré la frénésie qui les possédait. Les ongles acérés de Spock griffaient le dos de Kirk alors qu’il se pressait aveuglément contre l’Humain. Sa tête tomba en arrière et il cria son plaisir alors qu’il avait un orgasme pendant que le pénis de Kirk était saisi de spasmes à l’intérieur de lui, l’emplissant avec son sperme humain frais et gluant.

Kirk se retira prudemment, et il s’effondra pour aller s’allonger contre la poitrine de Spock. Tous deux haletaient douloureusement pour respirer. Puis il roula sur le côté pour prendre Spock dans ses bras. Pendant un instant, il le regarda avec étonnement. Il n’avait pas imaginé que Spock, le guerrier profondément fier, pouvait être capable d’une soumission si totale à la volonté d’un autre. Puis ses yeux s’assombrirent d’inquiètude.

- Est-ce que je t’ai fait mal ?

Sa voix était secouée par la crainte alors qu’il fouillait entre les cuisses du Vulcain, redoutant de les trouver souillées de sang. A son grand soulagement, ses doigts revinrent mouillés seulement de sperme.

- Jim…

Les lèvres entrouvertes le tentaient et il les réclama impérieusement, sa langue pénétrant profondément dans la bouche du Vulcain, mais il se dégagea à cause de la surprise alors que son pénis commençait à s’engorger à nouveau.

- Qu’est-ce qui m’arrive ? Je n’ai jamais été capable…d’avoir une érection si rapidement…

- Rien que tu n’aies à craindre, le taquina le Vulcain. C’est simplement que tu as provoqué mon ardeur sexuelle à travers le lien, et comme tu es dominant, le désir s’exprime à travers ton corps. Tu dois continuer à faire usage de moi jusqu’à ce que tu sois complétement vidé. Prends ton propre plaisir. Le mien viendra de servir tes besoins. 

Spock se tourna et se leva en s’appuyant sur ses mains et ses genoux, remuant ses fesses contre le bas-ventre de Kirk. L’Humain tressaillit de désir à la vue du corps qu’il désirait s’offrir à lui, et de ses doigts impatients, il écarta les fesses et poussa en avant. C’était plus facile cette fois, car Spock était encore humide à cause de l’éjaculation de Kirk et il ne montra aucun inconfort quand l’Humain s’enfonça en lui, mais il poussa vers l’arrière avec impatience pour accueillir la pénétration. Kirk agrippa les hanches de Spock fermement et la tension des muscles anaux autour de son pénis le menèrent à un orgasme rapide.

Sanglotant, aveugle à tout sauf à son désir ardent, Kirk tourna Spock sur le dos et explora le corps qui était soumis, suçant et mordant chaque point vulnérable. Les mamelons vert bronze le fascinaient et il s’attarda, suçant chacun d’eux tour à tour jusqu’à ce que le goût doux amer du sang vulcain emplît sa bouche.

Bouleversé par sa violence, mais désespéré d’obtenir un soulagement, Kirk écarta les longues jambes et se plongea dans cette chaleur, rafraîchissant ses propres feux dans ceux de Spock mais quand il se retira, le désir le rongeait au point qu’il tremblait de crainte à ce qu’il pourrait faire ensuite.

- Laisse-moi t’aider, Jim.

Des doigts pressèrent légèrement contre ses tempes et le besoin diminua quelque peu alors que l’amour et la réassurance emplissaient son esprit.

- L’intensité du besoin te fatigue.

Spock poursuivit alors qu’il s’asseyait et levait Kirk à côté de lui.

- Bien qu’il doive être satisfait, un court répit sera bénéfique. 

Dans les bras l’un de l’autre, ils entrèrent dans la salle de bains, Spock secouant sa tête en souriant quand Kirk fit un geste pour sonner des esclaves.

- Personne d’autre, murmura-t-il. Ce soir, nous nous servons l’un l’autre.

Il remplit le bain lui-même et déposa Kirk dans l’eau chaude et parfumée, le rejoignant afin qu’ils pussent se laver l’un l’autre, pas maître et esclave mais compagnons, amants. La chaleur, les mains douces glissant sur sa peau apaisèrent la faim de Kirk en une sensation agréable, et il apprécia cette pure intimité alors qu’ils s’enveloppaient dans des serviettes douces pour se sécher.

- Il y a du vin par là-bas, dit Spock de façon désinvolte à partir du rebord de la fenêtre où il était assis, coiffant ses cheveux en un casque brillant de soie noire.

Kirk se tourna et le Vulcain ajouta.

- Tu n’as plus besoin de la serviette, Jim. 

Souriant, Kirk jeta la serviette de côté et il alla verser le vin, sachant que Spock était en train d’étudier son corps nu d’un regard critique et jouissant de la conscience qu’il avait des yeux sombres qui l’exploraient.

- Seulement un gobelet, Jim ?

Spock leva un sourcil surpris alors que Kirk lui tendait une coupe.

- Je préfère partager la tienne.

Un bras encercla sa taille et l’attira vers le bas pour qu’il s’assît sur les genoux de Spock. Kirk sursauta nerveusement, jetant un coup d’oeil par la fenêtre.

- Est-ce que c’est sûr, Spock ? Si quelqu’un était dans la cour et qu’il me voyait sans collier… 

- Pas de danger, Jim. Le jardin est à moi, et aucun esclave n’y entrera quand je suis dans ces appartements. Maintenant bois. 

Ils partagèrent le vin, le prenant tour à tour pour boire à petites gorgées de la coupe, chacun faisant un jeu de poser ses lèvres à l’endroit exact où l’autre avait posé les siennes quelques instants auparavant. Finalement, Kirk posa la coupe.

- Je pense…que nous ferions mieux de retourner au lit, Spock. 

Le Vulcain baissa les yeux sur l’Humain dans ses bras et son sourire s’élargit.

- J’en vois la nécessité, je crois. 

Avec réticence, il permit à l’Humain de se mettre debout puis il attrapa son bras et le retourna pour faire face à son maître qui était toujours assis.

- Qu’y a-t-il, Spock ? 

Le Vulcain ne répondit pas immédiatement, au lieu de cela, il laissa sa main errer légèrement sur le corps de l’Humain – les bras, la poitrine, le ventre, les cuisses.

- J’étais seulement en train de me souvenir, dit Spock après quelques temps. Je t’ai trouvé beau la première fois que je t’ai vu, mais maintenant…tu es plus fort, en meilleure santé, ton corps combinant de façon exquise la force d’un guerrier et les charmes d’un esclave à plaisir. Tu es effectivement parfait, Jim. 

- Merci, et je peux retourner le compliment. Mais je préfèrerais de loin le faire au lit ! 

Spock rit et permit à Kirk de le mettre sur ses pieds. Alors qu’ils retournaient au lit, ils passèrent devant la table.

- Nous avons oublié quelque chose.

Le collier en or étincelait dans sa main.

- Pas encore, Jim.

Fermement, Spock le lui prit des mains et le laissa retomber sur la table.

- Il sera bien assez temps au matin. Profitons au moins de cette nuit, sans même le symbole de la contrainte entre nous. 

Retournant au lit, Spock s’allongea et ouvrit ses bras, souriant à Kirk avec impatience. L’Humain se pencha et l’embrassa, puis il le rejoignit sur le lit. Pour l’exciter, il faisait courir ses mains sur ses cuisses qui s’écartaient à son contact. Le feu était de nouveau en train de monter, écorchant ses nerfs, son pénis gonflait à la simple vue du corps de Spock qui lui était offert. Il tendit la main vers la petite ouverture, puis il hésita et il s’étira de tout son long sur Spock, piégeant son pénis entre leurs corps. Il commença à aller et venir contre Spock, craignant soudainement qu’une nouvelle pénétration violente pût blesser son amant inexpérimenté comme il avait été blessé par Savak, mais le contact n’était pas suffisant, et il gémit d’anxiété, luttant contre la tentation de chercher l’étroite chaleur que son corps exigeait.

- Fais usage de moi, Jim, pressa Spock. Il n’y a pas d’apaisement pour moi tant que tu n’es pas encore satisfait. 

- Je ne peux pas…te blesser.

Kirk haleta alors qu’il écrasait son ventre contre celui de Spock et le Vulcain lut ses raisons dans son esprit.

- Alors utilise ma bouche. 

Des mains puissantes le guidèrent pour s’agenouiller à cheval sur la poitrine de Spock et la bouche insistante le prit, suçant délicieusement. Kirk poussa à l’intérieur de la chaleur humide, ses hanches puissantes guidant son pénis douloureux profondément dans la gorge de Spock. Un curieux mélange de violence et de tendresse l’emplit, lui permettant de comprendre enfin pourquoi Spock faisait usage de lui avec une telle urgence et la retenue dont son amant avait dû faire preuve pour ne pas le blesser.

A cet instant, il savait qu’il ne restait plus de regrets. Si sa vie lui était à nouveau offerte, il n’y avait rien qu’il ne changerait. Même l’humiliation qu’il avait endurée dans les mains de Savak avait dans une certaine mesure contribué à la totalité de son engagement envers Spock. Quant à l’avenir…il viendrait comme et quand il viendrait. Ils avaient tous les deux des rôles difficiles à jouer dans les jours qui allaient suivre mais le prix du succès était cette essence d’amour pur et de sentiment d’appartenance. Et un jour, peut-être sur quelque monde qu’aucun d’eux n’avait encore vu, ce serait possible…

Son corps fut pris de convulsions, son sperme emplissant la bouche du Vulcain et il sentit le mouvement des muscles dans la gorge de Spock alors qu’il avalait avidement. Les hanches de Kirk poussaient en pilonnant frénétiquement, appelant le nom de Spock encore et encore jusqu’à ce qu’il semblât que son corps entier se fût dissout et déversé dans la gorge du Vulcain.

Quand ce fut fini, il s’effondra sans force, incapable de bouger. Des bras puissants l’installèrent confortablement, le maintenant tout près et il enfouit son visage dans le cou de Spock.

- Je suis désolé, murmura-t-il. Je voulais être doux, te donner du plaisir… 

- Tu l’as fait, Jim.

La voix de Spock était enrouée de satisfaction.

- Je prévoyais l’intensité de ton besoin…j’en suis heureux.

- Comment peux-tu l’être ? J’ai dû te faire mal. 

- Et ainsi cela me permet de partager ta douleur. Maintenant que tu as fait l’expérience de l’urgence de la fièvre d’accouplement, peut-être que tu peux comprendre comment c’est pour moi. Un tel besoin ne permet pas la douceur mais tu m’as enseigné la passion, tu m’as montré finalement ce que c’est d’appartenir complétement à un amant. Il y aura un temps pour la tendresse, également. Mais pour le moment…tu devrais dormir. 

- Je ne peux pas…pas encore.

Kirk tendit une main pour atteindre le pénis palpitant du Vulcain.

- Tu as besoin de moi maintenant. 

- Jim, je peux… 

- S’il te plaît, Spock. J’ai besoin de le faire. 

Cédant à la plainte dans le ton de l’Humain, Spock allongea Kirk et s’étendit sur le corps nu et frais. Les jambes de Kirk s’écartèrent, il souleva ses hanches, s’offrant, et Spock se glissa doucement en lui. Il sentit l’Humain se cambrer pour réagir à la poussée puissante qu’il attendait et il se pencha en avant pour caresser des cheveux trempés de sueur sur le front blanc. Il prit la bouche de Kirk, l’embrassa doucement, tendrement. Ses hanches bougèrent, un doux rythme de balancement qui pénétrait profondément dans l’Humain avec une friction lente qui lui apporta un soulagement sans abuser de son amant épuisé.

- Merci, Spock.

Kirk referma ses bras autour du Vulcain, le pressant tout contre lui.

- Ne pars pas, murmura-t-il. Reste en moi pendant que nous dormons. J’aime sentir que tu fais partie de moi.

Il berça la tête aux cheveux sombres contre sa poitrine, soupirant d’un plaisir endormi alors que des lèvres chaudes caressaient ses mamelons. La fermeté de Spock enfouie en lui, ses bras qui le soutenaient de façon si possessive lui donnaient un sentiment de sécurité absolue. Non, il n’y avait rien à craindre, car bien qu’il dût jouer le rôle d’un esclave, il reposait à présent contre un maître qui était aussi son amant et son bien-aimé. En confiance totale, il s’abandonna à la délicieuse lassitude, et s’endormit.


A travers la pièce, Lashmi leva sa tête massive et inspecta les deux corps emmêlés à travers les fentes de ses deux yeux émeraude. Puis, résignée, elle se recroquevilla et posa son menton sur des pattes de velours. Il n’y avait définitivement pas de place pour elle sur le lit ce soir-là.


FIN