Dans lequel Spock s'occupe l'esprit comme il peut :


Spock ne supportait pas Jim.


Jim avait visiblement un problème avec les stylos.


Spock avait remarqué cela il y a déjà quelque temps – environ soixante deux jours et quatre heures. Non pas que le Capitaine ne sût pas se servir d'un stylo, disons qu'il était dans l'incapacité intellectuelle d'en conserver un plus de – chiffre approximatif – deux heures et quarante trois minutes.


Spock n'avait pas attendu pour agir. Après une bonne séance de méditation, et de longues minutes de réflexion, il avait décidé de prendre les choses en main.


Il avait fouillé le vaisseau de fond en comble. Et à chaque fois que Kirk demandait un stylo à quelqu'un, Spock avait la certitude que dans un laps de temps très restreint, il devrait se mettre en quête du-dit objet pour le rendre à son propriétaire légitime.


En parallèle, il avait confié à un des membres du vaisseau les plus respectés la mission de ravitailler le navire en stylos. A la réception de la commande, Spock, en toute discrétion, faisait une entorse au règlement pour entrer dans la cabine de son Capitaine, et remplir ses tiroirs de stylos.


Mais Spock voyait – non, il ne dirait pas avec frustration, car c'était trop humain – les stylos disparaître tout de même, échapper à ses recherches vigilantes.


Spock ne supportait pas Jim.


Spock avait visiblement un problème avec Jim.


Spock avait remarqué cela il y a déjà quelques temps – environ quarante jours et trois heures. Non pas qu'il fût tellement indigné de l'attitude du Capitaine envers les stylos, disons qu'il était dans l'incapacité intellectuelle de gérer ses propres réactions physiques et émotionnelles quand Jim était dans son champ de vision.


Et même sa mission pour le sauvetage des stylos ne parvenait pas à le garder occupé suffisamment longtemps, et de façon suffisamment complète pour qu'il pût arrêter d'y songer.


Spock tentait de se persuader qu'il ne supportait pas Jim.


Mais il n'y arrivait pas vraiment.


Tant qu'il avait quelque chose – ne serait-ce qu'une chose aussi futile qu'une histoire de stylos – à reprocher au Capitaine, il pourrait garder la tête froide. Voilà pourquoi il menait sa mission avec tellement de discrétion : s'il était évident que Jim perdait les stylos, peut-être le jeune homme essaierait-il de remédier à cela, et dans ce cas, Spock se retrouverait sa distraction face à son Capitaine. Et Spock ne voulait pas se retrouver sans distraction face à son Capitaine.


oOo


Rien ne laissait présager ce qui allait arriver. L'esprit de Spock avait visualisé toutes les possibilités, mais pas celle-ci.


Spock se retrouva sans stylo.


Et Jim, l'air de rien, naturel, plongea une main dans sa poche, et en tendit un à Spock, avec un sourire si éclatant que le Vulcain comprit que c'en était fini de lui et de sa santé mentale. Les yeux de Jim brillait d'un éclat singulier, et lorsque Spock enroula ses doigts autour de l'objet, il ne le lâcha pas de suite.


-Vous êtes libre de venir vous servir dans ma réserve de stylos, Monsieur Spock.


Le-dit Spock signa ses papiers d'un geste rapide, et rendit le stylo à son propriétaire.


Il était cuit.


Sa vie allait devenir un véritable enfer.


Et en regardant Jim partir vers son équipage, en se retenant visiblement de rire, il se dit que l'enfer ne serait peut-être pas si mal, après tout.


FIN